‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 95 sur 124 · LE DIEU CRUEL · texte numérisé non relu

LE DIEU CRUEL

^4 M. Rémi] de Gourmonl.

La vague en feu du mal me submerge etme brûle.., Mon Dieu, je vous supplie, arrivez jusqu'à moi ! La barque de Tamour chavire, et mon effroi Tend des mains sans espoir vers un ciel qui recule.

L'amertume des pleurs fait aveugles mes yeux : Les horizons partout se referment opaques. Je vais mourir, je vais mourir, et plus de Pâques ! >'on, je ne ressusciterai jamais aux cieux,

Pourquoi m'avoir donné cette joie éphémère De respirer parfois des lèvres et des cœurs, Si je dois naufragcr en de viles rancœurs, Et n'être plus, hélas! digne de ma chimère?

Dieu cruel ! — oh non pas parce que j'ai souftert, Mais parce que je suis moins pur et moins austère A chaque événement nouveau, dont je m'altère Comme un miroir flétri de n'être plus désert, —

Dieu cruel ! — oh non pas parce que je défaille, Mais parce que je vais disparaître moins beau, - Dieu cruel ! — oh non pas à cause du tombeau. Mais à cause des lâchetés de la bataille I

Pourquoi m'avoir créé d'un limon plus subtil Et m'avoir mis au cœur l'arôme d'un cantique, Si je dois profaner cette force mystique Et devenir pareil aux hommes, — dur et vil ?

LKS DLMONS Kl I.KS DIMUX -JAT

Page 1