ISIS-URANIE
A M. Edouard Schiiré.
C'est l'aurore, hors des labyrinthes, dans le paysage de désert et de Nil ; tous deux, le néophyte et la déesse, chastement enlacés, se tiennent debout devant le Sphinx.
LE NEOPHYTE
Près des dieux j'ai vécu le miracle. Je sais. Je reviens de l'Âbime où commencent les choses; J'ai guéri dans la mort et les apothéoses Tous les jiobles espoirs que la vie a blessés. Je l'ai vu, le Rosier invisible, où les roses De l'univers, qui font nos royales langueurs,
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Vont éternellement puiser, — lleurs éphémères, — Leur sève qui s'épuise et leurs brèves couleurs. J'ai compris le Silence et contemplé les Mères Qui tissent dans la Nuit les destins redoutés ; Et si la joie humaine a des saveurs amères, Je connais des plaisirs que nul n'a regrettés.
ISIS
Maintenant je t'admire, ô mon fils, je caresse
Sur ton front le rellet de ta jeune sagesse ;
ïu triomphes, tu es initié. Tais-toi.
Sache que le Silence est la suprême loi
Et que vaincre n'est rien si l'on ne sait le taire.
Tresse à ton front une auréole de mystère,
Et souris devant ceux qui ne comprennent pas.
LE NÉOPHYTE
Je voudrais raconter à tous mes fiers combats. Je voudrais raconter l'ivresse du prodige.
ISIS
Tu mourrais aussitôt, si tu parlais! Que dis-je? Les ignorants, mis en fureur par tes aveux, Saisiraient de leur poing tes pieds et tes cheveux
Pour te précipiter du haut do la montagne.
Et les rochers boiraient ton sang ; et ta compagne,
Isis, recueillerait ta seule âme en le ciel.
LE NÉOPHYTE
Je ne crains plus la mort, car le ciel est réel.
ISIS
Dédaigne de mourir; mais crains d'être un scandale, Crains d'avoir excité l'instinct dur et cruel.
LE NEOPHYTE (montrant le défilé, au loin, des mystes qui, dans le désert, célèbrent Isis)
Permets-nous cependant, Isis à nulle égale, De célébrer ta gloire et d'orner ton autel.
ISIS
Laisse les cœurs naïfs dilater leur ivresse... Mais toi le Bien-Aimé, toi le victorieux , Toi qui goûtas le fruit profond de ma caresse. Poursuis ta route en des exploits mélodieux.
25(i L HUMANITE DIVINE
Lorsque d'angoisse tu pliais, je suis venue. Maintenant je m'en vais puisque te voilà fort; Car en tes yeux persiste une ardeur inconnue, Et quel que soit le vent, tu gagneras le port.
;La déesse disparaît. Le néophyte ne voit plus devant lui que le désert infini avec les énormes pyramides triangulaires et le flot trouble du Nil piqué d'oiseaux étranges. U se met en marche, pensif, du côté de la Méditerranée invisible encore et du destin.)
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