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CHAPITRE PREMIJÇR

PHENOMENES INTELLECTUELS ET MORAUX. — DE L EXIS- TENCE ET DE l'immortalité DE l'aME CHEZ l'hOMME ET LES ANIMAUX.

L'introduction qu'on vient de lire nous a montré toutes les entités causales du passé réduites en une cause unic|ue, l'énergie. Le magnétisme, l'électricité, la chaleur, l-a lumière, l'affinité chimique, les forces qui déterminent le mouvement mécanique, la vie animale elle-même ne sont que des modalités de ce principe constant et universel.

Que convient-il maintenant dépenser de l'homme? les phénomènes de l'intelligence et du sentiment constituent-ils des modalités de l'énergie comme ceux étudiés jusqu'ici? ou bien l'homme a-t-il une âme distincte du corps et immortelle ? Est-il libre dans l'acception métaphysique de ce mot? D'où dérivent les facultés morales? Et avant tout — car la solution donnée à ce dernier problème présente une

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importance capitale pour celle des trois autres — en quoi se distingue-t-il des animaux?

La plupart des religions et des philosophies ont élevé entre Fhumanité et Fanimalité une barrièreabsolue. L'homme aurait une nature spirituelle douée de Fimmortalité. L'animal noni

Dans Tétat actuel des sciences cette doctrine est devenue insoutenable.

Milne Edwards, dans un remarquable ouvrage didactique (1) publié en 1852 à l'usage des lycées et, chose à considérer, approuvé par le conseil de l'instruction publique et par l'archevêque de Paris, a consacré un long chapitre à l'intelligence et à l'instinct des animaux.

Il y démontre par des faits péremptoires que les animaux jugent et raisonnent, ce qui est le fondement de l'intelligence. 11 en était si convaincu que, profondément religieux d'ailleurs, et ne voulant à aucun prix se mettre en contradiction avec l'Église par l'admission d'une identité essentielle entre l'homme et le règne animal, il avait cherché une autre difïérence pour les distinguer et n'en avait trouvé qu'une : /'ins/incf religieux, suivant lui caractéristique de l'homme seul.

Quoiqu'il en soit de cette concession absurde à de vieilles croyances ataviques, le savant avait parlé avant le chrétien, et il avait reconnu les facultés intellectuelles non seulement dans les chaînons supérieurs de l'animalité, mais encore dans des êtres

(i) Milne Edwards. Cours élémentaire d'Histoire naturelle. Zoologie. Paris 1852. — Victor Massonet Langlois et LeclerCr éditeurs.

placés au bas de l'échelle tels que les abeilles et les fourmis.

Depuis cette époque, M. Fabre, le savant entomologiste vauclusien, a fait sur les abeilles une observation qui justifie de point en point cette manière de voir. On me permettra de la citer ici, quoiqu'elle constitue peut être un hors-d'œuvre.

Une abeille maçonne, appartenant à cette espèce qui construitdes ruches de terre au-dessous des toits, travaille à cet important ouvrage. Lorsqu'il est déjà assez avancé, près même d'être terminé, le naturaliste, profitant d'une absence de l'insecte occupé à chercher des matériaux, fait un trou avec la pointe de son canif sous l'une des cellules. L'abeille revient, aperçoit l'ouverture, la sonde avec ses antennes, puis va chercher son mortier habituel et bouche les trous.

Cet acte est la manifestation évidente d"un raisonnement. Il se distingue tout-à-fait de ceux que l'on peut considérer comme instinctifs à cause de leur constante identité. Il relève de l'intelHgence au premier chef.

Qu'on n'oppose donc plus l'instinct à la raison pour justifier une différence de nature entre le règne animal et le règne humain. Si l'homme a une âme, la bête en a une.

Aussi longtemps que l'on s'est maintenu sur le terrain des soi-disant preuves métaphysiques, ce n'était même pas là une mince difficulté pour les spiritualistes. Etant donnés les échelons insensibles qui séparent les unes des autres les différentes espèces zoologiques, admettre une âme immortelle chez l'homme impliquait l'obligation logique d'en

admettre une chez riiuître ou de s'engager dans d'inextricables contradictions.

Nous n'en sommes plus là; et quoique, dans les lycées de notre cléricale république, on enseigne encore ce fatras indigeste à nos enfants, les philosophes ne se préoccupent plus de ces dissertations oiseuses.

Aussi est-ce en me plaçant à un point de vue exclusivement scientifique que j'entends traiter ici de cette grave question de l'âme.

Et dans cette étude — il importe de le déclarer dès le début — je ne séparerai pas l'homme de l'animal, quoique ce soit surtout sur l'homme que doive porter ma discussion.

Du jour où l'on a vu s'évanouir les prétendus fluides dont les métaphysiciens de la science avaient peuplé lunivers, on a dû naturellement songer à faire entrer la pensée, le sentiment, la conscience, dans la catégorie générale en laquelle se sont successivement réduites toutes les autres formes du mouvement. Cette conclusion s'imposait même de plus en plus à chaque élimination nouvelle d'une entité ontologique; et elle a pu être considérée comme absolument légitime à partir du moment où rame humaine s'est trouvée la seule non encore formellement éliminée.

Toutefois, sur ce point, d'une importance si capi-

taie pour nous, la preuve expérimentale n'est point encore suffisante malgré le remarquable travail de M. Byasson en 1868.

M. Byasson, alors pharmacien à l'hôpital du Midi, est le premier qui ait tenté une expérience précise en vue d'envoyer Vâme rejoindre les entités ses devancières dans le néant scientifique où elles l'avaient précédée (1).

J'ai déjà fait remarquer dans l'introduction que, chez les animaux et chez l'homme, à l'inverse de ce qui se passe dans nos machines, l'organe se consume lui-même pour produire la force qu'il est appelé à utiliser. Ici pas de différence entre le combustible, le foyer, les organes de transmission et de consommation de l'énergie. Chaque partie de l'orga- 'nisme est à la fois combustible, foyer, organe de transmission et organe de consommation.

Ainsi, le muscle, nous en avons fourni la preuve, brûle lorsqu'il exerce sa fonction, c'est-à-dire lorsqu'il se contracte.

Par analogie, on était autorisé à supposer que le cerveau brûle, lui aussi lorsqu'il pense ou qu'il sent.

Pour en faire la démonstration, M. Byasson s'est appuyé sur les différences de composition élémentaire des muscles et du cerveau.

La substance dont sont formés les muscles renferme du carbone, de l'hydrogène, de l'azote, de l'oxygène, du soufre, du chlore à l'état de chlorures, «et extrêmement peu de phosphore.

©ans le cerveau, on trouve infiniment moins de

(1) Byasson. Thèse soutenue à. la Faculté de médecine. Paris, 1868. — Germer Baillière, éditeur.

soufre et de chlore, et Ton rencontre, au contraire, infiniment plus de phosphore.

Le carbone, Toxygène et l'hydrogène s'éliminent presque totalement à Fétat d'acide carbonique et d'eau, soit par la respiration, soit par les sécrétions diverses, parmi lesquelles celle de Furine occupe le premier rang.

L'azote sort de Féconomie par les poumons à Fétat d'azote libre, ou par les reins à Fétat de matières moins complètement brûlées, telles que Furée et Facide urique.

Le chlore, le soufre et le phosphore quittent l'organisme par les sécrétions, et surtout par la sécrétion urinaire, à l'état de chlorures, de sulfates et de phosphates.

Si donc les muscles se comburent lorsqu'ils se contractent, et s'il en est de même du cerveau lorsqu'il pense ou qu'il sent, le travail musculaire doit s'accompagner de la présence d'un excès de sulfates et de chlorures dans les produits de désassimilation, et le travail delà pensée, de la présence dans ces mêmes produits d'un excès de phosphates.

L'urine étant l'excrétion principale, celle qui fournit la mesure des combustions opérées, c'est sur ce liquide que le savant pharmacien de l'hôpital du Midi fit porter ses investigations.

L'expérience était fort délicate et comportait des causes d'erreurs nombreuses, notamment celles qui résultent de la variation que les différences d'alimentation entraînent dans la composition du fluide urinaire.

Pour les supprimer, M. Byasson commença par se soumettre à une alimentation parfaitement uniforme

continuée pendant toute la durée de son travail. Il pesait exactement chacun de ses aliments solides et liquides, et faisait des repas absolument identiques tant par la qualité que par la quantité des diverses substances ingérées.

Ces précautions prises, et après un temps suffisant de repos au lit, il analysa plusieurs jours de suite ses urines, et il constata que leur composition était devenue constante.

ïl saisit alors une bêche et, remuant sans relâche la terre de •[son jardin, il se soumit pendant douze heures à un pénible labeur musculaire. Il recueillit en même temps ses urines de la journée et les analysa.

La proportion des sulfates et des chlorures y avait notablement augmenté.

L'expérimentateur se remit ensuite au repos pendant quatre jours. Puis, quand la composition de ses urines fut redevenue ce qu'elle était avant le travail musculaire auquel il s'était livré, il s'abandonna à un travail cérébral intense, résolvant pendant toute une journée des problèmes très ardus de calcul différentiel et intégral.

L'urine des vingt-quatre heures fut de nouveau recueillie, puis analysée, et cette fois ce furent les phosphates dont la proportion s'éleva d'une manière fort appréciable.

Cette double expérience, répétée à un grand nombre de reprises, a toujours donné des résultats concordants.

