RÉCAPITULATION
Totalisation des prix de pension clients annoncés par 138 hôtels :
En: LOIR LS RE __ 1.463 50 Én 1929 UE 7.989 »
Moyenne arithmétique du prix de pension client par hôtel :
Enr ss 10 60 } Soit indice 545 en 1929 ÉnM1020 SEE 57 80 | par rapport à 100 en 1914
Totalisation des prix de pension domestique annoncés par 62 hôtels:
En LPO PROCESS 252040
Moyenne arithmétique du prix de pension domestique par hôtel :
En 1911257
7 Soit indice 577 en 1929 En 1929221008 40
par rapport à 100 en 1914
Nous ne disposons pas d’autre source de renseignement sur le cours des prix pratiqués dans les hôtels, que personne n’a pris la peine de relever pendant les années que nous venons de traverser. Nous nous sommes cependant adressé à l’une des grandes agences de voyages pour avoir son opinion à cet égard. Les données qui nous sont communiquées ne sont que le reflet d’une appréciation toute personnelle, pourtant intéressante, malgré la divergence d'intérêts qui
peut exister entre les intermédiaires du voyage et les hôteliers.
Prix des coupons, série R, qui étaient issus par l’agence en paiement de trois repas et de la chambre dans des hôtels modestes :
Avant-gUerre Ru 9 25
Prix de la pension complète dans les établissements du méme genre actuellement (pleine saison) (1) : 60 francs. Soit, indice 648 par rapport à 100.
(1) Le syslème des coupons avait l'avantage, pour l'agence, d'imposer un prix maximum aux hôtels, ne tenant pas compte des saisons et des mortes saisons.
.Prix des coupons série C. Trois repas et la chambre dans des hôtels moyens (catégorie fiscale demi-luxe) :
ANAUT-BUCTE 2. . à le ses ei o à 13 »
Prix de la pension complète dans des établissements du même genre actuellement (pleine saison) : 80 francs (1). Soit, indice 615 par rapport à 100.
Prix des coupons séries V. Trois repas et la chambre dans des hôtels de premier ordre (catégorie fiscale luxe et demiluxe)
AVART-BUÉETE ue meta it Sorene 2002
Prix minimum actuel de pension dans des mêmes établissements (pleine saison) (2) : 120 francs environ. Soit, indice 600 par rapport à 100.
Il ressort de l’ensemble de notre étude sur ce point que l'indice des prix dans les hôtels depuis la période d’avant-guerre, jusqu’à maintenant varierait de 545 à 648 pour cent (3).
Or nous avons vu que pendant la même période de temps l’indice des prix de revient dans les étabissements de première catégorie (amortissement non compris) ressortirait à 710 % au minimum. On croit donc pouvoir affirmer que les prix d’hôtels en France n’ont pas suivi l’augmentation générale des facteurs qui s’intègrent dans leur exploitation et que, par conséquent, l’hôtellerie française ne mérite, d’aucune façon, les reproches insensés qu’on lui a adressés.
NORMALISATION DES PRIx
Le prix d’une marchandise c’est sa valeur d’échange par rapport à la monnaie. Les valeurs d'échange que nous connaissons directement par rapport avec notre étalon monétaire, les prix des marchandises sont des faits sociaux que nous constatons, mais comment s’expliquent-ils ?
(x) La pension, dans ce genre d'hôtels, est d'environ 80 francs à l'heure actuelle. Ce prix est le tarif officiel, mais il est probable que, pendant la morte-saison, les clients sont acceptés à un prix inférieur, tel que 70 francs. (Extrait de la note communiquée Par notre correspondant.
(2) Sans aucun doute, les prix actuels sont sensiblement inférieurs lorsqu'il s’agit d'hôtel de province.
(3) Il est à remarquer que ce sont les hôtels modestes les moins atteints par la fiscalité actuelle, qui ont augmenté le plus leurs prix, contrairement à ce qu’on croit, en général.
En particulier, pourquoi l’usage d’une chambre ou d’un appartement, dans un hôtel déterminé, à une époque donnée, s’évalue-t-il telle ou telle somme d’argent. Pourquoi un repas, une prestation quelconque fournis par l’hôtelier sont-ils comptés tel ou tel prix ?
