LE BONHEUR
A M. Maurice Barrés.
C'est une île miraculeuse Qui sourit à travers les brumes Et qui (pourtant Tâme est frileuse) N'est pas si loin que nous le crûmes.
Mais nous avons tremblé de froid Et peut-être un peu de terreur ; Car c'est l'hiver et c'est l'erreur, Le soir est triste et le vent croît.
104 L IIUMAMTK DIVINE
— Passeur, j'hésite etje reeiile.
— Pourtant ma bar(|ue est une rose Et ma voile une libellule.
• — 0 Passeur gracieux, je n'ose.
Car le voyage est trop cher pour Que j'y pense sans m'effrayer...
— Il ne faut qu'un cœur plein d'amour.
— 0 Passeur, je saurai payer ;
Mais dans cette île trop superbe
Tous mépriseront un poète
Frère de l'astre et du brin d'herbe.
— Là-bas, toute gloire est muette.
— Bien ! mais avant les longs transports Tous me diront : As-tu montré,
0 voyageur, tes passeports ?
— 11 faut avoir longtemps pleuré.
— 0 Passeur, je m'embarquerai !
L EMBAROUEMENT POUH LE HONHiaiIt 105