11 aurait fallu la compléter en examinant ce qui se passe pendant les violentes douleurs morales et sous l'empire des grandes passions, car les phénomènes d'ordre sentimental doivent, eux aussi, déter-

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miner une élimination de phosphore. C'était malheureusement impossible, Thomme ne possédant pas la faculté de déterminer à volonté en lui des jouissances et des douleurs. Était ce d'ailleurs bien nécessaire ? Le sentiment est indiscutablement fonction cérébrale comme la pensée ; et si celle-ci entraîne par son exercice Tusure de Torgane où elle s'élabore, on ne saurait sérieusement contester qu'il en soit de même de celui-là : le cerveau se consume lorsqu'il pense, il doit donc également — on est en droit d'induire avec certitude cette se conde proposition de la première — se brûler lorsqu'il jouit ou qu'il souffre.

N'étaient les instincts ataviques qui nous dominent, et parmi eux celui de la conservation, cette crainte de la mort inhérente à la plupart des hommes, les résultats de M. Byasson auraient presque paru inutiles. La place occupée par les phénomènes intellectuels et moraux à côté des phénomènes électriques, calorifiques, lumineux ou chimiques n'aurait fait de doute pour personne. Ils auraient été considérés, ainsi que ces derniers^ comme des modalités particulières de l'énergie générale.

Mais il s'agit de nous-mêmes, et l'homme s'attache avecâpreté à la négation de ce qui le contrarie : il ne veut pas mourir, et il repousse instinctivement, pour probable soit-elle, toute conception de nature à lui prouver qu'il meurt.

Étant donnée cette résistance qui rend plus nécessaire encore une preuve indiscutable, il est étonnant que les travaux si importants de M. Byasson soient presque passés inaperçus. En dehors d'un auteur

américain, dont je ne retrouve pas le nom, et qui publia un mémoire vers 1869 pour les infirmer par des expériences nouvelles, aucun savant n\i, que je sache, rien tenté jusqu'ici dans cette direction. De telles expériences valaient cependant la peine d'être soumises à de sérieuses épreuves de vérification.

Quoiqu'il en soit, nous nous trouvons ici sur un terrain où, malgré des probabilités très hautes, nous n'avons pas, comme pour les autres ca-tégories phénoménales, une preuve scientifique absolue.

Lorsqu'on arrive à la limite du connu, il y a toujours un champ indéfini oii l'hypothèse peut se donner carrière. Nous pouvons affirmer sans crainte dès aujourd'hui que, suivant toute vraisemblance, les fonctions de l'intelligence et du sentiment ne constituent pas une exception, qu'elles ne justifient pas rhypothèse d'une cause particulière, dont rien d'ailleurs ne fait supposer l'existence ; mais nous ne fournissons pas la preuve expérimentale indéniable qu'une telle entité n'existe pas.

Lesspiritualistesne contestent pas l'usure cérébrale dans le travail de la pensée ; ils considèrent le cerveau comme un instrument dont l'âme se sert. Que cet instrument se fatigue, se détériore, se brûle, pendant que l'âme en fait usage, il ne leur répugne en rien d'en convenir. Mais ils n'y voient nullement la preuve de la non existence de l'âme. Les travaux de M. Byasson, quelque créance qu'on y attache, n'entraînent donc pas à leurs yeux la vérification de la conception matérialiste, et sur ce point il faut reconnaître qu'ils sont dans le vrai.

Seulement, il est une question de méthode dont il importe de ne jamais se départir. Tant qu'une zone

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de l'inconnu n'a pas été sondée par nos investigations expérimentales, nous ne pouvons rien nier en ce qui la concerne ; mais nous pouvons bien moins encore rien affirmer. La philosophie positive nous impose l'obligation de ne jamais dépasser les limites de la science, et de nous abstenir de toute hypothèse extrascientifique sur ce que nous ignorons.

Personne n'a donc scientifiquement le droit de nous dire : « Vous ne nous prouvez pas la non existence d'une entité sui generis dont dépendraient l'intelligence et le sentiment, nous y croyons jusqu'à preuve du contraire. » Nous aurions le devoir de répondre : « Tant qu'une telle eiitité n'est pas établie, la méthode scientifique nous interdit d'y croire ; nous devons même nous abstenir d'y penser. »

Il y a lieu d'ailleurs de le remarquer : s'il existait une irréductibilité entre la catégorie des phénomènes intellectuels et les autres catégories phénoménales ; si, dès lors, le savant était autorisé à admettre ici, provisoirement au moins, l'hypothèse d'une cause spéciale, cela ne permettrait pas encore de supposer une individualité distincte du corps, et capable de continuer à vivre après la mort de ce dernier.

Au début du dix-neuvième siècle on expliquait les actions de la pile par l'existence d'un fluide électrique positif et d'un fluide électrique négatif. Mais ces fluides, répandus partout et se manifestant sur un point dans un appareil particulier, n'étaient pas considérés comme impliquant pour celui-ci une individualité persistante même après la destruction de ses éléments. Nul ne prétendait que

chaque pile eût un moi capable de se perpétuer après que l'appareil aurait cessé crêtre.

On raisonnait de même pour la vie. On réservait la pérennité àlMiomme. En ce qui concerne les animaux on la niait. On admettait bien chez eux sous le nom de vie une cause à part; mais on n'en déduisait pas qu'ils fussent doués d'une âme immortelle.

Si donc il existait un principe particulier dont dépendraient la faculté de penser et la faculté de sentir, celui-ci pourrait résider dans une force générale comme étaient l'électricité et la vie aux yeux de nos ancêtres. Ce pourrait être une énergie d'un autre ordre, nettement distincte de l'énergie physique et vitale, sans que pour cela il existât une âme en chacun de nous. Il pourrait y avoir une entité consciente générale, à laquelle les métaphysiciens auraient le droit, si cela leur convenait, de donner le nom de Dieu, mais qui n'impliquerait en aucune façon la présence en nous d'autant d'entités particulières, de monades, que d'individus.

Cette conception ne nous appartient pas en propre.

Les philosophes qui se réclament des doctrines hindoues, et qui forment en Europe une école connue sous le nom d'école théosophique, l'ont à peu près admise.

On la retrouve presque intégralement dans le passage suivant de mon regretté ami Arthur Arnould :

Je suis vous et vous êtes moi.

Emanant tous de la même source unique d'où tout sort, où tout retourne^, qui est la substance-esprit une, jaillie de la cause sans cause, — ce qui nous sépare n'est qu'apparent, transitoire, par conséquent aussi illusoire

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que ce qui ferait croire au tourbillon, troublant le cours d'un fleuve, qu'il est autre que le lleuve lui-même.

L'humanité n'est qu'un seul être, fragmenté momentanément par l'épaisseur de la matière où elle est plongée, comme les rayons décomposés de la lumière à travers le prisme.

Ces rayons ne sont pas seulement frères, ils sont tous la même et unique lumière, et la réfraction qui leur prête un instant, une apparence d'existence à part, ne les fait ni indépendants, ni différents en soi.

Il faut donc détruire en nous cette illusion de la séparativité, qui arrête tous progrès et cause presque tous nos maux.

Une fois qu'on a compris cela, une fois qu'on se sent réellement relié à tous les hommes, et plus encore à tous les êtres, à quelque degré de l'échelle de l'évolution qu'ils soient, en arrière ou en avant, — tout change en nous et autour de nous.

— Le grand souffle nous parcourt et nous emporte, c'est l'humanité entière qui palpite en nous, c'est l'univers qui nous enlace et nous pénètre, comme l'océan enlace pénètre et s'incorpore la goutte d'eau.

Et si elle s'avisait de dire, cette goutte d'eau :

— Mais je ne suis plus rien !

Il n'y aurait qu'à lui répondre :

— Tu es devenue l'océan lui-même! — y as-tu perdu (l)?

Tout ceci est exprimé dans un langage métaphysique et imagé qui n'a rien de la précision scientifique. Le bouddhisme admet d'ailleurs la perpétuation de l'individu après la mort au milieu d'un nombre indéfini de réincarnations, jusqu'au moment où, ayant en lui tué le désir, et étant devenu saint,

(1) Arthur Arnould. Les crorjances fondamentales du Bouddhis7ne. Paris, 1895, publications de la société théosophique, l'J, rue de la Chaussée-d'Antin, pages 39 et 40.

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il voit tomber les barrières matérielles qui Femprisonnent, se fusionne avec le grand tout, entre dans le Nirvana.

Il n'en reste pas moins que, d'après la doctrine bouddhique, les âmes individuelles se résorbent dans une entité générale, dans une énergie centrale, dans ce que les fidèles appellent le soleil spirituel.

Si donc nous subordonnions la pensée et le sentiment à une énergie distincte de Fénergie univer selle qui régit les phénomènes physiques et vitaux, nous ne serions pas encore fondés à en déduire qu'il existe en nous une âme immortelle. Les analogies scientifiques, et les doctrines fondamentales de certaine philosophie nous Finterdiraient.

Or, ce que veulent les spiritualistes, c'est surtout l'immortalité de l'âme. Il leur importe peu qu'il existe une seule énergie ou deux espèces d'énergies distinctes, si la distinction des énergies ne supprime pas la mort. Ce qu'il leur faut, c'est un principe conscient, indestructible et immortel, et c'est la réalité d'un tel principe qu'ils se sont évertués à démontrer. Mais le désir de la vie entre pour infiniment plus dans leurs prétendues démonstrations que toute la somme de raisonnement par eux déployée.

C'est là un état d'esprit dont il faut savoir se dégager. Si l'on veut être apte à rechercher la vérité, il importe que l'intelligence ne soit pas obscurcie par le désir.

Au surplus, le désir en cette matière a-t-il lieu d'être aussi absolu que généralement on le pense ?

Si l'on nous transportait ce soir vivants dans un

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lieu d'où nous ne devrions plus jamais revenir, et dont nous ne connaîtrions ni la situation géographique, ni la langue, ni les usages, ni les mœurs, le départ nous serait certainement fort pénible. Telle est la perspective, qui nous est offerte avec la survie. Au fond, l'idée d'une existence nouvelle que nous ne pouvons en aucune manière nous représenter, et cette vie indestructible, éternelle, dont nous n'aurions même pas la faculté de nous évader volontairement, n'ont rien de réjouissant. J'y trouve, au contraire, quelque chose d'effrayant, de redoutable..