On sait que les économistes de tous les temps ont cherché à donner au problème des prix une explication définitive, et qu’à l’heure actuelle les discussions entre les différentes écoles ne sont pas closes. Nous ne prétendons pas apporter ici des lumières nouvelles, ni suggérer de solution à une question qui dépasse notre compétence et nos connaissances. Pourtant, notre étude ne saurait méconnaître l’examen des conditions économiques générales et particulières d’après lesquelles « les prix dans les hôtels sont fixés ».
Nous exprimons tout d’abord notre adhésion à la théorie suivant laquelle la valeur d’échange, le prix marchandise, ne dépendent pas seulement du désir que les hommes ont de se la procurer, ni de la qualité de cette marchandise, ni de son coût de production. Il dépend de tous ces facteurs, et en même temps d’une multitude d’autres, des prix des autres marchandises, de leur prix de revient, par conséquent du salaire, du taux de l'intérêt, des profits, des rentes, des charges fiscales, etc. Tous ces phénomènes économiques, qui réagissent l’un sur l’autre, sont entre eux dans des rapports de mutuelle dépendance. Entre les désirs, les besoins des hommes (dont les causes sont variées), les réactions de ces facteurs, s’établit un équilibre économique déterminant en définitive les prix, exprimés en argent, des marchandises et des services (1). Maïs il ne peut être question d’établir les équations de l’équilibre économique telles que l’inconnue — qui est pour nous le prix des services dans l'hôtellerie — pourrait être, même symboliquement, déterminée. Dans notre esprit, la rigueur des calculs mathématiques que l’on pourrait faire dans ce but est assouplie par des arguments d’ordre psychologique qui, en définitive, les conditionnent profondément (2). C’est ainsi qu’après avoir examiné le problème des prix dans l’hôtellerie
(1) Voir, su ces questions, ReBour: Précis d'Economie politique, t. I, p. 44 et suiv., p. 448 et suiv. — Voir, sur la théorie de l’école mathématique : Histoire des doctrines économiques, par Ch. Gmwe et Ch. Risr. p. 630 et suiv.
(2) Sur la théorie psychologique à propos des prix, voir: Monnaie. prix et change, 1927, de M. A. AFTALION. i
tel qu’il se pose tnéoriquement, nous le verrons sous l’angle humain, qui en modifie le sens.
Rappelons, pour commencer, que le marché dans l’industrie hôtelière s’étend à l’ensemble des personnes qui, d’une part, se proposent de se procurer les satisfactions matérielles d’un séjour à l’hôtel, d’autre part, à celles qui se chargent professionnellement, de les assurer. Ce marché, en étendue, est très vaste. Il est, non seulement local, régional ou national, mais encore mondial, car le niveau des tarifs d'hôtels à l’étranger et dans les centres d’où provient notre clientèle on1, dans une certaine mesure, leur influence sur les tarifs français, régionaux, locaux. Dans ces conditions, les règles applicables au prix momentané sur un marché idéal, dans un régime de libre concurrence, (1) peuvent s’énoncer pour l’hôtellerie :
a) Tous les services d’hôtel, à qualité égale, à un moment donné, se vendent le même prix.
b) Le prix unique est tel que la demande à ce prix égale la qualité de l’otfre offerte à ce prix (demande limite ou marginale, offre limite ou marginale).
c) Ce prix est celui qui permet de se procurer et d’offrir le maximum de services dans un hôtel.
Mais, si le prix momentané a tendance à se fixer dans un marché tel que, théoriquement, nous l’avons entendu, à un prix unique donnant satisfaction au plus grand nombre de demandeurs et d’offrants à un moment donné, il n’en est pas ainsi pratiquement sur le marché hôtelier envisagé pendant une période plus longue. Car l’industrie hôtelière est caractérisée par des conditions qui, sans lui être absolument propres (2), ne sont, cependant, pas communes à toutes les industries (3).
(x) La libre concurrence suppose trois conditions :
a) Acheleurs et vendeurs discutent librement les prix ;
b) I1 n'existe pas d’entente préalable entre vendeurs et acheteurs :
c) Une publicité parfaite doit renseigner acheteurs et vendeurs sur les marchandises dont il s’agit.
(2) Les industries du spectacle, théâtres, cinémas, ont de nombreux points communs avec l’industrie hôtelière.
