‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 12 sur 124 · LE POÈTE AU BALCON · texte numérisé non relu

LE POÈTE AU BALCON

A Sully-P rudhomme .

Le soir, après les durs travaux, la lèvre amère, Je m'accoude sur mon balcon, tout près du ciel D'où tombe avec lenteur une étreinte de mère; Je suis le souffle du soupir universel !

Et s'élève la Voix qu'entend seul le Silence, La voix grave, la voix, si tendre en ce désert Fait par le crépuscule et par la ville immense. Que je sens tressaillir mon âme sous la chair...

U L HUMANITI:: DIVINE

Rien ne me vaut tes yeux, tes bras et ton caprice, 0 maîtresse! Et pourtant le Mystère d'En Haut Couvre tous tes baisers par son chastç délice... Tes mots d'amour sont moins doux que le Divin Mot

La fenêtre, où l'odeur des jardins me visite, Ne me laisse plus voir que l'astre où Dieu sourit ; Les formes ont lassé mon cerveau qui s'irrite A tout ce qui n'est pas la flamme de l'Esprit.

Ne sois plus étonnée, ô maîtresse, que ronge

Un désir dont je suis trop lointain cette nuit !

Ton bonheur près du mien n'est qu'un humain mensong

Peu m'importe ta bouche aussi fraîche qu'un fruit ;

A ce frêle balcon l'Éternité commence,

Et j'ai mordu l'ardent noyau de la Substance !

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