SOLITUDE
A M. René Acollas
La solitude pèse à mon cœur orgueilleux, Qui ne veut point d"ami, qui n'a pas de maîtresse. C'est un mal inconnu qui m'obsède et m'oppresse, Quelque péché lointain, oublié, douloureux...
Et je plie au fardeau de mes inquiétudes. Plus lourd d'être muet et d'être intérieur... Ah î que vienne une épouse où reposer mon cœur ! Que n'ai-je un compagnon de mes âpres études !
Je les ai vus s'enfuir tous ceux-là que j'aimais, Ou bien j'ai dû quitter des âmes incertaines ; Je n'ai jamais trouvé la main douce à mes peines, Le cœur vaillant et pur ne m'a souri jamais...
Je te bénis pourtant, solitude profonde, Car tu m'as protégé contre tant de laideurs ; J'ai nourri de tes sucs mes dégoûts, mes ardeurs. Bien loin des amis faux et de la foule immonde.
Le travail me fut doux ; et le soir j'écoutai, Dans le ciel transparent où frissonne une lyre, Le chant de la nature et la voix qui m'inspire, La voix qui vient de l'âme et dit la vérité.
Je n'aurai pas en vain traversé notre sphère ; Et, si cet univers est un songe qui fuit. J'ai cueilli l'astre dans le jardin de la nuit Et saisi la Beauté sous son voile éphémère.