(3) Nous raisonnons dans l'hypothèse où la monnaie possède une valeur variable. Au cours des périodes de troubles monétaires. que nous avons traversées, les prix des hôtels français, exprimés en francs, dont la valeur s’amenuisait presque chaque jour, offraient une attraction sur les foules étrangères munies de monnaie solide, qui a été la cause d’une augmentation rapide de la demande.
Ainsi :
1°) À un moment donné, la capacité réceptive de l’hôtellerie est limitée. Elle ne peut s’accroître qu’après un certain temps (constructions, aménagements nouveaux). De même elle ne peut se résorber que très lentement. D’où : l'offre manque de souplesse et ne s’adapte que difficilement à la demande.
2°) L'importance et la qualité de la demande, en l’état actuel de nos connaissances du marché de l'hôtellerie, ne peuvent être connues à l’avance. De sorte que la demande en quantité étant imprévisible est susceptible de s’élever ou de diminuer brusquement.
3°) Le coût de production va généralement en décroissant (caractère industriel) et le rendement en croissant (1). Nous savons, en effet, qu’à occupation maximum correspond prix de revient minimum, ramené à l’unité client. Audelà de l’occupation la plus optimiste, le coût de production pourrait aller en croissant (2).
4°) La marchandise dans l’hôtellerie est essentiellement périssable. Toute prestation en puissance non utilisée, tout local, toute chambre non louée un jour, représentent pour l’entreprise une perte sèche, définitive, irrécouvrable. Ce qui explique, sans la justifier, la tendance trop fréquente de remplir l’hôtel à n’importe quel prix. Le même phénomène se constate dans les industries telles que celles du spectacle, des théâtres, cinémas, qui offrent leurs places à prix réduits à certaines heures du jour où à certaines périodes de l’année. L’hôtelier de saison, ou même celui de la grande ville, dont les chambres sont libres n’est-ik pas appelé à descendre ses tarifs pour attirer les clients? Pourrait-on lui reprocher de ne pas maintenir un prix fixe, et n’est-il amené, lui aussi, à faire sous l’empire de la nécessité des concessions importantes qui peuvent être coûteuses en définitive?
(1) Nous ne tenons pas compte du fait que le confort moderne implique, par lui-même, immobilisation de plus en plus importantes de capitaux, par conséquent coût de production, lentement mais constamment, en hausse.
(2) Voir page 257 de l'ouvrage du D' Muxcm, le cas de l'hôtel qui s'offrce de recevoir un plus grand nombre de clients en louant des chambres supplémentaires chez l'habitant, ou encore fait construire une aile à son hôtel: le rendement devient, généralement, décroissant.
5°) Le marché n’est pas dans un régime de libre concurrence absolue. Certains établissements jouissent, en égard à leur situation, à leur contexture économique (situation financière) d’un quasi-monopole. Enfin la publicité des prix dans l’hôtellerie est encore loin d’être parfaite. Elle est, cependant, en voie de perfectionnement (1).
Dans ces conditions, les prix des hôtels, normalement et naturellement, ont tendance à varier dans une très grande mesure. De sorte qu’il est absurde d’incriminer toute une corporation, d’écarts brusques dans les prix qui, économiquement, sont justifiés. L'offre et la demande, à moins qu'’elles ne se correspondent d’emblée, ne parviennent à s’adapter l’une à l’autre qu’au bout d’un certain temps. D’autre part, le prix normal, qui se base à la longue sur le coût de production, n’a, dans l’hôtellerie, aucune fixité. Lorsque la demande s’accroît au delà de l’offre tendue à sa limite, le coût de production est celui de l’établissement le moins bien armé. Dans le cas inverse : demande réduite, offre la dépassant largement, c’est le coût de production de l’affaire en posture la plus avantageuse qui détermine le prix normal.
H s’en suit que ce prix normal, qui peut descendre pour certains au dessous du coût de production, ne rémunérant plus un grand nombre de concurrents, ces derniers devront éliminés. Mais l’élimination est fort lente à cause de la très grande importance des immobilisations, de la difficulté de leur transformation en vue d’une production différente, et les crises dans l’hôtellerie causent de profonds ravages.
