LE VAIN PELERINAGE
J'ai marché, j'ai frappé contre les Portes Sombres, Elles n'ont répondu que par mon désespoir ; J'ai serré sur mon cœur les fantômes du soir, Et je me suis assis la nuit sur les décombres.
L'Au-delà, ce pays plus beau d'être plus loin, Avec son ciel dément et sa nue inquiète, Attira ma jeunesse éprise de tempête!... Mais l'Au-delà nous prend et ne se donne point.
Nul infini partout où mon désir s'élance ; La frontière l'arrête et son ardeur s'abat; Je suis le Chevalier accoudé sur sa lance, Et qui soupire et se fatigue sans combat.
J'ai repris mon chemin jusques aux portes roses : Des Femmes m'ont souri, leurs bras se sont ouverts, Elles m'ont entraîné vers des apothéoses, Et j'ai pleuré d'amour contre leurs seins amers!
Elles disaient : « Voici le vin qui réconforte, « Et voici le banquet qui rassasie et rend « Le courage et la joie au jeune conquérant. » J'ai bu le vin : c'était une eau morose et morte;
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J'ai mangé : c'était de la cendre avec du vent. Et toutes s'étonnaient de mon dégoût impie; La coupe infâme était leur ivresse, et l'hostie Abjecte leur repas avide et succulent !
Enfin j'interrogeai les maîtres qu'on révère, J'ai crié : « Dès longtemps je cherche et je suis las. » Les uns m'ont proposé leur dogme ou leur chimère. Les autres moins menteurs, m'ont dit : « Je ne sais pas. »
Eh bien, tu vas parler, Sibylle intérieure; J'ai parcouru tous les chemins, réponds. Pourquoi Aucun n'a-t-il conduit vers la bonne demeure ? Je suis le pèlerin sans auberge et sans foi.
CONFKSSION 4i>
LE DIEU R"EPOND
Mais une Voix étrange enchante le silence ; Elle vient de moi-même et pourtant de plus loin: « Pourquoi veux-tu trouver la Force et la Science « Aux lieux inférieurs qu'elles n'habitent point?
« Le Maître qui t'enseigne et la Paix et la Grâce " N'est pas au ciel joyeux ni sur la terre en pleur ; « Il plane sur le Temps, il domine l'Espace, <( Ascète qui médite au lotus de ton cœur ! »
L'IMPARFAITE IDYLLE