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QUEL REFUGE

A M. André Rivoire.

Je roule éperdument parmi des bras de femme Et ne trouve jamais de rade ni de port. Il ne survit en moi que l'amour de la mort. C'est la nuit. J'ai perdu ma lumière et ma flamme.

L'une n'a sous le front que bêtise et qu'orgueil ; L'autre agite en son âme un tas de riens futiles ; Le corps de celle-ci, — débauches inutiles; Le cœur de celle-là, — scellé comme un cercueil !

Quelle ironie au fond de nos amours humaines, Et quel néant ! 0 ina chimère, tu me mènes. L'Espoir sonne, à Thorloge, un languissant adieu. .

Ne me reste-t-il plus, puisque tout est perfide,

Qu'à m'enfermer dans l'art, dans l'art auguste et vide,

Ou qu'à frapper en vain à la porte d'un Dieu ?

A M. Henri Bergson.

Dieux de l'Egypte, dieux de l'Inde, dieux farouches, Dieux tendres, dieux sanglants, cruels ou gracieux; Dieux de la Grèce, dieux de beauté radieux ; Dieux du Sud dévastant les yeux, brûlant les bouches Comme le Soleil et le Simoun ; dieux glacés, Dieux du Septentrion que la nue environne, Vous n'avez plus de foudre, ô dieux, ni de couronne, L'Homme, qui vous créa, vous a tous terrassés !

Enfin elle sonna l'heure surnaturelle, Où l'Ame se comprit plus grande que les Dieux. Les aveugles espoirs, les doutes anxieux Termineront enfin leur antique querelle.

L'athéisme nous plonge au gouffre inférieur, L'illusion crédule à des fables nous leurre... Vaines routes ! nous en suivrons une meilleure, Nous qu'illumine un grand sanglot intérieur !

Déjà tu nous montrais la Voie, o Dieu de l'Ame, 0 Jésus ! Et tu fus son prophète, ô Bouddha. Elle ne trompe point la soif qui te réclame, 0 fontaine d'amour, source d'or et de flamme. Qui des yeux du héros et du saint déborda. Le monde éblouissant n'est qu'une goutte pâle De ce flot lumineux qui dans l'homme descend Et se joue en un flux et reflux caressant. Comme un rayon secret se reflète en l'opale, J'entrevois cette jiappe éternelle de feu Dans mon cœur que consume et que fait vivre Dieu. Et devant ce mystère auguste je m'incline ; Car, malgré l'homme vil, malgré le dieu lointain, Malgré la mort, malgré la boue et le destin, Comme une aube, apparaît l'Humanité Divine !

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