D'autre part l'anéantissement n'a aucun attrait. Il est même répugnant; et la survie que nous offrent les philosophes atténuerait cette répugnance puisqu'elle supprimerait la mort.

Entre ces deux sentiments contraires, le choix paraît difficile. Ils se compensent, produisent l'indifférence et ne laissent subsister en nous que la curiosité scientifique également satisfaite par l'une ou par l'autre solution. C'est dans cet esprit que je me place, sans parti pris d'aucune sorte, pour examiner des hypothèses qui n'ont rien de scientifique jusqu'ici.

Je laisserai de côté les soi-disant preuves métaphysiques.

Elles reposent sur ce que l'on a pompeusement

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appelé rindivisibilité du moi opposée à la divisibilité absolue de la matière, sur rinconcevabilité de la pensée en dehors d\me âme immatérielle, sur la nécessité morale des peines et des récompenses futures. Autant d'arguments, autant d'affirmations non fondées. Je les ai réfutées dans mon livre « religion, propriété, famille ». Je ne m'attarderai. pas à y revenir aujourd'hui. Je suis icidansla science. J'entends y demeurer et je ne veux en aucune façon prendre au sérieux, en les discutant à nouveau, des croyances dont les auteurs ou les défenseurs, pour grands soient-ils, se bornent vraiment à jongler avec des mots. Or, en me maintenant sur le terrain scientifique, je trouve tout d abord que l'idée de la perpétuité de l'être se heurte à une difficulté presque insurmontable.

L'observation ne nous montre dans l'univers visible que des forces en action ou des potentialités. Le mouvement perpétuel ne se rencontre nulle part. Pour qu'un mécanisme ou un organisme fonctionne, il faut nécessairement qu'il récupère, sous une forme ou sous une autre, la force dépensée par lui. Nous avons vu que les animaux puisent cette force dans la nourriture qu'ils absorbent, et que les végétaux l'empruntent aux radiations lumiïieuses et chimiques du soleil éteintes par leurs parlies vertes.

Eh bien ! rien dans les théories spiritualistes n'indique, ne permet même de supposer, que les esprits désincarnés puissent s'alimenter, soit en absorbant des potentialités qu'ils transformeraient en énergie à la manière des animaux, soit en recevant et en utilisant, comme les végétaux, la force directe émanée

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du soleil ou d'une autre source inconnue. La vie des esprits constituerait d'après cela un véritable mouvement perpétuel, c'est-à-dire une impossibilité mathématique.

M. Revel, de Lyon, fervent adepte des doctrines spirites, a'prévu l'objection et a formulé une hypothèse pour y répondre.

Il est vrai que s'il est fermement convaincu de la vie future, s'il l'affirme avec la quiétude d'un penseur insoucieux des perturbations, qu'il laisse à l'avenir le soin d'expliquer, l'occultiste lyonnais est d'une absolue bonne foi.

Cherchant la vérité seule, il n'hésite jamais à avouer spontanément, à signaler même le premier, lorsqu'elles lui apparaissent, les lacunes de son système.

Voici ce qu'il a imaginé pour expliquer comment les esprits peuvent continuer à exister quoique ne recevant plus d'énergie de nulle part.

11 y aurait en nous un principe actif, formé comme notre corps de parties qui, se renouvelant et se transmettant leurs habitudes, engendreraient l'illusion de l'unité et de la permanence du moi. Ce principe serait éternel ou tout au moins infiniment plus durable que le soma (1) ; et, après la mort, après la dissociation du soma, il engendrerait d'autres personnalités physiques par la voie de la réincarnation.

Dans cette analyse, où il réduit à leur juste valeur la prétendue unité du moi et notre soi-disant conscience de la liberté (voir le chapitre suivant), l'au-

(1) Le mot latin so7na désigne le corps physique.

teur montre son principe actif se concentrant par une action centripète, tandis que le soma obéit aux forces du dehors et se décompose par une action centrifuge. Il dit de ce principe actif qu'il passe à l'état de conservation.

Il entend par là Tétat d'un ensemble dynamique qui ne subirait plus aucun échange avec le dehors, dont toutes les réactions, c'est-à-dire la vie, seraient intérieures, et qui, par suite, à la manière de certains infusoires tués en apparencepar la dessiccation mais susceptibles de ressusciter par l'immersion dans l'eau, ou encore à la façon des graines, se conser- Terait indéfiniment sans rien demander au milieu parce qu'il ne lui abandonnerait rien.

Voulant donner une image matérielle de sa conception, M. Revel suppose un polygone sur lequel manœuvreraient des soldats. Aux yeux de l'observateur placé à une suffisante distance, l'armée présenterait l'aspect d'un simple point immobile. Elle ne sortirait pas, en effet, du champ de manœuvre, et les déplacements de chaque soldat à Tintérieur de ce dernier, seraient inappréciables à sa vue. Les militaires réunis formeraient un tout très mouvant, très agissant, très vivant. Mais toute la vie du groupe serait intérieure, et le groupe lui-même apparaîtrait au spectateur éloigné comme quelque chose d'immobile et de mort.

Pour simplement conjecturale qu'elle soit, cette théorie serait assez séduisante parce qu'elle ruinerait l'une des fortes objections que rencontre l'hypothèse de la perpétuité du moi vivant. Mais il faudrait, pour que l'explication fût plausible, qu'à partir de la mort, et jusqu'au jour où, entré dans un

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nouveau germe, il recommencerait à participer aux échanges du monde physique, le principe actif cessât absolument de se manifester.

Malheureusement, aucune des anciennes preuves métaphysiques de l'existence de Famé ne supportant une minute d'examen, si l'esprit post mortem ne se manifeste pas et ne fournit pas ainsi une preuve nouvelle et d'ordre expérimental de son existence, l'explication du spirite de Lyon n'est plus qu'une hypothèse destinée à en expliquer une autre ellemême sans fondement. Elle s'évanouit.

Aussi M. Revel n'a-t-il garde de renoncer aux manifestations spirites.

Il admet pour le principe actif desincarné la possibilité de nous apparaître et de subir des crises par lesquelles ses apparitions seraient déterminées. Voilà justement où se trouve le vice du système.

Si le principe actif se meut, s'il subit des crises, s'il apparaît, il n'est plus en état de « conservation ». Il obéit aux lois générales de la vie. Il s'opère des échanges entre lui et le milieu, et ces échanges impliquent pour lui l'assimilation d'une quantité d'énergie égale à celle qu'il dépense. Il en résulte qu'en cherchant dans les apparitions un argument en faveur de la vie future, et par une contradiction qu'il n'a pas entrevue, l'écrivain lyonnais a retiré toute valeur à la curieuse conception à

l'aide de laquelle il s'était efforcé d'expliquer la permanence de la vie spirituelle après la mort physique.

A cette contradiction il ne pouvait du reste échapper. Le spiritualisme, né de la répugnance de Thomme à la mort, a cherché d'abord ses preuves dans une révélation primitive et dans une série d'arguments métaphysiques.

Mais les arguments métaphysiques, s'ils ont pu satisfaire des esprits déjà convaincus par la révélation, n'ont jamais par eux-mêmes persuadé qui que ce soit.

Quant à la révélation, on s'est dit qu'a beau mentir qui vient de loin. On s'est demandé pourquoi, si des manifestations surnaturelles se sont produites dans le passé, elles auraient cessé de se produire dans le présent, juste au moment où il importerait si fort de raffermir les convictions chancelantes ; et naturellement la révélation s'est produite à nouveau. Dieu ne s'est plus montré sur leSinaï dans les éclairs et les tonnerres. Mais les esprits des morts, et même des vivants dédoublés, ont apparu dans les tables tournantes, ont donné lieu en soulevant des meubles à des phénomènes dits de lévitation, ont pris la peine de causer- avec nous par l'intermédiaire de médiums parlants, de médiums écrivants, de médiums à matérialisation. Ils nous

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ont montré leur puissance par le phénomène des apports, consistant, on le sait, à faire passer les corps les plus lourds et les plus matériels à travers les cloisons les plus étanches. Ils se sont révélés en rappelant des faits passés oubliés et en prédisant l'avenir. Ils ont inspiré des artistes, guéri des malades. Ils ont pris des formes perceptibles, se sont fait voir et toucher, si bien qu'un spirite de mes amis m'écrivait, il n'y a pas longtemps : « Les morts, on les voit, on les touche, ils nous parlent. Comment s'obstinerait-on encore à douter de leur existence à l'état d'esprits. »

Il faut louer les occultistes de toute école, — aussi bien les modérés qui s'arrêtent en chemin, que les radicaux qui vont jusqu'au bout de la doctrine — de s'être enfin placés sur ce terrain-là.

En dehors de l'expérience et de l'observation, il n'existe pas de vérité scientifique. Nous ne pouvons asseoir aucune certitude sur une révélation lointaine qui se présente à nous sans garantie et que nous sommes incapables de contrôler. Nous ne ne pouvons pas davantage appuyer nos croyances sur des jeux de prestidigitation logique, dans le genre de ceux que nous offrent les métaphysiciens en guise de preuves. Il est impossible de les discuter par cela même qu'ils ne renferment que des ombres d'arguments.

Les spiritualistes l'ont compris ; ils se sont dit que si leurs conceptions répondent à une réalité objective, il doit être possible d'en faire la démonstration phénoménale... Et, bravement; ils ont eu recours à l'expérimentation.

