EVOCATION
Toi qui ne trompes point, Maître Secret que j'aime, Je ne doute jamais quand palpite ton cœur Immense dans mon cœur petit, dans mon cœur blême Tu es le soleil de mes clairs de lune en fleur.
Invisible et pourtant plus réel que la terre,
Si lointain et pourtant plus proche qu'un baiser,
Inépuisable source où je voudrais puiseï',
Toi qui n'as point de nom, étant tout le mystère !
Ne me laisse pas seul dans ce monde méchant, Ne te retire pas des cryptes de mon âme ; Je ne vis que par ta pitié, que par ta flamme Qui me torture et me caresse et me défend...
Quand je regarde en moi, Toi seul demeures. Tonte La faiblesse de mon humanité se meurt.
Mais ton regard divin me verse sa chaleur, Ton infini descend vers ma misère absoute.
Ne m'abandonne point; car déjà cet obscur Ennemi, qui sait bien que j'ai si peu de force, M'approche et me surprend, et m'enlace; et mon torse A trop vite plié contre son torse impur.
Grand Ami, que j'ai dû verser de larmes vaines, Que j'ai dû supplier et crier à genoux, Pour que tombe, malgré les brouillards et les haines, Ton mystique rayon qui rend joyeux et doux !
Réponds-moi : quelque énigme horrible est sur ma tête? -le ne puis rien toucher qui ne se brise, rien Qui tout à coup ne soit une face muette... L'objet de mes désirs n'est jamais qu'un vain bien.