CE OUE L'IXDE M*A DIT
A M. James IL llijde.
Or l'Inde me parla pendant la nuit qu'oppresse Dès le printemps, l'ardeur d'un trop cruel été. Sa voix, qu'à Bénarès la Sainte j'écoutai, M'a dit un tendre chant d'orgueil et de détresse
« Poète dont je suis et l'amante et la sœur Par le mystère qui m'entoure d'épouvante, Je veux bénir tes pas sur ma terre savante, Et réjouir tes yeux, et réchauffer ton cœur.
« J'ai pour toi des forêts que nul n'a pénétrées, Des montagnes qui sont plus hautes que les cieux, J'ai des fleuves peuplés d'animaux et de dieux, J'ai des femmes plus séduisantes que des fées...
« Mes artistes pour toi cisèleront l'or pur, L'ivoire, Targent tin, les cuivres et les marbres; Tu dormiras dans les parfums de mes grands arbres, Et mes nuits t'envelopperont de leur azur.
« Mes sages, accroupis au fond des solitudes, Te liront les Védas qui rendent immortel, Mes idoles te souriront sur leur autel. Tu sauras le secret des divines études...
« Mes soleils font mes Heurs et mes fruits plus teni J'ai des palais plus frais que des grottes marines; Mes lacs sont des miroirs d'amour, et mes ruines Sont plus vieilles et plus augustes que le Temps !
« Mes éléphants seront doux comme des ânesses, Pour t'obéir mon tigre aura des airs rampants, Tu pourras sans péril caresser mes serpents, Et mes singes t'amuseront de leurs prouesses...
« Je ne veux pour cela qu'un peu de ta pitié, Un sourire d'amour qui vienne de la France, Une — larme. — et le seul espoir d'une espérance Pour mon destin — , comme ton Dieu — crucifié ! »
LA BAYADERE
A M. Robert Chaiwelol.
0 Toi, plus enivrante et plus voluptueuse Que la nuit du Bengale en son voile argenté, Femme aux bracelets lourds, aux paresses d'été, Aux gestes de prêtresse impure et radieuse!
Le safran, dont tes seins gardèrent les vestiges, A laissé sur mes doigts sa brillante couleur. L'huile de tes cheveux parfuma nos vertiges. Et ton corps s'est offert, souple comme une fleur..
VOYACTlS 279
Mais je n'ai pas compris les mots dont tu m'enchantes; Ta voix, (pie les oiseaux écoutent envieux, N"a pas trahi ton âme; et sur tes dents méchantes Luit cette énigme qui m'attire dans tes yeux :
Car je suis l'amoureux ennemi, dont s'effare
Ta chair docile pour le rajah ; car je suis
Celui qui souille avec sa caresse barbare, —
Et c'est pour mon or seul que tu m'ouvres tes nuits.
280 LHL'M.\NITI-: DIVINE