LE COUPLE PARFAIT
A M. Paul Brulat.
C'est au couple parfait que l'imparfaite idylle Songe clans le délire atroce des ruptures. Vers le couple fidèle et sincère et qui dure Montent les noirs regrets des batailles stériles.
Ils sont deux, ils sont deux, hélas ! les mal unis. Ils ne peuvent jamais se fondre en le baiser, Ils sont ennemis, ces amants inapaisés Et chacun d'eux auprès de l'autre est un banni.
Mais ils sont les fervents de l'étreinte idéale, ils la célèbrent dans leurs détestables rites ; Ils veulent s'accorder, eux qu'une fleur irrite, Le ciel pur est le vœu secret de leurs rafales.
Ils parlent d'Éternel, eux passagers et vains, Et devinent parmi leurs chocs et leurs tourments Que deux amants sont un seul être infiniment Et qu'un couple parfait serait l'Homme-Divin.
L IMPARFAITE IDYLLE 57
OFFRANDE AU BOLKKEAU
A M. Camille Lenionnier.
Puisqu'il te faut toujours tourmenter quelque chose, Je te donne mon cœur farouche, où se repose, Pour s'envoler bientôt, un vautour alarmé; Prends-le. Je ne veux pas être ton bien-aimé, Celui que ton regard réchauffe, et que tu presses Contre ton sein avec la fougue des ivresses. Non, je ne suis point né pour un tel sort, je suis Né pour l'angoisse, la colère et les ennuis. Aussi, prends-le, ce cœur hautain, dans tes mains frêles. Mais qui savent si bien tordre et griffer; et qu'elles L'emprisonnent dans leur délicate blancheur. Enfonce, pour jouer, tes ongles dans mon cœur.
C'est ma chair, mon orgueil, ma force, mon génie. J'admets qu'il doit souffrir avec ignominie. Torture-le d'un air distrait et languissant; Et si tu vois jaillir quelques gouttes de sang. Éclate, ô mon Bourreau, dans un rire sonore, Sachant que tu parais plus radieuse encore !