LE VOYAGE DE L'AMOUREUX
A El va.
Pour m'arracher ton souvenir subtil et fort, J'ai vécu sous des ciels nouveaux, loin de tes lèvres ; J'ai prié, j"ai posé mon front meurtri de fièvres Sur la tombe du Christ, et j'ai tenté la mort...
Je suis entré dans Tyr toute blanche et maudite ; A Sidon j'ai cru voir ton sourire rêveur Planer, comme un oiseau de pourpre conqu^reur. Sur la lèvre des survivantes d'Aphrodite.
Et pour Toi j'ai longtemps soutlert en des exils,
Où, voulant f oublier, j'évoquais ton image ;
Les temples, les palais d'Egypte et le visage
Des dieux morts regardaient pleurer mes yeux viril
Le Désert seul calmait mon immense détresse Par son silence et sa solitaire rigueur ; Mais les grands dahabiehs fuyaient avec mon cœur Sur le Nil, pour te retrouver, Enchanteresse !
Assouan (1901).