‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 1 sur 113 · MON FRERE ET ANCIEN PROFESSEUR · texte numérisé non relu

MON FRERE ET ANCIEN PROFESSEUR

CH. PAQUIER

Je dédie cette étude, J. PAQUIER

PME F ACE

Jérôme Aléandre est Tune des plus grandes figures de la première moitié du XVI* siècle : humaniste et théologien, il possède tout le cycle des connaissances profanes et religieuses de son époque ; administrateur, il aide un princeévéque à devenir le chef de sa principauté, et trois papes le comptent parmi leurs conseillers les plus intimes ; diplomate énergique, ardent défenseur de la papauté, il se fait écouter de l'Allemagne révoltée contre Rome ; cinq fois, il reçoit des papes les missions les plus importantes auprès des princes de l'Europe; austère réformateur de rÉglise, il commence par se réformer lui-môme lorsqu'il entre à son service, puis, avec la même énergie qu'il a déployée contre Luther, il pousse à la convocation d'un concile et à la réforme catholique. Des dernières années de Léon X aux premières années de Paul III, son influence est permanente à la cour romaine; il n'est pas une question importante à laquelle il ne soit môle ; parmi les grandes collections de l'époque aux Archives Vaticanes, il n'en est pas une qui ne porte l'empreinte de sa multiple activité.

Cette activité s'est produite sur les théâtres les plus divers. Les années de son enfance et de sa jeunesse s'écoulent dans les villes de la Vénétie : la Motta, Pordenone, Padoue, Venise ; puis c'est Paris et le nord de la France, puis Liège et sa principauté. Devenu secrétaire de Jules de Médicis et bibliothécaire du Vatican, il semble qu'il

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doive alors se fixer à Rome. Mais, au contraire, à partir de ce moment, il a trois missions en Allemagne, une auprès de François P'', une à Venise ; on le trouve en Angleterre, en Espagne, dans son diocèse de Brindes, à Bologne auprès de Clément VII et de Charles-Quint : en réalité, Romen'estpourlui qu'un centre, d'où. il rayonne partout.

Nous avons suivi Aléandre sur ces différents théâtres. Nous avons essayé de décrire les milieux où il a vécu, de dégager la note dominante et caractéristique de chaque phase de sa vie. Mais nous nous sommes arrêté surtout à la description des faits. Bonne pour toute biographie, cette méthode Tétait particulièrement ici. Aléandre, en effet, eut peu d'idées générales ; il fut avant tout un vulgarisateur, un exécuteur des volontés d'autrui ; ce qui frappe le plus en lui, c'est la multiplicité de ses travaux.

Aujourd'hui que l'on a besoin de lire vite, une longue biographie est un objet d'efffoi. Aussi, dans ce travail, avons-nous constamment visé à la plus grande concision. Afin d'être plus bref, nous avons d'abord publié ailleurs une partie de nos documents, et quelques études préliminaires. De plus, dans la présente publication, nous avons passé sur de nombreux détails ; Aléandre les prodigue dans ses manuscrits, mais un certain nombre ne contribuent guère à peindre sa physionomie, ni à éclairer les événements de l'époque.

Toutefois, nousavonsdû nous rappeler le mot d'Horace:

Brevis esse iaboro, Obscurus fie.

Aléandre, en effet, a été mêlé à des événements si nombreux et si considérables, il a rempli des fonctions si variées, quelques parties de sa vie sont si peu connues

qu'il nous a été impossible de condenser toute cette vie dans le présent volume. Nous n'y parlons donc pas des dernières luttes d'Aléandre contre la Réforme ni de ses travaux en vue de la convocation du Concile (1). Pour la plupart, les points que nous étudions ici sont ceux que jusqu'aujourd'hui on a le plus laissés dans Tombre, et qui cependant font le mieux connaître notre personnage.

Lorsque nous avons commencé notre travail, Aléandre avait encore été peu étudié. Il a paru depuis plusieurs ouvrages contenant des parties considérables de son œuvre inédite (2). Pourtant, les sources manuscrites qui nous ont été laissées restent encore d'une abondance presque excessive. A l'aide de ces documents , nous avons pu suivre Aléandre pas à pas. Il n'est aucune période de sa vie sur laquelle ils n'apportent des renseignements nouveaux : ils font la lumière sur plusieurs d'entre elles , restées jusqu'à ce jour presque complètement ignorées.

La critique ne sera sans doute pas embarrassée pour trouver des imperfections dans cette œuvre. Nous osons toutefois réclamer son indulgence à cause des difficultés avec lesquelles nous avons eu à lutter : le grand nombre des manuscrits et la difficulté de les lire et de les classer, les traductions à faire des langues mortes ou étrangères, les pérégrinations d'Aléandre, et les affaires si diverses auxquelles il a été mêlé, enfin, la bibliographie presque infinie, dans chacune des principales langues de l'Europe, pour ce qui regarde l'Humanisme et la Réforme.

(1) Ajoutons que pour traiter pertinemment cette dernière partie de la vie d'Aléandre, il faut attendre l'apparition de plusieurs publications annoncées : par exemple, les Études de la Société de Gorres sur le Concile de Trente, et les TT. Vet VI des Xuntiaiurherichte, sur la période de 1540 à 1542.

(2) Voir, plus loin, iHuvres d'Aléandre, section III.

Cest pour nous un devoir de remercier ici ceux qui ont bien voulu nous aider dans notre tAche. Qu'on nous permette de citer MM. J. Bouyer, chanoine de Nantes, qui nous a exhorté à entreprendre ces travaux et nous a suivi de ses conseils pendant toute leur durée, H. Omont, de la Bibliothèque Nationale de Paris, P. de Nolhac, conservateur du Musée de Versailles, P. Fabre, que la mort vient d'enlever prématurément à la science ; — et VAssodation pour Vcncouraijemenl des hautes études dans le clergé^ qui nous a aidé à mener cette œuvre à bonne fin (1).

