‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 99 sur 124 · ISIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

ISIS TERRESTRE

A M. Emile Blé mon l.

Le désert près du Nil : le néophyte est tout d'abord écroulé contre la première marche de la Pyramide de Giseh.

LE NEOPHYTE (seul)

Je suis las, je suis seul, le sort veut me briser, Je n'irai pas plus loin, car les rouies sont vaines. Mon sang, mon jeune sang se glace dans mes veines, Et je meurs sans cueillir le suprême baiser.

ISIS (qui apparaît)

J'fii goiité la poussière et savouré les larmes. Comme toi. J'ai longtemps, comme toi, voyageur.

IJvS DK.MONS I:T LliS DIEUX 247

Parcouru celle Icrre; el parlout mes alarmes Onl semé la pitié dansée monde en fureur!

LE XEOl'llVTE (aux pieds de la déesse)

Isis ! je demandais ta roule à lous les astres.... Je demandais Ion nom, et ton temi^le, el ton cœur. Tu me cherchais, dis-tu? Tu fuyais... Nos désastres Ne se sont rencontrés qu'au fond de la douleur...

ISIS (qui le relève)

Je cherchais mon époux, Osiris, que morcelé Typhon, réternel mal dont toi-même as souffert. Lève-toi, le printemps est le fils de l'hiver ; De la cendre jaillit une immense étincelle.

N"es-tu pas cet ami cherché trop vainement, Celui qu'on perd, celui qu'on appelle et qu'on pleure, Qu'on croyait mortel qui ressuscite, quand l'heure A sonné du Bonheur pour l'amante et l'amant ?

LE NEOPHYTE (le front appuyé contre Tépaule de la déesse)

Tes yeux font les lueurs de l'aube ; je t'adore. Je t'admire, ton cœur est un sublime fruit,

248 I- HUMANITK DIVINK

Ton sein a lu douceur magique de la nuit ; J'allais mourir, mais ton baiser me faitéclore.

ISIS

Dans mes bras consolants ton âme a palpité, Mais tu n'as soulevé qu'un soûl de mes trois voiles, Enfant ! D'autres secrets éblouiront tes moelles Par une formidable et sainte volupté !

LE NÉOPHYTE

Toi qui n'es que douceur céleste et que clarté, Où vas-tu me conduire, ô Reine des Étoiles?

ISIS

Suis-moi dans les enfers et dans robscurité.

(Us pénètrent tous deux dans les labyrinthes souterrains, ténébreux et glissants de la grande ])yramide).

ISIS — PERSEPHONE

A Madame Maria Siar.

L'intérieur de la grande Pyramide. Le néopiiyte et la Déesse s'arrêtent devant le portique de la chambre suprême des épreuves initiatique:» qui est la salle de la mort et de la résurrection.

LE NEOPHYTE

J'ai traversé le piège en flamme, et, sans surseoir, L'étang nocturne où dort la liquide épouvante, J'écarte, contre moi tendu, le glaive noir. La coupe du poison se brise ; et, je m'en vante. Rien n'a pu m'arrêter, rien n"a pu m'émouvoir.

25U l. HL'MAMTi; I il VI M)

Mais j'ai peur maintenant, Isis, û mon épouse, Car j'aborde le seuil de Tlnvisible Aour (1). Sauve-moi des dragons tourbillonnant autour De ma faiblesse, et sauve-moi delà jalouse Furie et des daimons jaloux de notre amour.

ISIS

Ne crains jamais les larves vaines, Les fantômes de déraison ; Ton esprit plane sur la hideuse prison ; Pardonne et tu rompras les haines.

LE NEOPHYTE

J'ai peur non pas d'un ennemi, mais de la Mort. Je suis troublé par le vertige de l'Abîme...

N'entends-tu pas la folie et le crime ?

Ne sens-tu pas le néant qui nous mord?

(1) Aour, la lumière intellecluelle des mystères.

Lies DHMONS Kl' I.i:S DlICltX 251

ISIS

Moi, la Reine de ces ténèbres, Moi, Perséphone-Isis, comme toi descendue

Dans l'ombre éperdue, Je te veux le vainqueur de ces charmes funèbres; Moi, la Reine des Ténèbres, Je te veux le Roi do la Mort.

LE NÉOPHYTE

0 Perséphone-Isis, pardonne si je tremble...

ISIS

Dans le tombeau nous descendrons ensemble...

Tu seras fort !

Il faut mourir, enfant, atin que ressuscite Notre immortalité.

LE NÉOPHYTE

Si mon trop jeune cœur hésite, Si je ne sais vouloir, j'aurai ta volonté.

252 L HUMAMTi: DIVINE

ISIS

L'enfer est nécessaire au grand ciel qu'il proclame, Et la destruction du corps créera ton âme.

(Elle entre dans la chambre mortuaire ) LE NÉOPHYTE (qui la suit)

J'obéis ; je m'étends, tel un cadavre, sur Ce sarcophage ouvert dans le silence obscur.

ISIS

Ton sacrifice divinise ta poussière,

Et le Néant devient la porte de Lumière !

(Le reste ilc l'initiation est silence.)

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