VIII INTRODUCTION
Et qu'on ne dise pas que nous réduisons ainsi les théories physiques au rôle de simples recettes pratiques ; ces équations expriment des rapports et, si les équations restent vraies, c'est que ces rapports conservent leur réalité. Elles nous apprennent après comme avant, qu'il y a tel rapport entre quelque chose et quelque autre chose ; seulement ce quelque chose nous l'appelions autrefois mouvement^ nous l'appelons maintenant courant e'/ec^ri^we. Mais ces appellations n'étaient que des images substituées aux objets réels que la nature nous cachera éternellement. Les rapports véritables entre les objets réels sont la seule réalité que nous puissions atteindre, et la seule condition, c'est qu'il y ait les mêmes rapports entre ces objets qu'entre les images que nous sommes forcés de mettre à leur place. Si ces rapports nous sont connus, qu'importe si nous jugeons commode de remplacer une image par une autre.
Quand un physicien constate une contradiction entre deux théories qui lui sont également chères, il dit quelquefois : « Ne nous inquiétons pas de cela. Nous tenons fermement les deux bouts de la chaîne bien que les anneaux intermédiaires soient cachés. » Cet argument de théologien embarrassé serait ridicule si l'on devait attribuer aux théories physiques le sens que leur donnent les gens du monde. En cas de contradiction, l'une d'elles au moins devrait être regardée comme fausse. Il n'en est plus de même si l'on y cherche seulement ce qu'on doit y chercher. Il peut se faire qu'elles expriment l'une et l'autre des rapports vrais et qu'il n'y ait de contradiction que dans les images dont nous avons habillé la réalité.
Ainsi, lorsque nous supposons un suhstratum sur lequel nous faisons reposer la réalité, phénoménale nous faisons oeuvre de pure imagination. Nous le savons et nous n'avons garde de prendre ces réa-ction^'de notre esprit pour des vérités objectives. Mais nous savons aussi que sous ces images se cachent des rapports réels, que ne saurait altérer la manière plus ou moins fantaisiste dont nous nous les représentons.
Dès qu'on reconnaît l'existence d'un groupe de faits intimement liés entre eux, et dénués de tout rapport apparent avec les autres phénomènes naturels, la méthode scientifique commande de leur assigner une cause commune à laquelle l'observateur donnera un nom. Autant il découvrira de groupes de faits distincts, autant il devra admettre de causes distinctes, sauf à faire rentrer ces causes les unes dans les autres, si jamais, entre les phénomènes rangés dans des classes différentes, des relations sont découvertes qui étaient demeurées inaperçues jusque-là.
C'est ainsi que les religions et les j)hilosophies anciennes anthropomorphisant, si je puis me permettre ce néologisme, les causes naturelles, l'humanité a imaginé les dieux multiples du polythéisme résorbés plus tard dans une divinité unique, puis en fin de compte dans le concept des lois universelles.
C'est ainsi encore que les savants du dix-huitième