Si, comme nous le disions, les prix dans l’hôtellerie n’ont, théoriquement, aucune raison de fixité, l’esprit profondément humain de cette industrie en a été jusqu'ici le seul régulateur. En présence de l’affluence soudaine d’une clientèle en possession de moyens de paiement élargis encore par la dévaluation de notre monnaie, en butte à une augmentation rapide, en proportion presque géométrique des charges fiscales, obligés de développer leur outillage en pleine période de hausse générale, les hôteliers français ont réagi lentement et modérément sur leurs prix, dans l’ensemble. Ce jugement, cette appréciation, négligeant quelques cas exceptionnels, nous est permise après l’étude consciencieuse que nous venons de faire. Il suffira, pour le lecteur, de
(1) Guides, agences de voyages, ete...
se reporter au chapitre dans lequel nous avons proposé une synthèse de l’augmentation des prix de revient dans l'hôtellerie de 1914 à 1929, et pendant la même période de la hausse des tarifs. Aucune disproportion n'existe entre l’une et l’autre : bien mieux, il apparaît que l’hôtellerie française, en moyenne, n’a pas cédé à la tentation des hauts prix qui étaient parfaitement justifiés, et est restée ainsi en deçà du rendement qu’elle méritait. C’est que, plus que toute autre industrie, peut-être, elle est imprégnée de ces éléments psychologiques qu’on peut discerner dans le fait social qu'était l’hospitahié gratuite d’autreiois et encore, dans une certaine mesure, l’hospitalité payante de nos jours. Il n’y a pas, croyons-nous, de branche d’activité où clients et fournisseur ne soit appelés à des contacts plus fréquents et plus prolongés. Il n’y en a pas beaucoup dans lesquelles l’appréciation, à l’égard d’une marchandise impossible à standardiser, relève autant du domaine intellectuel, moral, artistique et matériel. - De là le sens profondément humain des relations d’affaires entre voyageur et hôtelier qui incite au marchandage, facilité d’aileurs grandement par le caractère de courtoisie, d’urbanité qui domine dans les milieux hôteliers. Toutes ces considérations sur lesquelles on pourrait s’étendre indéfiniment ne font que confirmer ce que nous avons toujours dit : l’industrie hôtelière, dont on croit trop souvent le rendement illimité et certain, n’est pas sans présenter de sérieux aléas. Sensible à tous les événements économiques, à tous les caprices de la mode, elle peut traverser des moments d’une prospérité, que sa structure mê. me, limite inéluctablement. Mais les moments de dépression mettent rudement son existence à l'épreuve, parcs qu’ils secouent brutalement et longuement son économie. On saisit donc maintenant pourquoi la question de la normalisation des prix est difficile à résoudre et pourquoi il semble utopique de parler de l'établissement de prix fixes dans l’hôtellerie (1). En période de crise, dans l’état anarchique actuel du marché, aucun pouvoir ,n’empêchera
(1) Les prix fixes sont généralement appliqués en ce qui concerne les repas, ainsi, d’ailleurs, que pour les chambres dans les hôtels terminus, dans les hôtels où le client fait un court séjour. Mais dans tous les autres genres d’hôtels où le client est appelé à séjourner et dans lesquels il faut tenir comple de considérations diverses, le prix fixe ne peut être que théorique.
à la concurrence aux abois de descendre au-dessous de son prix de revient, aucune règlementation ne se révèlera assez efficace pour empêcher le client de profiter d’une situation critique, dont il se rend bien compte. Mais existe-t-il, dans ce cas, un remède pour normaliser les prix de façon qu’ils laissent tout au moins la marge de perte la plus réduite ?
La réponse dépend entièrement de la valeur morale et matérielle de l’organisation syndicale de notre industrie. Il ne suffit pas, en effet, de proposer les normes selon lesquelles l’action de la concurrences, indispensable au développement de toute industrie, ne porterait pas atteinte à l’avenir même de l’hôtellerie. Il faut encore que l’adhésion des exploitants aux règles proposées, les engagements pris, soient individuellement et strictement respectés.
