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LE PLUS BEAU VOYAGE

A M. Henry Bataille.

Pourquoi ne peut- on pas fixer son existence Loin des méchants, dans l'ermitage parfumé ? Le poète y ferait de sa vie une stance Et chaque jour serait un calme jour de mai.

Pourquoi ne peut-on pas ?... Le Destin nous entraîr Changer, changer encor, partir, ne point rester... Cherchant à secouer une invisible chaîne, Nous marchons loin toujours et sans nous arrêter.

Cependant que de pleurs en ces départs rapides ! 11 me faut donc vous fuir, ô vous à qui je plus ! Douceslèvres qui m'ont souri, ijeaux yeuxhumides , Hélas ! hélas ! hélas ! je ne vous verrai plus !

Les amis confidents des intimes souffrances, Cette amante au regard subhme et captieux, Les larges horizons pleins de nos espérances, Les fleuves, les soleils, les étoiles, les cieux.

La route où s'attardait la tendre promenade. Les coteaux endormis qu'on gravissait le soir, La maison où le vin guérit le cœur malade, La terrasse où par couple on s'en allait s'asseoir,

Tout ! il faut tout quitter, jusqu'à nos habitudes, Partir, il faut partir, aujourd'hui puis demain ; Il faut connaître encor d'autres inquiétudes Et serrer chaque jour une nouvelle main !

Mais c'est nous qui saignons surtout de ces voyages, Nous les cœurs insensés que désole l'oubli. Le dos courbé sous la tempête et les nuages, Nous ne trouverons pas notre espoir accompli !

11 faut aller ainsi, laissant à chaque porte Quelque tiède lambeau de soi-même arraché ; Il faut s'abandonner au vent qui nous emporte, Car celui qui nous pousse ainsi, c'est le Péché !

Oh ! le toit du Bonheur qu'abrite la colline. Les palais, les tombeaux, les temples, les déserts, La ville éblouissante aux musiques câlines. L'île miraculeuse éclose au sein des mers !

Tout à coup, nous crions : « Halte ! voici l'Étape ! » Mais le Démon rageur ne nous lâchera pas, Son poing nous dresse encore et déchire la nappe Avant que soit fini notre premier repas.

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Alors nous reprenons lenteincnl notre route

Sous l'éperon de nos désirs capricieux ;

Notre front s'est ridé pourtant, sans qu'on s'en doute.

Et le Démon nous pousse encor sous d'autres deux !

Mais nous partirons, gais, pour le dernier voyage; Nous partirons malgré Torage et le ciel noir, Car nous voyons au bout du grand pèlerinage Réels comme des fruits, nos vœux et notre espoir.

N'est-ce pas toi qui luis, toi l'auberge bénie, Où s'exaltent les corps flétris par le chemin ? Et, les sens apaisés par la sainte harmonie, Quel beau sommeil profond, sans songer à demain !

Nous ne partirons plus alors... Dans un coin d'ombre, S'enlinceule d'oubli le bâton excurseur.

La luxure sinistre et l'ambition sombre Ne talonneront plus notre inutile ardeur.

nos h HUMANITE DIVINE

Nos vieux désirs souillés de poussière et de boue, Se transforment dans les lavoirs surnaturels, Et notre âme précaire, où le Démon se joue, Vêtira la splendeur qui sied aux Immortels.

Nous voici délivrés du Temps et de l'Espace. Rien d'humain ne ternit tant de félicité : Bien loin de ce qui vit une minute et passe. Nous nous réjouissons de notre éternité !

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