RÉMINISCENCE
.4 M. Paul Adam.
Un secret dort au fond de nos âmes, Le secret d'un passé si lointain Qu'on l'entrevoit ainsi que ces flammes, Troubles présages du clair matin.
L'amour n'est-il point les retrouvailles De ceux que la mort a désunis ?
Vieilles chansons sur de nouveaux nids, Époux défunts dans les fiançailles !
Notre buiser évoque un baiser, Rediviva, qui dût me briser.
Parmi nos frénétiques fringales, Rediviva, toi ma neuve fleur.
Quand tu me prends sur tes lèvres pâles, Un Souvenir passe dans mon cœur...
Autrefois !... Mais quand ! Je ne puis dire : Étais-je vivant, étais-je né ?
Tu me rappelles tout « son » délire Et tout mon bonheur infortuné D'autrefois... Mais quand? Je ne puis cfire ; J'étais peut-être, hélas! déjà né.
« Elle » avait au cou le même signe Que toi-même, et dans nos frissons nus Avec cette même grâce insigne « Elle » expirait ces mots ingénus
8(i L llUMAiMTl-: DIVINE
Qui font que je rebaise le signe
De ton cou blanc entre mes bras nus.
Qu'es-tu ? Réponds-moi, toi la vivante, Je t'ai connue, il y a longtemps.
Gomme l'Autre, ta voix rit et chante ; C'est TAutre qu'en tes soupirs j'entends. Et par loi, je la revois, vivante, La morte aimée il y a longtemps.
Une ombre dévaste mes prunelles...
Quel souvenir passe dans mon cœur ?
Un souvenir aux ferveurs cruelles, Qui mêle à nos voluptés ses pleurs...
Gomme par l'Autre que tu recèles, Devrai-je encor mourir de douleurs ?
0 Rediviva, parmi les râles,
Quand tu me prends sur tes lèvres pâles,
La dent de l'Autre mord dans mon cœur.