Partant, par conséquent, d’une organisation syndicale forte et étroite (1), et en possession d’une documentation suffisante qui manque encore à l’heure actuelle, nous proposons les mesures suivantes :
1° Etablissement de prix minima (2) pour les différents services que l’hôtel est appelé à rendre. Ces prix seraient arrêtés et fixés dans chaque syndicat pour la région qui le concerne, leur uniformation sur le territoire devant être recherchée au sein de l’organisation syndicale fédérative. Ils seraient basés sur le coût de production moyen et différeraient selon la classe des établissements (catégories fiscales actuelles ou classification intersyndicale). En aucun cas les tarifs des hôtels auxquels ils s’appliquent ne devraient descendre au-dessous. Bien entendu, la terminologie actuellement en usage devra être précisée (conditions des prix de pension, pour les groupes, pour les suppléments de toutes sortes, ristournes aux intermédiaires, eee de voyages, etc. (3).
2° Une entente en vue d’une collaboration constante avec les agences de voyage devra être enfin réalisée.
Etant donné la puissance d’achat de services hôteliers
(1) Voir pages r 36 et suiv. notre conception à ce sujet.
(>) Le prix moyen ou le prix maximum rencontreraient des difficultés d'application pratique telles que nous ne les mentionnons que pour mémoire.
(3) Nos collègues suisses, qui ont traversé, et traversent encore, une crise terrible, ont pu, grâce aux liens syndicaux qui les unissent fortement, s'entendre sur la question des maxima (Minimal Preis Regulativ). Voir D' Muncn, ouvrage cité, p. 285 et suiv.
qu’elle représentent, les agences de voyage pourraient jouer un rôle intéressant comme régulateur des prix. Grâce à leurs filiales à l’étranger, elles sont informées sur les dispositions de la clientèle touristique souvent avant les hôteliers eux-mêmes. Elles seraient donc en mesure de collaborer loyalement avec ceux-ci, lors de la fixation des tarifs saisonniers. Jusqu'à ce jour, en dehors des agences de voyages sérieuses qui rendent d’appréciés services au tourisme, beaucoup ont exigé des hôteliers les moins bien armés des sacrifices sous forme de commissions hors de proportion avec les services qu’elles étaient appelés à rendre, désorganisant ainsi le marché de l’hôtellerie. Il nous semble que trop souvent elles se sont détournées de la belle sphère d’activité qui leur était dévolue et, ne comprenant rien du problème hôtelier, ont accentué encore le malaise dont elles sont appelées à souffrir, en fin de compte ellesmêmes.
8°Enfin, les syndicats hôteliers devraient être assez forts pour pouvoir faire accepter, en période de crise grave, la compensation des risques entre leurs adhérents. Nous nous expliquons: nous savons que, lorsque la demande est nulle, en présence d’une offre qui reste constante, les prix courants sont appelés à tomber verticalement au-dessous même du point mort dans chaque établissement. De sorte que, si tous les hôtels persistent à se concurrencer et à rester ouverts, ils risquent d’enregistrer tous, sans exception, des pertes sérieuses. Au contraire, si certains hôtels, alternativement, acceptaient de fermer momentanément leurs portes, réduisant ainsi au minimum leurs frais généraux, les autres maisons verraient leur pourcentage d'occupation s’accroître, en même temps que les prix se ‘maintenir et leurs pertes se changer en bénéfices. Une convention aurait pour but de prévoir, à la charge de chaque maison restée en exploitation, une quote-part contributive qui, versée aux concurrents en sommeil, devrait couvrir les frais généraux indispensables de ces derniers.
L'idée est loin d’être irréalisable, la formule seule est à rechercher avec soin et bonne volonté (1).
En somme, nous venons de proposer, pour assurer le
(1) Vous ne nous dissimulons pas les difficultés pratiques qui seront rencontrées surtout daus les grandes villes. \
salut d’une industrie particulièrement délicate, ia conclusion d’ententes syndicales, qui revêtent le nom de cartel. Mais ce cartel, qui laisse aux adhérents la majeure partie de leur indépendance, qui ne limite que les prix au-dessous desquels l’offre ne pourra descendre — prix minimum — et la production dans certains cas (fermeture alternative de maisons) serait-il susceptible de tomber sous le coup de l’article 419 du Code Pénal? Certainement pas. La jurisprudence interprète très largement ce texte qui ne pourrait être applicable à de simples mesures de défense prises en présence d'événements angoissants pour l’avenir de notre hôtellerie et de notre tourisme (1).
(1) Voir à ce sujet un Jugement intérressant : D. P. 1903. 2.297.