DONA JUAN A
A M. Maurice Magre.
« Mes plus longues amours ? A peine une semaine... Tends-moi tes bras, tends-moi tes yeux... retiens ton cœi
« Je n'ai jamais compris une douleur humaine, Je suis l'horrible muse et la méchante sœur.
« Jeune et fort, tu me plais. Je te prends pour ma proie,; Voilà tout. Ne fais pas un rêve pur et vain.
<c Mes baisers frelatés sont un perfide vin : Il rend fou furieux, Télixir de ma joie.
« Sais-tu tous mes plaisirs, sais-tu tous mes efforts, Sais-tu ma vie, et mes péchés, et mes détresses,
« Quels pleurs ont fait amer Tor menteur de mes tresses. Quelles huiles d'amour assouplirent mon corps?
« Maintenant je vieillis ; et je vais aux jeunesses, Aux yeux naïfs qui sont conquis par un regard,
« Qu'hypnotise la croupe ardente des faunesses, Qui, ne sachant mentir, sont amoureux du fard.
« Je vais vers eux. Et j'ai le barbare délice,
— Comme un soleil brutal dessèche un lac d'azur —
« D'évaporer sous la chaleur de mon grand vice La tendresse et la timidité d'un cœur pur.
« Cependant j'ai pitié : je ne suis pas cruelle. Enfant ! je m'attendris, clémente, à ta candeur;
« Et je te dis dans notre étreinte habituelle :
Tends-moi tes bras,tends-moitesveux... retiens ton cœur.»