LE CHATIMENT
A Barbey d'Aurevilly.
Vous avez mis en moi, Seigneur, de grandes choses : La colère devant Tinjustice, les cris, Les belles haines qui saignent comme des roses, Et les emportements, et les nobles mépris.
Vous avez mis en moi l'horreur de l'imposture, Cette ardeur au travail qui me rend soucieux. L'élan souple vers la formidable aventure. Et le désir changeant des terres et des cieux...
Vous avez mis en moi la volupté, les charmes, L'extase qu'on mérite aux calices de fiel, Les très suaves et très consolantes larmes, Et le rire plus douloureux d'être cruel !
Vous avez mis en moi vos divines prémisses^, Votre flamme, ô Seigneur, qui partout Vous poursuit, Vous avez mis en moi, vos fureurs, vos délices, Et le rayon de vos lumières dans ma nuit.
Vous m'avez fait semblable au lion solitaire. Dont l'ongle pour bondir s'incruste au rocher dur; Et je n'ai pas tremblé sur le seuil du Mystère, Et même dans l'Enfer j'ai regardé l'Azur !
Mais vous m'avez puni, Seigneur, moi quetourmente L'horrible anxiété d'un cœur faible et dément, Oui va chercher trop loin une impossible amante, Et meurt de n'être pas un homme, simplement...
CONFES5SI0N