A la bonne heure! Sur ce terrain nouveau il de-

vient possible de les suivre en appliquant à leurs expériences les règles d'une critique sévère. Aussi bien le vrai savant doit-il se garder de toute dénégation a priori : ce qui n'est pas démontré aujourd'hui peut l'être plus tard. Rien n'est absurde en soi : toute affirmation sincère mérite un examen impartial, et les occultistes de bonne foi sont légion.

Disons-le cependant tout de suite : quelque grande que soit notre impartialité, quelque absolu que soit notre désir de découvrir le vrai où qu'il se trouve et de le -confesser sans ambages quel qu'il puisse être, rien n'est venu jusqu'ici nous apporter la démonstration qu'il y ait la moindre parcelle de vérité dans les révélations modernes des Esprits. Jusqu'à preuve du contraire — la méthode positive nous en fait une loi — , nous nous en tiendrons donc à la notion de l'énergie universelle, en supposant qu'elle englobe "les phénomènes intellectuels comme ceux de la nature inorganique et de la vie; nous continuerons à envisager la pensée humaine comme une modalité de la force au même titre que l'action d'une machine électro-motrice^; nous persisterons à admettre que tout finit pour nous à la tombe, et que nous ne nous survivons pas plus que ne se survit la machine.

Il y a lieu cependant d'établir une distinction entre les observations sans nombre qu'on nous apporte chaque jour. Elles rompent d'une manière plus ou moins profonde avec l'ensemble de nos connaissances, et, selon qu'elles les heurtent avec plus ou moins de violence, nous sommes plus ou moins portés à leur prêter une oreille attentive ou à les repousser brutalement.

l'homme ^^

Lorsqu'on parle de tables tournantes, de meubles transportés à dislance, d'extériorisation de la sensibilité, de lévitation, de cures magnétiques,, de vision même à travers certains obstacles, il n'y a aucun effort à faire sur soi-même pour consentir à un examen. De tels phénomènes, s'ils étaient établis, ne renverseraient pas l'ensemble de nos connaissances et se borneraient à l'accroître.

Faire tourner des tables, soulever complètement des meubles, les attirer à soi, les faire quitter terre, cela n'aurait rien qui fût de nature à nous stupéfier. ,

L'aimant attire bien le fer. L'attraction d'une chaise par un homme serait-elle donc quelque chose de plus extraordinaire ? La propriété de l'aimant ne nous étonne pas parce que nous l'avons mille fois constatée, que ce fait a sa place dans nos cadres scientifiques, qu'il est connu de toute antiquité. Mais s'il était nouveau, et si, personne ne le connaissant encore, quelqu'un venait nous l'annoncer, brusquement, nous commencerions par nous montrer incrédules. Il nous répugnerait de croire qu'un morceau d'acier pût, k distance, imprimer des mouvements à un morceau de fer. Tout cela est cependant. Pourquoi le même phénomène ne se produirait-il pas chez l'homme? Pourquoi celui-ci ne déplacerait-il pas à distance des corps pesants

sans les toucher? Pourquoi n'influencerait-il pas, ne suggestionnerait-il pas ses semblables ? pourquoi ne les attirerait-il pas à lui contre leur volonté?

La démonstration qu'il en soit ainsi ne paraît pas faite ; mais si elle Tétait elle n'aurait rien de troublant. Elle n'est pas absurde en elle-même; elle n'est en contradiction avec rien. Cela est ou n'est pas. C'est affaire d'expérience et voilà tout.

Quelques lecteurs s'étonneront peut-être des réserves que j'exprime. Comment après les expériences de Charcot puis-je. dire que la démonstration de l'hypnotisme et de la suggestion n'est pas faite ? Comment puis-je conserver des doutes sur les transports des objets lourds sans attouchements, après les travaux de M. de Rochas et les expériences d'Eusapia?

C'est que les faits de cette nature sont d'une constatation malaisée. Lorsqu'on étudie des phénomènes scientifiques, même les plus surprenants, comme ceux de la télégraphie sans fil, ou comme pourrait être demain le télectroscope, si on trouvait en effet cet appareil depuis longtemps prédit et qui sera à la vision ce que le téléphone est à l'audition, la démonstration est des plus faciles: les expériences sont d'ordinaire à la portée de tous et n'échouent jamais. , Alors même qu'elles ne sont pas à la portée de tous, ce qui est le cas pour les observations astronomiques, aucun doute n'est cependant possible: les prévisions des savants se réalisent avec une précision mathématique que le premier venu est à même de vérifier. Quand l'Observatoire nous annonce une éclipse de soleil ou de lune pour un jour et une heure déterminés, il n'est pas besoin d'être astronome pour

constater que le soleil ou la lune s'obscurcit, et que réclipse commence exactement à l'heure, à la minute, à la seconde prédites. La conviction s'impose à l'homme le plus prévenu, d'autant que la concordance se reproduisant toujours fidèlement depuis des milliers d'années, il est impossible de l'attribuer à une coïncidence.

Nous nous trouvons ici en présence de la certitude mathématique.

Dans les cas de magnétisme, d'hypnotisme, de suggestion, d'extériorisation de la sensibilité ou de la motJlité, les choses se passent de toute autre manière. Les expériences réussissent aujourd'hui et échouent demain. L'un les mène à bonne fin, l'autre ne peut les faire aboutir. Nul ne peut contrôler les faits qui lui sont rapportés. Nous sommes obligés de nous contenter du témoignage de nos semblables, de nous dire « je crois parce que tel ou tel a vu. » Et si le témoignage des hommes vaut devant nos cours de justice, à cause de l'imperfection humaine qui entraîne celle de l'organisation judiciaire, elle ne vaut pas en science.

L'honnêteté du témoin ne prouve absolument rien. Il peut se tromper. Il peut être victime d'une supercherie et affirmer de la meilleure foi du monde comme les ayant vues des choses qui ne se sont pas produites. Tout le monde n'est pas doué des qualités indispensables à l'observateur. Il y a des hommes d'une grande intelligence, d'une haute envergure, qui en manquent tout-à-fait et sont susceptibles d'être bernés par tous les charlatans.

Un jour je dînais chez M. le marquis de Villeneuve en compagnie de deux occultistes célèbres, que je

26 l'uumanité et la patrie

tiens pour profondément honorables, et dont je demande la permission de ne pas citer les noms pour ne pas les désobliger. La maison oii je me suis rencontré avec eux suffira, je pense, à authentiquer mon récit. Je les appellerai A... et B...

A... me prit à part dans je salon et me tint le langage suivant :

« B... est Fhommme le plus intelligent, le meilleur, le plus convaincu que je connaisse. Mais il manque d'esprit critique, tombe dans les panneaux du premier mystificateur venu, est une proie toute trouvée pour les pires exploiteurs.

» Un jour j'ai conduit chez lui un Anglais que j'avais eu quelquefois Toccasion de rencontrer, et qui m'avait prié de le mettre en rapport avec mon ami.

» Il désirait assister à des expériences dont il avait lu le compte rendu, mais en y mettant pour condition qu'elles auraient lieu à son propre domicile. B... avec son absolue bonne foi consentit, et l'on se réunit au jour dit à l'Hôtel Continental.

)) Les choses semblèrent réussir au delà de toute prévision.

» Mais quand la séance fut terminée, et pendant que B... exultait, notre hôte s'excusa. Il avait pris des dispositions telles que tout était arrivé à contretemps. Par exemple, un circuit électrique s'était trouvé ouvert chaque fois que le médium l'avait cru fermé, et tout le reste à l'avenant. En prestidigitateur habile, l'insulaire avait faussé toutes les conditions de l'expérience, tant et si bien qu'il aurait fallu qu'elle échouât pour vérifier les conclusions de son auteur. »

A... fut beaucoup plus explicite. Il me donna les

l'homme 27

détails des. expériences. Je les passe sous silence parce que leur énumération aurait pour effet de désigner les personnes, ce que je veux absolument éviter.

Autre cas : je lis dans le Lotus bleu le récit d'un voyage à la surface de la lune et jusqu'aux abords de Mars, fait par la personnalité dédoublée d'une femme à laquelle l'auteur de l'article donnait le pseudonyme de Mireille. Sans affirmer la matérialité des faits, il y attachait assez d'importance pour les analyser dans une revue. Mireille lui inspirait donc une certaine confiance.

J'ai eu l'occasion de connaître la personne dont Mireille est le pseudonyme et j'avoue en toute sincérité que ses attitudes me laissaient tout à fait défiant. Il est vrai que je suis sujet à L'erreur. Mais il suffit que deux hommes également sincères puissent envisager un fait déterminé à des points de vue diamétralement opposés pour que ce fait-là n'ait pas droit de cité dans la science.

J'en dirai autant des observations relatives à l'hypnotisme et à la suggestion. Malgré la haute compétence et l'autorité de Gharcot, je n'ai jamais été convaincu.

D'abord les différents auteurs qui se sont occupés de cette question sont loin d'être d'accord entre eux.

Gharcot n'a cessé de professer — je l'ai entendu plus de cent fois de sa bouche — que la suggestion purement mentale était impossible ; qu'il y fallait l'aide de la parole ; que l'idée suggérée devait être non seulement articulée avec netteté, mais encore répétée à plusieurs reprises, pour que le phénomène

eût lieu. Si Ton disait à une femme en état d'hypnose qu'elle avait une personnalité autre que la sienne ; si on réitérait plusieurs fois cette affirmation avec force, en insistant énergiquement, Fidée jBnissait par se graver dans le cerveau de la patiente ; et à son réveil elle croyait être une personne différente de celle qu'elle était en réalité. Mais si Ton se bornait à lui donner mentalement des ordres sans les exprimer par la parole, elle ne les percevait pas et aucune suggestion ne se produisait. Tel a toujours été l'enseignement de l'école de la Salpêtrière. M. Bernheim, par contre, professe des opinions différentes. D'après ce savant, la suggestion tacite serait possible, et l'on pourrait déterminer tous les phénomènes qu'elle comporte par un exaction non exprimée de la volonté.

