LE RÊVE IRONIQUE
Lui :
Lorsque je dors dans tes bras frileux, Et que ma chair se fond dans ta chair. Je fais ce rêve illusoire et cher, Où promènent des fantômes bleus :
« Je crois désormais que tu es mienne ; « Moi seul ai respiré ton corsage, « Seul j'ai chanté devant ton image « La fervente et languide antienne.
« Tu ne fus point à des étrangers,
« Tu me gardas vierge ton amour :
« En mon désir comme en une tour,
« Tu vis, loin des troubles passagers.
L IMPARFAITE IDYLLE
« Tu m'aimas avant de me connaître ; « Je me levais dans tes meilleurs sonj^es. « Quand j'apparus, tu dis : « Les mensonges « De mes nuits sont vrais — voilà mon maître I »
« Et tu m'agraffas tes bras au cou « Naturellement, car c'était moi ; « Et je remportai, ton doux corps froid, « Sur l'hippogriffe du bonheur fou!... »
Hélas ! Quel réveil après ce rêve !..
Tu cédas à toutes les prières.
Le regard distrait, tu me tolères ; Et tu penses à d'autres sans trêve.
L HUMANITK DIVINE
BABILLAGE DINCOiNSTANTE
Elle :
Oui, je t'aime et toi seul tu m'aimas ; Mon cœur me l'a dit, j'en suis très sûre.
Mais ton baiser insiste comme une blessure, Tu me veux fidèle... — Ce n'est pas Dans mon pouvoir ; car je suis trop femme Pour être à toi seul. Ma chair, mon âme, J'ignore les fixer pour toujours.
Lorsqu'on insiste, qu'on me supplie, Lorsqu'on m'accable de baisers lourds, Lorsqu'on se met à genoux, qu'on pleure, C'est plus fort que moi, rien ne demeure Des promesses faites, — et je plie A tout désir fougueux qui me presse.
J'espère hélas ! toujours la nouvelle caresse !