LES CŒURS PARALLÈLES
A M. Louis Ganderax.
Gomme un écho de lèvres baisées Persiste en le languide boudoir, Dont la fenêtre accueille le soir Parisien des Champs-Elysées.
Lente, elle embrase une cigarette...
Sur le point d'or du tabac qui luit Tous deux laissent descendre la nuit, Telle sur des yeux une voilette.
96 L HUMANITi; DIVlNi:
Ils se confessent au crépuscule; Et dans leur dialogue blafard, Comme sur un visage sans fard, Se reflète leur âme incrédule.
ELLE
Nos deux rêves vont loin l'un de l'autre, En se recherchant éperdument; Et tous deux fuient parallèlement, Svmboles de tout amour, — du nôtre.
LUI
Oh ! c'est d'une tristesse ineffable :
Mêler en vain mon sang à ta chair.
ELLE
Je le hais, ton au-delà trop fier; Ton rêve s'en va, Taile implacable.
A TRAVERS L AMOL'U <)7
LUI ET ELI,E
Nous nous avons dans nos seuls langages Nous sommes bien loin, étant bien près.
ELLE
Je crois t'avoir, mais tu disparais.
LUI
Je crois t'avoir, mais tu te dégages.
LUI ET ELLE
Tant d'êtres, de choses entre nous; L'Amour, mon Dieu ! quelle horrible joie !
ELLE
L'Homme insensé croit tenir sa proie.
LUI
Folle, la Femme dit : « C'est l'Époux, Voici le Maître, je suis à lui. »
LUI ET ELLE
Mais tous nous ne sommes à personne, Nous restons seuls.
ELLE
Tiens, l'heure qui sonne.
LUI
Sans amour, Theure d'amour a fui.
LUI ET ELLE
Nos deux rêves vont, l'un loin de l'autre. En se recherchant éperduinent ; Et tous deux fuient parallèlement, Symboles de tout amour, — du nôtre.
Gomme un écho de lèvres baisées Persiste en le languide boudoir, Dont la fenêtre accueille le soir Parisien des Champs-Elysées.
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