I06 LE DOYEN DE SAINTE-GUDULE
activité — vraiment étonnante — se porta principalement sur l'étude des manuscrits des Pères de l'Église. Il publia un grand nombre de textes grecs inédits et en donna une traduction latine élégante et fidèle : en 1598, des homélies des SS. Méthode, Athanase, Alexandre et Jean Chrysostome; en 1601, des homélies des SS. Jean Chrysostome, Jean Damascène et Germain de Constantinople ; en 1604, une édition annotée des Proverbes de Michel Apostolius, d'après un manuscrit du Cabinet du roi de France. Peu après, Pantin mit au jour un texte fort difficile à établir et à élucider : la vie de Sainte Thècle par Basile de Séleucie (1608). Enfin, il donna ses soins à une édition des œuvres inédites de l'orateur Thémistius, qui fut publiée dans la suite par Daniel Heinsius.
Ces travaux ont été, depuis lors, complétés, renouvelés, remplacés : ils étaient pour l'époque absolument neufs et de la plus haute importance.
Suivant les habitudes des philologues du xvi^ siècle, le doyen de Sainte-Gudule se plaisait à échanger avec ses confrères en érudition de savantes épîtres ou de ces courtes improvisations poétiques dans lesquelles il était passé maître. Ses correspondants ordinaires étaient Juste Lipse, Daniel Heinsius, Jean van Leernout, Philippe Numan, Erycius Puteanus et Philippe Rubens, frère du grand peintre anversois.
Il fut aussi l'un des familiers de Balthasar Moretus, le chef de l'imprimerie plantinienne.
En 1633, Moretus chargea Pierre-Paul Rubens d'exécuter le portrait de Pierre Pantin, d'après un original se trouvant à Ypres en la possession de Louis-Joseph d'Huvetter (i).
Cette œuvre, qui fut pa^^ée vingt-quatre florins, fait encore l'ornement du salon d'honneur de la célèbre archit}T)ographie
(i) Max Rooses, « L'œuvre de P. -P. Rubens », Anvers, 1890, tome IV, page 228, n° ioi5. — Le même, « Catalogue du Musée Plantin-Moretus », 6« édition, Anvers, 1908, page 12.
anversoisc, devenue aujourd'hui l'admirable Musée Plantin- Moretus.
Le doyeu de Sainte-Gudule, vu de trois quarts, tenant en main sa Vie de Sainte Thècle, apparaît sous les traits d'un homme à la fleur de l'âge, à la physionomie bien ouverte, respirant la finesse et la bonhomie. Au dessus, à gauche, ses armoiries et sa devise, en langue grecque, déparée par un jeu de mots par à peu près : « pant'en agapei », tout par amour.
La correspondance de Pierre Pantin avec le plus grand de nos philologues fait connaître quelques particularités intéressantes. En 1598, notre helléniste, assez souffrant, passa l'été à Spa. Juste Lipse aurait bien voulu aller l'y rejoindre et, comme par le passé, se promener avec lui sur les belles routes ardennaises.
Mais, le savant professeur ne peut s'y résoudre par crainte des troupes hollandaises, auxquelles il a récemment échappé à grand'peine. En effet, trois ans auparavant, en juin 1595, Lipse s'était rendu à Spa, pour y rétablir sa santé qui réclamait de grands ménagements.
« Le i'^^ juillet, on annonça que trois cents cavaliers hollandais avaient passé la Meuse et se dirigeaient sur la ville. Aussitôt, grand émoi parmi les étrangers : la plupart s'enfuirent à Franchimont, dont la forteresse offrait un abri assuré. Mais Lipse, parti trop tard, dut passer la nuit à Theux. Le lendemain matin, au moment d'aller à l'église, il entendit tout à coup la trompette et le pas des chevaux ; il eut juste le temps de sauter par-dessus deux haies, et de se sauver par les bois vers Fraipont, d'où il descendit la Vesdre et gagna Liège en barquette (i) ».
On le voit, les travaux de nos humanistes ne furent pas composés à des époques de recueillement et de paix. Bien au contraire, le ciel était menaçant, les chemins n'étaient pas
(i) L. RoERSCH, notice sur Juste Lipse dans la « Biographie nationale », tome xii, col. 271.