‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 73 sur 124 · DONA JUAN A · texte numérisé non relu

DONA JUAN A

A M. Maurice Magre.

« Mes plus longues amours ? A peine une semaine... Tends-moi tes bras, tends-moi tes yeux... retiens ton cœi

« Je n'ai jamais compris une douleur humaine, Je suis l'horrible muse et la méchante sœur.

« Jeune et fort, tu me plais. Je te prends pour ma proie,; Voilà tout. Ne fais pas un rêve pur et vain.

<c Mes baisers frelatés sont un perfide vin : Il rend fou furieux, Télixir de ma joie.

« Sais-tu tous mes plaisirs, sais-tu tous mes efforts, Sais-tu ma vie, et mes péchés, et mes détresses,

« Quels pleurs ont fait amer Tor menteur de mes tresses. Quelles huiles d'amour assouplirent mon corps?

« Maintenant je vieillis ; et je vais aux jeunesses, Aux yeux naïfs qui sont conquis par un regard,

« Qu'hypnotise la croupe ardente des faunesses, Qui, ne sachant mentir, sont amoureux du fard.

« Je vais vers eux. Et j'ai le barbare délice,

— Comme un soleil brutal dessèche un lac d'azur —

« D'évaporer sous la chaleur de mon grand vice La tendresse et la timidité d'un cœur pur.

« Cependant j'ai pitié : je ne suis pas cruelle. Enfant ! je m'attendris, clémente, à ta candeur;

« Et je te dis dans notre étreinte habituelle :

Tends-moi tes bras,tends-moitesveux... retiens ton cœur.»

Page 1