ILLUSIONS
A M. Eugène Fasquelle.
Je me souviens de mes lectures sous la lampe... Mère écrivait ou bien brodait, lasse du jour; Petite sœur, très grave, un doigt contre la tempe, Étudiait l'Histoire Sainte, sans amour.
L'avenir ouvrait très large son aile ; Mon âme n'était qu'espoir et que chant ; Je ne croyais pas la femme infidèle, Je ne savais pas que l'homme est méchant.
Ces heures calmes furent brèves, J'ai dû lutter seul et souffrir.
Ali ! j'ai brisé mes plus chers rêves; Rien ne m'est neuf que de mourir.
Dieu seul a vu toute mon âme, Dieu seul connaît mon désespoir; Mais aucun cœur d'homme ou de femme N'a su le voir !
L'ENVOUTEMENT PAR L'IDÉAL
ri la première Inspiratrice.
L'élan des passions pousse l'humanité, Comme l'onde une barque ou l'air une nacelle ; Mais ceux-là que tourmente une grande étincelle, L'idéal les transporte en un ciel enchanté.
Une femme, d'En Haut brûlante messagère, Prépara dans mon cœur Tenvoùtement divin, Et maintenant encorce charme persévère, Plus fort que les baisers, l'opium et le vin !
22 L HUMAMTt: DIVINE
Enfant, j'ai rencontré la farouche inconnue, Qui tient de noirs flambeaux et de terribles fleurs. Le Mystère depuis m'entraîna dans sa nue. Et je suis le Héros, joyeux de ses douleurs !
C'était l'heure pourtant où la volupté chante... Et j'ai suivi ton front mélancolique et beau; Ensemble nous avons déchiffré l'épouvante ; J'ai pleuré dans tes bras comme sur un tombeau !
Quel était ton dessein, étrange séductrice ? Pourquoi donner à cet enfant voluptueux Le dégoût des plaisirs et l'attrait du supplice Et cette nostalgie incurable des Gieux?
Ah ! tu voulais créer ma sublime folie
Afin de m'arracher au monde où rien n'est sur...
Tu me voulais blessé d'une flèche infinie
Et prisonnier d'un rêve inextricable et pur.
Ton verbe m'a bercé mieux que Tlnde et que l'Onde. 0 Maîtresse qui fus mon Maître, tu m'appris l/arcane de douleur qui rédempte le monde, Et tu m'as dit la Vérité, comme le Christ !
C'est Toi. l'Enseignement fleuri sur la montagne, La Doctrine enchantée où tout l'être se prend, La Grâce qui conquiert sans combat et qui gagne L'âme en sanglot par un sanglot encor plus grand !
La sève des martyrs, survivant dans tes veines, Insinue à ton cœur ce suave tourment, Qui fait toutes amours, après tes baisers, vaines , Car tu sais te donner, toi seule, infmiment.
Ton âme dans mon âme a laissé son sillage ; Et si mon front s' étoile au baptême du Feu, C'est que, sainte, tu fis de ton amant un sage Et que tu m'as révélé Dieu !
Aussi, me souvenant de Toi, je lui pardonne, A celle qui torture, à celle qui trahit, La Méchante est un peu la sœur de la Très Bonne Et mon cœur à ta loi de clémence obéit.
Puisque tu m'as ouvert les mystères suprêmes, H est transfiguré cet univers maudit ; L'écho de ton cantique est au fond des blasphèmes Et même dans la boue un astre resplendit.