Si l'école de Nancy était dans le vrai, la démonstration serait infmiment plus avancée qu'elle ne l'est. Le mode de suggestion idéale enseigné par elle serait exclusif de toute supercherie. Le sujet que Von suggestionne ignorant totalement les ordres qui lui sont donnés, s'il les exécute et si, de plus, la chose se répète assez souvent pour éloigner toute supposition de coïncidence ou de collusion, la preuve est faite.

Lorsqu'au contraire on exprime avec précision à la personne prétendue hypnotisée ce qu'on entend qu'elle dise ou fasse une fois réveillée, on peut être dupe d'une imposture de sa part. Rien n'est plus tentant, on le sait, pour les hystériques, que le mensonge. Ils y ont une inclination naturelle, même lorsque nul ne les y incite ; et ils doivent, cela est certain, y être particulièrement prédisposés

l'homme 29

par les ordres verbaux qu'on leur donne et qu'ils entendent très bien.

A mon sens, hypnotisme, magnétisme, télépathie, extériorisation de la sensibilité, extériorisation de la motilité, plaques sensibles de Baraduc sont choses extra-scientifiques. Elles ne sont point encore établies sur des preuves positives : les supercheries sans nombre qu'ont observées souvent des spirites consciencieux seront peut-être, pendant bien longtemps encore, un sérieux obstacle à leur démonstration rigoureuse.

Mais s'il advenait que les facultés médianimiques se généralisassent par une espèce d'entraînement, d'évolution de notre espèce ; si des faits, qui sont aujourd hui semi-miraculeux, entraient dans le domaine de la science, étaient classés comme ceux de la catégorie électrique ou lumineuse, il n'y aurait pas lieu d'en être plus étonné qu'on ne l'a été par la découverte des rayons Rœntgen.

A vrai dire, bien que le savant n'ait pas le droit de se prononcer sur ce qu'il ignore, je ne serais pas éloigné de croire qu'il y a, dans toutes ces allégations, un fonds de vérité. Mais il pourrait se faire que ce fonds de vérité, lorsqu'il sera connu, tuât le spiritisme par l'élimination du merveilleux.

Un fait exceptionnel, non entrevu jusque-là, encore moins classé et expliqué, engendre l'idée de

miracle, et celle-ci provoque Téclosion des hypothèses les plus fantaisistes et les plus hasardées.

Mais le jour où le même fait est classé, expliqué, catalogué, où il a sa place à côté des autres faits naturels, il ne donne plus lieu à aucune théorie transcendantale, et les hypothèses de cette nature disparaissent d'elles-mêmes. Les spirites se donnent un mal immense pour démontrer une série de phénomènes qu'ils croient de nature à prouver l'existence des esprits. Ils forgent peut-être des armes contre les doctrines qui leur sont chères.

Je voudrais à cet égard que tout le monde lût le remarquable livre de M. Flournoy de Genève : « De l'Inde à la planète Mars. »

M. Flournoy y analyse avec une grande liberté d'esprit, et en dehors de toute espèce de parti pris, des phénomènes observés dans les milieux spirites de Genève sur une demoiselle de cette ville qu'il désigne par son prénom d'Hélène.

Hélène se croit assistée d'un esprit qui la guide et qu'elle nomme Léopold. Elle s'imagine avoir vécu vers le treizième siècle en Arabie et dans les Indes. Princesse arabe de naissance, elle aurait épousé un rajah hindou.

Elle se serait réincarnée enfin dans Marie-Antoinette, et actuellement, en communication spirite avec Mars où se trouveraient des personnes connues par elle au cours de sa personnalité orientale, elle serait parvenue à connaître la langue martienne qu'elle écrit et parle couramment lorsqu'elle est entraînée.

M. Flournoy aurait pu commencer par une remarque assez intéressante. Les personnes hantées

l'homme 31

d'existences antérieures ne se donnent jamais pour avoir été chiffonnières ou balayeuses des rues. C'est toujours dans des corps de princes, de princesses, de rois, de reines, de personnages illustres qu'elles ont vécu.

Hélène se croit une réincarnation de la reine de France guillotinée en 1793. La duchesse de Pomard prétendait avoir vécu en Ecosse, en qualité de reine, elle aussi : Elle n'aurait été rien de moins que Marie Stuart, et je ne crois pas qu'il fût nécessaire de beaucoup presser M. Alix pour lui faire avouer que l'esprit qui l'anime aujourd'hui a animé avant lui Charles Fourier et Louis XIV.

Comme il est inadmissible, si la réincarnation est une réalité, que les rois et les reines soient les seuls à se réincarner, le fait des personnalités princière et royale d'Hélène était de nature à faire planer au moins la suspicion sur l'interprétation spirite des faits qui la concernent.

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M. Flournoy a négligé cet argument. Mais il a étudié les phénomènes, particulièrement la langue martienne, et il ne lui a pas été difficile d'établir que celle-ci est une création inconsciente du sujet.

Les langues ne se distinguent pas seulement entre elles par les vocables. Ceux-ci sont même ce qui les diversifie le moins. C'est pour cela qu'il

est si difficile de bien parler et de bien écrire deux idiomes différents. L'esprit varie beaucoup d'une langue à une autre ; les formes changent profondément, et telles idées sont propres à certaines d'entre elles et étrangères à toutes les autres.

On ne fera jamais de TAnglais, de l'Allemand, du Russe, ni même de l'Italien ou de l'Espagnol en mettant dans une phrase française des mots anglais, allemands, russes, italiens ou espagnols à la place des mots français.

Or, c'est là ce qu'a fait mademoiselle Hélène. Elle a créé des vocables nouveaux, qu'elle n'intervertit jamais en parlant ou en écrivant ; elle a même inventé de nouveaux signes graphiques. Mais sa langue est du français quand même. Même tournure de phrases; même nombre de mots semblablement placés; souvent, même nombre de lettres dans les mots français et martiens. Mademoiselle Hélène, ne connaissant que le français, a fait un pastiche de cette langue.

M. Flournoy en conclut à un dédoublement morbide de la personnalité, à ce que les psychologues appellent un état second. Il y aurait chez M^'*' Hélène comme chez bien d'autres sujets une subconscience, pendant laquelle elle emmagasinerait des connaissances et créerait des conceptions, dont elle n'aurait plus la moindre notion dans son état de conscience ordinaire.

Cette supposition est fort plausible, si tant est que la supercherie ne fournisse pas une explication plus plausible encore.

Mais s'il en est ainsi. Si M. Flournoy est dans le vrai, ne voit-on pas tout de suite quel coup portent

[/no M mi: '^'^

à la théorie du spiritisme tous les prétendus phénomènes spirites.

Ainsi, rien de démontré, rien de certain, rien de scientifique jusqu'à ce jour dans les faits de suggestion, de magnétisme, de télépathie... et autres semblables.

On ne peut pas les admettre sans réserve parce que la preuve n'en est pas faite; on ne peut pas davantage les repousser sans examen, parce qu'il n'y a rien en eux qui soit de nature à nous ciioquer, parce qu'ils ne renversent quoi que ce soit tle nos conceptions actuelles.

Les choses changent du tout au tout lorsque nous arrivons aux matérialisations, aux fantômes, au\ apports.

Ici, non seulement les preuves font défaut; mais encore les difficultés que nous avons énumérées plus haut, et qui reposent sur le principe de la conservation de l'énergie, sont de nature à nous faire révoquer en doute des allégations contraires à tout ce que nous connaissons actuellement. En outre ces allégations se contredisent entre elles. Le corps de doctrine change selon qu'on passe d'une école spirite à une autre.

Demandez aux esprits en France si les désincarnés se réincarnent. La plupart répondent que oui. Mais posez la même question aux esprits en

;U l'iuma.mté et la patrie

Amérique ; ils n -hésitent pas à vous répondre qu'ils ne se réincarnent pas. Et notez que, dans les deux cas, ce sont les mêmes esprits qui répondent. Ce sont toujours, en effet, les mêmes hommes célèbres de tous les temps et de toutes les nations que Ton évoque en tous pays. C'est Victor Hugo, c'est Dante, c'est Shakespeare, c'est Napoléon qu'on interroge à Berlin comme à Rome, à New- York comme à Londres, à Lisbonne comme à Paris ; et le même Shakespeare qui se réincarne lorsqu'on le consulte à Vienne ne se réincarne plus lorsqu'on le consulte à Chicago.

N'y a-t-il pas, d'ailleurs, lieu de s'étonner, ainsi qu'en faisait un jour la remarque dans le Figaro M. Cornély, que ces grandes figures, un Gœthe, un Charlemagne, un Jules César, soient à ce point désœuvrés qu'ils soient toujours à la disposition du premier tourneur de table venu, comme si l'unique préoccupation des esprits désincarnés était non d'enseigner les humains, mais d'amuser les badauds.

Car, il importe de le remarquer, jamais aucun enseignement sérieux n'est sorti d'une consultation spirite. Une fois à l'état d'esprits, Corneille et Victor Hugo, ne font plus que des vers stupides; Lavoisier ignore la chimie; Gœthe oublie l'allemand et ne parle plus que le français lorsqu'il répond à l'évocation d'un spirite de ce côté du Rhin. Il est vrai que par compensation Racine répond exclusivement en allemand lorsque le. spirite qui l'évoque habite l'autre rive du grand fleuve international.

