LE CIEL DES AMANTS
.1 M. Berenson.
Vers le ciel des aaiants où plane Béatrice, Souvent j'ai soupiré, triste de nos enfers ; Et j'attendis en vain l'aube libératrice An fond d'un crépuscule aussi lourd que des fers.
Enfin Elle apparut, celle à qui les cantiques Vont naturellement comme la fleur au jour ; Je voulus l'entraîner dans mes bras pathétiques, Mais elle me haussa jusqu'à l'altier amour.
L EMBARQUEMENT POUU LE BONHEUR I l'.l
Siii- les (juais de l'Anio (qu'Alighieri visite Encore dans la brume impalpable du soir) Penché vers ses grands yeux et sa bouche petite, J'ai murmuré l'aveu qui fait le cœur moins noir...
« 0 Toi la tendre aimée aux souplesses de cygne, Dis-je, il me faut ton cœur, il me faut ta raison, Ton Anie enfin, — que voile et révèle la ligne De ta voluptueuse et charnelle prison...
« Je suis las du baiser tortueux qui t'offense. Le plaisir fou n'a plus de charme et de beauté; Je courbe à tes genoux ma Oère obéissance, Et je suivrai les lois de ton austérité !
« Un jour, on en revient du péché qui n'abreuve Que les buveurs de spleen, de doute et de remords : Mais l'âme est solitaire et désolée et veuve; Et les chastes élans blessés sont bientôt morts.
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« Lciissc-moi conquérir ta pensée éternelle; Qu'en mon cerveau palpite un fraternel esprit ! 0 cher Soleil, prends-moi, candide, sous ton aile De flamme, où mon salut harmonieux sourit.
« Nous serons des amants intenses et très sages, Dont les bras ne sont pas crispés contre un destin Capricieux; et nous aurons, tels les vieux mages, Le mépris du bonheur morose et clandestin.
« Nous ne nous haïrons jamais, comme les autres Peu faits pour une extase où la chair s'abolit. Lèvres et cœur mêlés, nous sommes les Apôtres De l'idéal transport et de l'auguste lit !
« Rappelions Dante et Béatrix,Laure et Pétrarque, Et parle-moi du Ciel, où nos rêves vivront Tels de grands lys... Là-bas, je serai le Monarque, Et toi la Reine aux yeux fervents, au pâle front... »
L EMBARQUEMENT POUR LE BONHEUR I2i
Mais Elle me répond, en détournant la tête Afin de me cacher ses timides sanglots : « iNous n'échapperons pas, vivants, à la Tempête ; Le Ciel n'est entrouvertqu'aux yeuxà jamais clos ! »