L'ÉPOUSE
Tu vas donc devenir l'épouse, ô mon enfant ! On te dira « Madame », et tu souriras, fière. Laisse-moi dénouer tes cheveux de lumière, Et, dans le creux de mon épaule coutumière, Reposer ton front pur, ce fardeau triomphant.
Écoute : Ma leçon te paraîtra sévère.
Ta vie, elle ne fut qu'un rêve matinal, Bientôt tu souffriras du mensonge et du mal; Mais demeure, il le faut, fidèle à l'Idéal, Et, même si l'Espoir se voile, persévère !...
L'homme est faible, bien qu'il te semble le plus fort. Il a besoin d'un cœur qui pardonne et relève. Car la route est pénible et l'énergie est brève, L'amour humain est moins sublime qu'on le rêve ; Mais tu seras vaillante et tu vaincras le sort.
J'ai mis entre tes mains toute ma destinée : La rose et le lauriei-, que je pourrai cueillir, Orneront ta ceinture ; et dans ton avenir Tu ne verras jamais décroître ni vieillir Ma tendresse qui t'a choisie et couronnée.
Au Docteur Calot.
Comme l'Amour proche du ciel Distend quelquefois cette chaîne Oui rive la pauvre âme humaine A ce monde matériel ;
Comme le Bonheur nous secoue Pour nous révéler son trésor, Comme la Douleur qui nous tord Nous lave de lantique boue ;
Ainsi la fièvre, la langueur, Les inquiétudes, ourdies Par le travail des maladies, Rendent plus subtil notre cœur.