Cette critique est si sérieuse sous son apparence de fine raillerie, et elle a été d'ailleurs si souvent reproduite qu'elle a ému les spirites eux-mêmes.

l'homme 35

Cerlains d'entre eux ont admis Texistence de coques. Ils désignent ainsi de prétendus résidus astraux où ne résiderait plus Tesprit lui-même, mais seulement quelques restes des instincts animaux qui auraient accompagné l'esprit pendant sa vie terrestre, ej auraient habité avec lui le corps dans lequel il élait incarné. Ce mot de coque exprime une analogie. Les légumes, haricots, petits pois^ sont enfermés dans une enveloppe, une écorce, une coque, qui conserve la forme extérieure de la graine après que celle-ci en a été extraite. De même un homme ou un animal laisserait en mourant une enveloppe astrale, capable i'n se matérialisant de reconstituer la forme du défunt, mais une forme d'où l'esprit serait absent.

Lorsqu'on évoque Voltaire ou Rousseau, ce ne seraient pas ces grandes intelligences qui se manifesteraient par le crayon du médium; ce seraient leurs coques selon les uns ; ce seraient, selon les autres, des esprits inférieurs qui s'amuseraient à abuser les pauvres humains.

Je me bornerai à faire remarquer ici que lorsque, pour légitimer une hypothèse inadmissible, on en est réduit à en inventer une autre plus inadmissible encore, on est bien près d'avoir fourni par là même la démonstration de la fausseté des deux. Vous dites que quand j'appelle Scipion l'Africain c'est Trimalcyon qui se présente. Prenez garde î je crains bien que ce ne soit ni l'un ni l'autre, et que le crayon ou la table ne soit mue par votre propre esprit à votre insu bien souvent, — à moins que ce ne soit avec votre connivence.

J'ai souvent entendu raconter la fameuse expérience de l'ardoise à laquelle se livrait le spirite

3(3 l/lILlMAMTÎ: F.T LA PATRIE

Hume qui, je crois, a été depuis lors convaincu d'imposture, sinon pour cette expérience-là du moins pour d'autres.

Deux ardoises étaient encadrées dans un châssis en bois d'une certaine épaisseur, de manière à laisser un vide entre elles lorsqu'on les superposait en juxtaposant les châssis. Dans l'espace demeuré libre on enfermait un bâton de craie. Un assistant plaçait le système sur sa poitrine en l'y tenant fortement appliqué, après quoi il adressait une question à l'esprit. Aussitôt le crayon grinçait contre l'une des ardoises. Quand le bruit ainsi produit était apaisé, on ouvrait l'appareil, et l'on trouvait à l'intérieur la réponse à la question.

Je n'ai jamais vu moi-même rien de pareil. Mais Clemenceau m'a affimé avoir été témoin du fait. Comme Clemenceau n'est ni gobeur, ni enclin au merveilleux, je tiens pour vraie son affirmation. Il ajoutait, d'ailleurs, en me faisant le récit de cette expérience : « Quoique je n'aie point réussi à découvrir le truc, il est certain pour moi qu'il en existe un. Le médium ne parlant que l'anglais, la craie ne répondait aux questions posées que quand elles étaient formulées dans cette langue. Lamartine fût-il l'esprit interwievé, si on s'adressait à lui en français il ne comprenait plus et le crayon restait muet ».

Peut-être m'objectera-t-on que le médiumjouant, comme son nom l'indique, un rôle d'intermédiaire nécessaire entre Tesprit et le cercle spirite, il est indispensable qu'il comprenne les questions posées pour que l'esprit puisse y répondre.

Seulement je répéterai alors ce que je viens de

l'uomme 37

dire à propos des « coques » : que lorsqu'on explique une hypothèse par une autre hypothèse, il y a de bien grandes chances pour que la théorie soit complètement erronée.

Et puis, si un médium parlant ou écrivant n'est qu'un instrument dont se sert le désincarné pour communiquer avec les vivants ; si son bras ou sa langue est mue en dehors de sa conscience et de sa volonté par une force extérieure intelligente ; si cette force intelligente, en se manifestant ainsi, a pour but, comme la plupart des communications spirites l'affirment, de nous faire connaître les mystères de l'au-delà, pourquoi ne pas multiplier les preuves ? Si demain, prenant un crayon, je traçais un dessin remarquable, moi qui suis incapable de dessiner les linéaments d'une tête ; si je résolvais un problème de différentiel ou d'intégral, alors que je n'a' jamais étudié les mathématiques transcendantes ; si encore j'écrivais une page en russe ou en arabe quoique je ne connaisse même pas les premiers éléments de ces langues, je serais convaincu, sinon de l'existence des esprits, du moins de la réalité d un pliénomène tout-à-fait extraordinaire.

Et la même conviction se produirait en moi, si n'étant pas médium et ne pouvant réaliser l'expérience moi-même, je la voyais réalisée par une personne connue de moi et dont je saurais à n'en pas douter qu'elle n'a jamais étudié ni le russe, ni l'arabe, ni les mathématiques supérieures ni le dessin.

Un peintre de talent, avec lequel j'ai été mis en rapport par mon ami Albin Valabrègue, M. Desmoulins, présente en ce moment des phénomènes de

médiumnité remarquables. Il prend un crayon, laisse aller sa main et elle se met en mouvement avec une rapidité extrême. En moins de temps presque qu'il n'en faut pour le raconter, cette main trace des dessins d'une extraordinaire puissance.

Telle est au moins la version de l'artiste corroborée d'ailleurs par un reporter du Malin. Et comme l'homme, d'une honorabilité parfaite, est incapable de la moindre mystification ; comme en outre c'est un ancien négateur^ un ancien incrédule, qui riait volontiers des médiums jusqu'au jour où il s'est révélé médium lui-même, il est difficile de ne pas accueillir ses allégations avec confiance, et de douter de sa bonne foi.

Mais — il y a un mais — L'homme dont je parle est un aquafortiste. Les dessins vraiment remarquables qu'il exécute, dit-il, en un clin d'œil, et qu'il attribue à l'intervention d'un esprit qui conduirait sa main à la manière d'une machine, pourraient bien n'être en réalité que son œuvre à lui.

Il me répond, quand jelui présente cette objection, que son genre personnel est absolument différent de son genre médianimique," et c'est parfaitement exact. Il ajoute que s'il voulait par la méthode ordinaire faire un de ces dessins si rapidement et si inconsciemment tracés par lui, il lui faudrait un mois au lieu d'une demi-heure. Je demeure sceptique.

Mademoiselle Hélène de Genève aussi, lorsqu'elle est dans son état normal, est incapable de parler et d'écrire le prétendu martien. Cette langue est un produit de sa subconscience, que, dans son état normal, elle ne réussit même pas à imaginer ou

l" HOMME *39

à comprendre. Pourquoi n'en serait-il pas de même de M. Desmoulins?

On conçoit fort bien un peintre, un sculpteuici'éant, comme un littérateur, deux manières, deux fleures, correspondant, Fun à son état premier, à sa conscience normale, Tautre à son état second, à sa subconscience. Pour singulier que fût un tel phénomène, il le serai] certainement moins que celui d'un esprit animant le bras de Fartiste et dessinant par son intermédiaire.

M. Desmoulins m'a raconté, je dois le reconnaître, un fait qui, au premier abord, paraît déconcertant, mais qui, à bien y réfléchir, peut être naturellement expliqué.

Un de ses cousins désire assister à Fune de ces séances de dessin automatique. Le dessinateur mé* dianimique y consent.

Il se met à Fœuvre, puis au bout d'un instant il regarde son parent et le voit tout en larmes.

Qu'est-ce qui pouvait bien produire en lui cette poignante et subite douleur ?

« C'est, lui dit le cousin jusque-là incrédule, que tu viens de faire le portrait d'un enfant que j'ai perdu il y a environ huil ans ».

Cet enfant, le médium qui en retraçait les traits ne l'avait jamais connu.

Il est certain que s'il y avait eu là un véritable portrait, un portrait fait par une personne n'ayant jamais vu le modèle, l'explication, en dehors du spiritisme, serait assez difficile à trouver.

Mais y a-t-il eu portrait réel? c est contestable. Souvent un pianiste qui laisse ses doigts errer sur le clavier reproduit sinon un air connu, du moins

40 L'iir.MANITÉ ET LA PATHIIÎ

quelques noies de aalure à donner à ceux qui Fécoutent la réminiscence de cet air. De même, un crayon promené sur le papier par une main exercée peut laisser apparaître quelque vague ressemblance avec un visage connu.

Or, des traits résultant d'une coïncidence fortuite peuvent impressionner une nature sensible en lui rappelant un être aimé qui n'est plus. De là à éprouver une vive émotion, à pleurer, à voir un portrait véritable dansée qui n'est qu'un ensemble rappelant de très loin la personne décédée, il n'y a qu'un pas, et je crois bien que c'est ce qui s'est passé dans la circonstance rappelée par M. Desmoulins.

Celle tendance à voir ce qui nexislc pas, à Ij'ansformer un trait fugitif en un portrait complet, me remet en mémoire une illusion bien singulière dont avait été l'objet il y a une vingtaine dannées un de mes amis, le commandant d'Esgrigny d'Herville.

Le commandant passait des mois dans les plaines arides de la Crau entre Arles et Marseille; et là, il ramassait des cailloux dont il remplissait des sacs.

Comme je m'étonnais de cette douce manie, il m'apporta un jour plusieurs échantillons de sa cueillette ; et il me déclara avec une extrême bonne foi, avec une conviction parfaite, qu'il avait fait la grande découverte de ce qu'il appelait emphatiquement la pJ(vlo(/raphie avant le déluge.

r. IloMMK il

A l'en croire, le soleil ferait spontanément sur les cailloux, et sans appareils photographiques, de vrais portraits.

Ces portraits, il me les montrait. Il y avait là des avocats en costume du palais, des magistrats en robe comme à Taudience, des hommes en habit et en cravate blanche, bref des spécimens de toute notre société actuelle.

