FRANCS
Un soldat, le fusilier Bordet, de la division de Paris, c’est-à-dire caserné sur un point quelconque du dépar-
L’HOTELLERIE
tement de la Seine, — Boulogne, Saint-Cloud, Meudon, Yincennes, Nogent, etc., — a Besoin d’une paire de lunettes.
Il lui est permis de les demander depuis — il n’y a pas longtemps — qu’on a admis que les militaires pouvaient avoir besoin d’y voir clair comme les civils, date mémorable où les lunettes furent enfin permises à l’armée.
Notre fusilier Bordée se présente à la visite de son Major, — lequel Major l’envoie sur Paris au Val-de- Grâce où le soldat est admis.
Le lendemain, visite du Chef de service, qui constate que le requérant a besoin de lunettes.
Le Chef de service adresse son rapport au Médecin en chef du Yal-de -Grâce.
Le Médecin du Val-de-Grâce contresigne le rapport et le remet à l’Intendant,
L’Intendant transmet le rapport au Directeur, puis l’adresse, accompagné de l’avis du Directeur, au Ministre de la guerre.
Le Ministre de la guerre envoie les pièces au Conseil
de santé — (cinq membres, sans l’avis desquels aucune dépense, si minime quelle soit, ne peut être effectuée).
Le Conseil de santé, se réunit, délibère et rédige son avis motivé, qu’il retourne au Ministre.
Ça y est !
— Presque ! ! !
La paire de lunettes n’a plus alors qu’à redescendre hiérarchiquement chacun des échelons de la cascade administrative que nous avons dû lui faire monter tout à l’heure.
Elle repasse par
— le Conseil de santé,
— le Ministre de la guerre,
— l’Intendant,
— le Médecin en chef,
— le Directeur,
— le Chef de service.
Minimum de la quantité de jours nécessités par ces formalités : — Trente jours.
L’HOTELLERIE
Maximum : — X?...
C’est alors qu’on délivre au fusilier Bordet sa paire de lunettes, et qu’on le renvoie à son corps.