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(l) Cette biographie a été présentée à la Sorbonne comme thèse française de doctorat ès-Iettres. Nous remercions M. Denis, professeur d'histoire A l'université de Paris, de la bienveillance qu'il nous a témoignée à cette occasion, et des conseils qu'il nous a donnés.

JÉRÔME ALÉÂNDRE

ŒUVRES D'ALÉANDREC)

Au siècle dernier, Mazzuchelli et Liruti ont dressé une liste des œuvres d'Aléandre (2). L'impossibilité où ils étaient de consulter les dépôts d'archives, la pénurie de travaux antérieurs sur la Renaissance ne leur ont pas permis de dresser de ces œuvres un catalogue complet et définitif. C'est ce catalogue que nous

(1) Cest à d«sseio que nous avons intitulé ces préliminaires Œuvres ^AléMndre. Nous n'avons nullement l'intention de donner ici toutes les sources manuscrites ou imprimées, et moins encore tous les ouvrages que nous avons consultés ; nous citerons ces sources et ces ouvrages au cours de notre travail. Nous ne parlons ici que des manuscrits ou imprimés qui contiennent quelque chose de l'œuvre d'Aléandre. Aussi, omettons-nous nombre d*auteurs des derniers siècles qui ont parlé d'Aléandre sans rien ajouter à ce qu'en avaient dit leurs devanciers : ils n'ont contribué pour la plupart qu'à accréditer des erreurs déjà en circulation, ou à en accroître le nombre.

Nous comptons parmi les œuvres d'Aléandre les Lettres qui lui ont été adressées et les Instructions qu'il reçut à l'occasion de ses missions diplomatiques. Par contre, nous n'avons pas cru devoir y faire figurer les brefs qu'il reçut des Papes, ces brefs étant pour la plupart d'un caractère tout administratif.

Pour la recherche de ces œuvres, nous avons visité presque toutes les archives et bibliothèques d'Italie, celles de Paris et de Bruxelles, le British Muséum et les plus importantes bibliothèques de l'Allemagne. Nous sommes heureux de pouvoir remercier ici MM. les Archivistes et Bibliothécaires de ces différents dépôts : nous avons trouvé partout le plus grand empressement à nous être agréable. Il nous sera permis de mentionner spécialement Mf Wenxel, sous-archiviste des Archives Vaticanes, et le R. P. Ehrlé, préfet de la bibliothèque du même nom : tous ceux qui ont fréquenté ces archives et cette bibliothèque connaissent leur dévouement et leur inépuisable amabilité.

(2) Mazzuchelli, Gli Serittori d^ItàlU (Brescia. 1753, in-4), T. I, P. I, p. 421- 421; Liruti, iVoiifie délie vite ed opère seritle ds,* litteràti del Friuli. (Venezia, 1760, in-4-KT. I,p. 501.

avons essayé ici. La variété des œuvres d'Aléandre, la multiplicité des dépôts et des ouvrages où elles sont renfenhées font de ce travail un préliminaire nécessaire à la biographie du personnage. Nous donnerons successivement : les œuvres qu'Aléandre a lui-même publiées ; celles qu*il a laissées manuscrites ; enfin celles qui; tirées en général de ces dernières, ont été publiées sans sa participation, soit de son vivant, soit surtout après sa mort.

Dans un appendice, nous donnerons les œuvres apocryphes.

Dans les sections I et III, ainsi que dans TAppendice, nous suivrons constamment Tordre chronologique. Dans la deuxième section, tout classement chronologique ou logique eût été artificiel : la plupart des manuscrits où Ton trouve des œuvres d'Aléandre renferment les morceaux les plus divers par leur date ou par leur objet (1). Pour la description de ces manuscrits, nous avons donc pris les dépôts Tun après l'autre, et, dans chaque dépôt, nous avons suivi Tordre des cotes.

Les ouvrages publiés par Aléandre lui-même sont sans doute d'importance inégale ; du moins, dans leur entier, ils viennent de lui et ils nous reportent à lui. Il est loin d'en être ainsi pour les manuscrits décrits dans la deuxième section et pour les ouvrages énumérés dans la troisième. Certains manuscrits sont en entier Tœuvre d' Aléandre ; d'autres ne contiennent de lui que quelques feuillets ; parmi les imprimés, les uns ont pour objet principal ou même unique] la reproduction des œuvres d' Aléandre, les autres ne contiennent de lui qu'une page ou deux. Dans ces deux dernières sections, nous mentionnerons en plus petits caractères les manuscrits ou les imprimés où Tœuvre d' Aléandre ne figure que pour une faible partie.

(1) Un classement ehronologiqae était impossible : certains manuscrits comprennent de longues périodes de la vie d'Aléandre,d'autres quelques mois à peine. Plus loin (Section II), nous indiquons deux classements logiques. On pourrait encore en imaginer d'autres. Mais ces classements ne sont utiles et possibles qu'après la description même des manuscrits : y faire entrer les manuscrits dèsM*abord ne produirait que de l'obscurité ; ils forceraient à aller et venir constamment d'un dépôt à Fautre, et à revenir sur des manuscrits dont il aurait déjà été question.

Aux parties principales de la Biographie d'Aléandre, nous donnerons un sommaire des sources utilisées, manuscrites et imprimées. Ces sommaires serviront de compléments au présent tableau des Œuvres d* Aléandre.

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