L'excellent homme prêtait légèrement à rire ; car, le soleil eut-il été capable de faire des photographies sans lentilles ni plaques sensibles, il aurait été difficile d'imaginer la présence dans la Crau d'hommes en habit, d'avocats et de magistrats en robe. Pour pouvoir admettre la réalité du fait, il aurait fallu supposer une espèce de télépathie solaire, une faculté pour la lumière de graver sur les pierres de la Crau les images des avocats et des juges de Marseille ou d'Arles — supposition que personne ne s'est jamais permise. — La prétendue découverte touchait presque aux limites du grotesque.

Et cependant mon ami me montrait les cailloux, el j'étais bien obligé d'y reconnaître des dessins que tous ceux d'ailleurs à qui je les montrais à mon tour M percevaient comme moi.

Je fis voir quelques-uns d'entre eux à Paul Bert. Celui-ci ne connaissait pas M. d'Esgrigny d'Herville ; il n'avait pas les mêmes raisons que moi de croire à sa sincérité ; il se demanda si les portraits nauraient pas été dessinés par lui.

Une première tentative de lavage au savon aboutit à un échec complet. Mais Paul Bert eut alors l'idée que les cailloux pouvaient bien avoir été vernissés. 11 les immergea tous dans l'essence de térébenthine

et recommença ensuite le lavage au savon. Cette fois les dessins disparurent complètement.

Je rapportai le fait au commandant avec quelques sévérités d'expression. Le brave homme tout confus m'expliqua la chose: les portraits étaient bien là; son œil les voyait avec une extrême netteté; mais tous les yeux n'avaient pas la même habitude; il importait de rendre apparent à tous ce qui était très apparent pour lui, et il suffisait pour cela d'un imperceptible coup de crayon. L'homme était un convaincu, un voyant, un sincère. Il n'a cherché à tirer aucun parti de sa découverte. 11 n'a fait aucun bruit autour de son nom, mais il voyait et il voulait que tout le monde vît ; il croyait et il voulait que tout le monde crût ; pour y arriver il se bornait à corriger imperceptiblement la nature et le portrait était fait.

C'est un peu comme Eusapia disant à un de mes amis, fervent du spiritisme, et dont, par suite, le témoignage acquiert une grande valeur : « Quand je suis trop fatiguée, j'aide un peu. »

Avec cette difïérence qu'il y a [)eut-être supercherie voulue chez Eusapia, tandis qu'il n'y a jamais eu rien de tel dans M. le commandant d'Esgrigny d'Herville.

Moi-même, il y a quelques mois à peine, passant sur l'avenue de Friedland, j'aperçus un caillou qui m'apparut comme un médaillon de tète romaine. Je le ramassai et je le montrai à plusieurs amis qui virent ce que j'avais vu. Mais comme d'autres l'apercevaient moins directement, je me souvins du commandant et je l'imitai : je marquai deux points avec l'encre, pour rendre plus apparents l'œil et la bouche. La pierre est là à coté de moi, et le dessin

l'homme VS

dune tète y est aussi manifeste que si le médaillon était Tœuvre d'un sculpteur.

Eh bien! C'est une illusion de cette nature qui >"est produite chez le cousin démon ami le médium dessinateur. Seulement, comme Tillusion a eu pour effet de faire revivre un souvenir déchirant, elle a amené des larmes qui ont dramatisé la scène. • Ainsi, pour ma part, je n'ai jamais rien vu qui fût de nature à me prouver l'existence d'intelligences désincarnées, et les improbabilités scientifiques qui m'éloignent de cette hypothèse n'ont pas eu jusqu'à ce jour à s'incliner devant l'expérience.

Ces improbabilités sont nombreuses. J'en ai déjà r^ignalé plusieurs : les réponses disparates faites par les esprits ; leur impuissance à parler dans l'empyrée la langue qu'ils parlaient de leur vivant sur la terre, quand elle n'est pas celle du médium qui les interroge : la difficulté d'admettre l'existence d'un être qui, ne recevant de l'énergie de nulle part, en dépenserait quand même indéfiniment.

J'ai insisté sur cette dernière difficulté qui ne pouvait pas se présenter à l'esprit des métaphysiciens du dix-septième siècle, mais qui est devenue formidable à l'heure actuelle, au point d'être aperçue par un disciple du spiritisme, M. Revel, lequel en a donné une réfutation, mais hélas I nous l'avons iiiontr»i, une réfutation inadmissible.

ir

il l'iiumamté et la pathie

Lue tiuLi'c improbabilité m'était apparue depuis longtemps : si un vivant se dédouble, si un désincarné conlinue à vivre en esprit ou en perisprit ; si Tun et l'autre peuvent apparaître, ils devraient en tous cas apparaître nus. Le corps astral, le perispril n'a pas d'habits. Kt cependant les fantômes se montrent toujours habillés aux personnes qui affirment les voir.

M. Hevel s'était rendu compte de l'objection sérieuse tirée du principe de la conservation de Ténergie, et il avait tenté de l'éliminer par une explication captieuse. Il s'est également rendu compte de l'impossibilité pour un revenant de nous revenir habillé. Là aussi, il a cherché une interprétation qui rende le phénomène acceptable.

Si, dit-il, les morts apparaissent habillés, toul comme es vivants dédoublés, c'est qu'en réalité, ce n'est pas le mort que nous voyons lorsque nous nous trouvons en présence d'une apparition.

Le morl, le corps astral ou perisprit^ n"a pas de forme. Du moins, s'il en a une, ce n'est pas celle de l'être physique, et il ne saurait en aucun cas reproduire celuirci, même .transitoirement, en se matérialisant. Lors donc que le mort ou le vivant dédoublé nous apparaît, il n'y a pas en réalité une apparition objective de sa part. Le phénomène est louL autre.

L'esprit du mort ou du vivant dédoublé impressionne notre cerveau en agissant sur lui à la manière d'une force extérieure, et y déterminé une hallucination télépathique. Nous voyons alors, en hallucinés que nous sommes, l'être tel que nous le (connaissons ou l'avons corînu.

l'iiommI': ^in

Telle est la prétendue explication.

.le pourrais ici encore objecter que Ihypothèse se complique et que toute complication d'une hypothèse en abaisse le degré de probabilité. — Je préfère y opposer la contradiction entre adeptes d'une mémo doctrine.

Dans une petite brochure qu'avait bien voulu me prêter Albin Valabrègue, j'ai lu les lignes suivantes destinées à prouver qu'une apparition était bien réelle et ne pouvait pas être ïnise sur le compte de 1 hallucination.

u Ah! non! répliquerai-je, car le costume du

télépathiseur se trouvait être cette fois un complet tout neuf, gris, bleu ou marron, que le lélépatlnsr ne lui avait jamais va aupararatil et qu'il voit cependant dans la vision. »

Mettez-vous d'accord, dirai-je aux spirites. Et si vous ne pouvez y parvenir, si vous vous présentez avec des doctrines contradictoires, n'exigez pas qu'on vous accorde une créance qui n'est due qu'à une démonstration réelle.

Si l'interprétation de M. Revel est la vraie ; si le télépathiseur, c'est-à-dire l'esprit qui apparaît, se borne à impressionner le cerveau et à y. déterminer une hallucination ; si cette hallucination a pour effet, de me faire voir le désincarné tel qu'ai était quand je lai connu; si sa forme est une simple restauration faite par mon cerveau; si ses vêtements n'existent que dans mon souvenir, je n'ai pu avoir la perception du complet tout neuf gris, bleu ou marron. J"ai dû voir le télépathiseur avec l'un des costumes que je lui avais comius autrefois.

El si je J'ai vu avec Ip costume tout neuf gris,

bleu ou marron, c'est que rapparition est réelle. L'esprit ne s'est pas borné à impressionner mon cerveau. Il s'est présenté à moi avec sa forme propre, qu'il a matérialisée de manière à la rendre perceplible à mes yeux de chair.

Mais alors, comment a-t-il des vêtements?

Ici nous tombons dans le phénomène dit des apports, par lequel des objets matériels, passant entre les murailles les plus épaisses, pénétreraient dans des lieux clos.

Tous ceux qui ont voulu se tenir au courant de la ^littérature occultiste connaissent la fameuse apparition du colonel Olcott. Le colonel Olcott, grand et beau vieillard de quatre-vingts et quelques années, à la longue barbe d'un blanc de neige, est un ancien soldat américain de la guerre de la Sécession. Auteur d'un catéchisme bouddhiste accepté par les sectateufs orthodoxes de cette religion, il habite l'Inde, d'oi^i son action rayonne sur toutes les loges théosophiques du monde. Malgré son grand âge, et grâce à sa robuste santé, il entreprend presque tous les ans un voyage de circumnavigation et va inspecter ces loges dans les principales contrées du globe. C'est ainsi qu'il est venu bien souvent à Paris et notamment en 1896 ou 1897 — je crois 1896.

Désirant recevoir de sa bouche même la confirmation des faits dont j'avais eu maintes fois l'occa-

L HOMxME i /

sioii de lire le récil, je me rendis chez lui, dans un tout petit hôtel qu'il habitait rue Saint-Roch. Mon collègue et ami Forcioli m'y accompagna. Voici Texposé que nous fit le colonel :

J'étais en Amérique; j'étaig entré après dîner dans mon cabinet de travail dont j'avais soigneusement fermé la porte. Les fenêtres étaient closes également. Assis sur un grand fauteuil près du feu, je lisais, quand, tout à coup, du coin de mon œil gauche, je distinguai quelque chose do blanc. Me retournant aussitôt, j'aperçus un homme, vêtu à l'orientale et un peu plus grand que nature, débout auprès d'une table qui se trouvait à côté de moi.

