DÉCOURAGEMENT
Ouotidie morior (saint paul) A M. Daniel de Venancourl.
Les jours après les jours se succèdent sans trêve, Laissant sur leur chemin le cadavre d'un rêve Qu'habille de regrets la poésie en deuil. Il nous faut chaque soir faire un nouveau cercueil Pour un penser hautain, pour un espoir candide, Qui, s'éteignant, nous laisse au visage une ride... Et nous mourons ainsi tous les jours. La Beauté, Hier nous révélant son mystère enchanté, Aujourd'hui nous méprise, et nous raille, et nous chasse. Son sourire divin n'est plus qu'une grimace !
Notre orgueil, se dressant comme un monstre éternel, Aurait pu défier, sur les hauteurs du ciel, L'Homme, notre ennemi, qui, suant à la peine, Aiguise contre nous, comme un glaive, sa haine- Mais Celle qui portait dans ses yeux notre espoir. Qui, déesse par notre amour, venait s'asseoir Sur le rétable saint de notre cœur, — l'Idole, — Quand nous la découvrons et menteuse et frivole, Un automne s'en vient passer sur notre cœur, Faisant, au souffle aigu de l'orage moqueur, Tomber sur le sol dur toutes les branches vertes. Nous nous croisons les bras, nous devenons inertes, N'étant plus assez forts pour un grand désespoir. Le Découragement, squelette en un frac noir. Un sourire fatal et terne sur la lèvre. Verse en nos faibles nerfs la paresse et la fièvre. Il s'assied, comme pour un spectacle banal, Au fond de notre cœur, ce théâtre idéal ; Et, spectateur hargneux de nos drames intimes, Il siffle obstinément les passages sublimes.
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