Ma première impression fut que j'étais le jouet d'une liallucination que m'envoyait madame Blavatzki (!). Mais lui, lisant dans ma pensée, détacha le turban dont sa tête était entourée, et le jeta sur la table pour me laisser une trace matérielle de sa présence.

Sur une invitation de ma part, il s'assit en face de moi et me demanda si je voulais m'associera son œuvre et collaborer avec lui au bonheur de l'humanité.

Puis, après avoir reçu de moi une réponse favorable, il disparut comme il était apparu, sans ouvrir ni porte, ni fenêtre : il s'évanouit comme une ombre.

Ce n'était pas d'ailleurs le fantôme d'un mort. C'était le fantôme d'un vivant, d'un mahatma, d'un adepte que, plus tard, au cours d'un voyage au Thibet, j'ai retrouvé dans un couvent de ce pays.

Je fis remarquer à M. Olccftt combien il était étrange qu'un fantôme, un périsprit, un corps astral, eût put laisser un objet matériel tel qu'un turban.

Voici ce que me répondit le colonel.

La matière physique est divisible en particules dont les plus petites sont toutes identiques entre elles. A ce degré de division, elle prend le caractère des fluides et

48 L'iIUMA.MTK et la i'ATRïE

se mont avec la rapidité de l'électricité ou de la lumière,

Quand le mahatma s'était endormi au Thibet pour y laisser son corps physique, son sthula-sharira, il était coiffé de son turban. Son corps astral, son linga-sharira, n'en était pas coiffé, mais m'en donnait l'illusion. Seulement, les adeptes ont le pouvoir, par un acte de leur volonté, de décomposer la matière en ses particules ultimes, eL d'intégrer de nouveau ces dernières de manière à reconstituer l'objet dont elles proviennent. C'est ce que fit le puissant adepte que j'avais devantmoi.il décomposa son turban demeuré au Thibet en ses éléments, ténus au point de traverser tous les obstacles , l'amena dans mon cabinet de travail en quelques secondes, là, le reconstitua et me le laissa. — C'est d'ailleurs toujours ainsi que se produit le phénomène des apports.

Je ne répondis rien. La simple bienséance m'imposait le devoir de respecter la parole de celui qui avait bien voulu me recevoir. Au surplus, je n'oseraimême pas, dans mon for intérieur, l'accuser de mensonge. Les hallucinations sont choses si bizarres ; sans être halluciné on peut, pourvu qu'on manque d'esprit critique, être l'objet de tant de mystifications savamment préparées, qu'il est fort admissible que le colonel fût de bonne foi. J'ajouterai même que sa figure pleine de noblesse me prédisposait en sa faveur et me portait à croire à sa sincérité.

Mais, je le disais plus haut, la sincérité d'un témoin ne suffit pas à produire la certitude dans les intelligences qui s'inspirent de la méthode positive, et rien ne démontre que le colonel Olcott n'ait pas pu être trompé.

Au point de vue de la science des affirmations de

l'homme 49

cette nature sont dénuées de toute valeur. Elles échappent à tout contrôle, ce qui empêche que Ton puisse en tenir compte.

Kt il en est ainsi de tous les faits d apport, de matérialisation, d'apparition de fantômes. Il est impossible de les reproduire pour convaincre les esprits incrédules. Les personnes croyantes ellesmêmes sont le plus souvent impuissantes à trouver des médiums capables de réaliser en leur présence les faits qui leur sont rapportés. Un ami à moi, spirite dans Tesprit duquel pas un doute ne subsiste, cherche depuis longtemps un médium à matérialisation chez lequel il lui soit donné d'assister à ces phénomènes extraordinaires. Il ne Fa pas trouvé jusqu'ici.

Il faut se rabattre sur la notoriété et la valeur des témoins. C'est alors M. de Rochas qu'on cite, M. Crookes, M. Cahaguet, M. le docteur Richet.

De M. de Rochas je n'ai rien à dire — et d'ailleurs je ne sache pas qu'il ait observé des matérialisations. C'est un homme sincèr'e, un savant désireux de trouver la vérité et de la dire quelle qu'elle soit.

Mais Pouchet aussi était un savant sincère ; il avait démontré la génération spontanée. Qu'est-il resté de sa découverte après les travaux de Pasleur? rien du tout, et la science se serait trouvée égarée sur une fausse voie, si ses expériences n'a- ;, valent pas été fa(;ilement contrôlables, et s'il avait fallu les accepter d'autorité, comme c'est le cas pour celles de M. de Rochas.

En ce qui concerne Crookes, je ne voudrais pas non plus l'accuser de mauvaise foi, ni prétendre que la fameuse Katty-King ne soit qu'une invention ana-

logue à celle de la Diana Vaughan de Léo Taxil. J'aime mieux le croire halluciné, mais en tant que témoin il ne m'inspire aucune contiance. Vers 1866 ou 1867, lorsqueje travaillais au laboratoire de Wurtz, il publia dans un journal de chimie anglais — le Journal of tlie chemical society, je crois, — un mémoire qui surprit tous les chimistes. 11 avait réalisé la synthèse de presque toutes les séries organiques, ce qui aurait nécessité Teffort d'une masse de chercheurs pendant un grand nombre d'années ; et il publiait ces résultats comme s'il les avait obtenus en quelques mois.

Qu'il ait fait cette publication sans avoir fait le travail : que ses corps aient été chimériques et ses analyses simplement déduites par le calcul de formules supposées, auquel cas il aurait sciemment trompé ses lecteurs ; ou bien qu'il ait été victime lui-même de préparateurs infidèles, comme la chose a failli arriver un jour à Wurtz, et lui serait certainement arrivée s'il n'avait exercé sur son préparateur un contrôle de tous les instants ; peu importe 1 Dans les deux cas M. Crookes est un témoin dont l'assertion n'a aucune valeur.

Quant à M. Cahaguet, je ne le connais pas. 11 a écrit sur la sorcellerie un livre destiné aux horizontales sur le retour, c'est tout ce que je sais de lui. Voilà encore un témoin, sur le récit duquel — qu'il soit ou non sincère, ce que je ne veux en rien préjuger, — il ne peut être fait aucun fond. Il reste, il est vrai, M. Richet qui est un véritable savant. Mais un savant peut se tromper : Pouchet nous en a fourni plus haut la preuve ; et quelle qui; soit la valeur d'un homme, ses expériences sont comme

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inexistantes si elles ne peuvent être facilement et universellement vérifiées.

J ajoute que plus les faits relatés sont invraisemblables, moins nombreux sont les témoins qui les affirment.

Ils abondent pour les faits d'hypnotisme, de magnétisme, de suggestion, de dédoublement de la conscience; et c'est une des raisons qui me portent à admettre qu'il y a là un certain nombre de vérités à dégager scientifiquement.

Quand il s'agit, au contraire, des apparitions, des apports, des matérialisations, les témoins oculaires deviennent clairsemés. On en est réduit alors à suppléer à leur nombre par leur prétendue valeur personnelle, valeur souvent bien exagérée nous venons de le voir.

En science rien de tel. Les savants sont d'accord entre eux.- Quand des divergences surviennent, Fobservation et l'expérience en ont vite raison. De plus la prestidigitation et la supercherie ne jouent jamais là aucun rôle tandis que, dans l'occultisme, elles en jouent un dont il est difficile d'évaluer Timpor tance.

On n a donc fait jusqu'ici que des suppositions, des hypothèses, des romans à la Jules Verne, mais non de la science : on n'a pas réussi à donner de 1 âme et de son immortalité une preuve expérimen-

Cela veut-il dire que nous ayons le droit absolu de nier? non! mais nous devons ignorer, puisque les occultistes ne nous apportent pas plus de démonstration que les métaphysiciens, etquil n'est permis de croire qu'à ce qui est démontré. 11 est mainte-

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nant possible que ce qui est antiscientifique aujourd'iiui devienne scientifique demain. Mais ce demainlà, nous n'avons pas le droit de le devancer, à supposer même qu'il doive arriver jamais.

Je ne souhaite d'ailleurs, pour ma part, ni qu'il arrive, ni qu'il se dérobe devant nous. Mon seul désir est que l'humanité étende de plus en plus ses connaissances et qu'une solution linisse par intervenir quelle qu'elle soit. Je suis sans passion à cet égard.

Malheureusement cette solution paraîtencore bien lointaine ; et il est à craindre pour les spirites qu'elle ne leur réserve une déception. I) se peut fort bien, si nous l'avons un jour, qu'elle fournisse la preuve, contraire à leurs espérances, de la nature purement physique des phénomènes encore mal connus envisagés par eux comme des manifestations d'outretombe.

Qu'on me confonde si l'on peut par des observations contrôlables et non par des autorités, par des expériences susceptibles de vérification et non par des témoignages ! qu'on cesse de m'opposer des Gahaguet, des Crookes, et même des hommes recommandables à tous égards tels que M. de Rochas et M. Richet! leurs affirmations ne valent pas la millième partie de la certitude qui s'attacherait au moindre fait d'une constatation et d'une reproduction faciles.

En somme la preuve expérimentale de l'existence de l'âme a échoué comme les anciennes preuves métaphysiques. Nous demeurons donc, sauf démonsstration ultérieure, dans le cadre de la vérité scientifique en faisant rentrer l'intelligence, le senti-

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ment, la volonté dans la loi générale de la conservation de Ténergie, dont ils constituent la modalité la plus élevée. Hors de là il n'y a jusqu'à présent que divagations et imaginations maladives. L'avenir dira si dans l'infini de l'inconnu une autre solution peut se substituer à celle-ci. Je fais cette réserve pour éviter jusqu'à l'apparence d'une affirmation hasardée, mais je ne le crois pas.

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