‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 26 sur 55 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

Les premiers hommes qui se sont battus en duel , c'est-à-dire un contre un, n'ont employé évidemment dans ce combat que les armes de la nature : les mains, les pieds, les poings, les dents ; et toujours le plus fort, le plus robuste, le plus courageux, le plus agile a dû nécessairement triompher de son adversaire.

Ensuite ils ont pris des bâtons, des pierres, des flèches, et alors la force a été quelquefois vaincue par l'adresse; plus tard enfin, beaucoup plus tard, quand le fer a été mis en œuvre, les grands Seigneurs, les militaires et même les gens du monde se sont servis successivement, pour vider leurs différends, del'épée, de la dague, du fleuret démoucheté, du pistolet et même de la carabine, et, alors, ce n'était plus seulement la force physique qui triomphait dans ces combats singuliers, mais l'adresse, le sang-froid, et surtout la connaissance des armes susdites acquise par un fréquent exercice avec des maîtres experts.

L'origine du Duel ou de la guerre remonte, comme nous l'avons prouvé plus haut, aux premières passions des hommes, c'est-à-dire aux premiers jours du monde, car la Bible nous apprend, elle-même, le meurtre farouche de Caïn et la glorieuse victoire de David enfant sur le géant Goliath; l'histoire grecque, celle d'Achille sur Hector: l'histoire romaine le combat de

Romulus avec Sabinus; ensuite (quoique le mot duel signifiât deux), celui des Horaces et des Curiaces qui se mesurèrent trois contre trois; notre histoire nous raconte, à son tour, celui des trente Bretons (27 mars 1351), commandés par Robert de Beauraanoir contre trente Anglais aux ordres de Bembro (4).

Il est vrai qu'en suivant ainsi la progression, on arriverait à dire qu une armée de cent mille hommes contre une autre d'égale force ne serait plus qu'un duel en grand.

Dans le Moyen Age, et surtout dans les siècles postérieurs, dits de la Chevalerie, alors que les manants réglaient leurs querelles à coups de poings et de couteaux, ou en se traînant réciproquement devant les tribunaux pour obtenir une réparation d'honneur en gros sous, il y avait pour les grands Seigneurs le duel judiciaire (jugement de Dieu), et celui des deux adversaires qui expirait sur la place était toujours censé avoir eu tort, car Dieu lui-même semblait le condamner.

Ainsi eut lieu le combat de Lancelot et de Gondeberge; celui de Gontran et du jeune Jugeler.

Charlemagne édicta des lois contre le duel, mais il reprit bientôt faveur sous les règnes suivants jusqu'à Philippe le Bel, qui l'interdit sous peine de mort.

François Ier monte au trône et, tout aussitôt, il déchire, avec une solennité chevaleresque, la loi de ses prédécesseurs , en provoquant , lui-même , Charles- Quint (roi d'Espagne , son ennemi) à un combat singulier.

Dès lors, il n'y eut plus de frein à ces luttes sanglantes, elles devinrent comme un spectacle joyeux

auquel les rois, les princes, les seigneurs de la cour, les grandes dames, en robe d'or et de soie, assistaient avec délices ; et, patronnant l'un ou l'autre chevalier, témoignaient de leurs sympathies individuelles tantôt par un silence glacial, tantôt par des applaudissements effrénés.

Cependant , quand le combat se prolongeait trop longtemps, quand le sang avait suffisamment coulé et que les adversaires étaient épuisés de fatigue, le Roi jetait son bdion fleurdelisé entre eux, et soudain les épées rentraient dans le fourreau.

Si le roi se taisait, le duel continuait jusqu'à la mort de l'un ou de l'autre combattant; et, dans ce cas, le vainqueur devait traîner lui-même, et sans l'assistance de personne, hors de l'arène, le corps du vaincu et le remettre aux archers qui l'attendaient avec le bourreau pour le dépouiller.

C'est ainsi que Henri II présidait, le 1 0 juillet 1 547, à Saint-Germain, au fameux duel de Lachasteigneray (François de Vivonne), et de Jarnac (Gui de Chabot), dans lequel ce dernier porta à son adversaire un coup terrible (dit depuis coup de Jarnac) , qui lui coupa le jarret et le renversa.

Le Roi jeta bien aussitôt son bâton sur le terrain, mais le blessé mourut une heure après.

Nous voyons encore, un peu plus tard, sous Henri III, un autre duel non mcins célèbre de trois Mignons du roi, Quelus, Maugiron et Livarot, contre trois partisans des Guises, Charles d'Entragues ou d'Entraguet assisté de Schomberg et de Ribérac.

L'offense d'Eotraguet (un soufflet) à Quélus avait été faite le samedi, 26 avril * 578; le combat eut lieu

douze heures après, le dimanche même, au point du

jour, sous les murs de la Bastille.

Il fut sanglant , car Maugiron et Schomberg restèrent sur le carreau ; Ribérac mourut le lendemain ; Quélus, percé de dix-neuf coups, succomba après vingthuit jours de souffrances atroces , et Livarot demeura plus de deux mois entre la vie et la mort; d'Entraguet seul, le provocateur, ne reçut qu'une légère blessure.

Le roi , cette fois, n'assista pas au combat, mais il l'autorisa et fit rendre à ses favoris de grands honneurs funèbres dans l'église Saint-Paul.

A trois ans de là, en 4 581, Livarot est tué enfin dans une nouvelle rencontre avec le marquis de Maignelais.

Le 30 juillet 1652, autre Duel non moins fameux que les premiers : cette fois, c'est le duc de Nemours assisté de Villars et d'Uzerches, qui va se battre contre le duc de Beaufort et de Riz (on prétend même qu'ils étaient cinq contre cinq).

Il est huit heures du soir; le lieu du combat est fixé sous les murs du couvent des Jacobins ; mais, à peine les champions sont-ils en présence les uns des autres, que Beaufort, abaissant vers la terre la pointe de son épée, tendit la main à Nemours en l'invitant à oublier le passé et à rester bons amis, puisqu'ils étaient déjà beaux-frères : — Pourquoi nous battre, ajoutat-il, quand nous pouvons si bien nous aimer?

Nemours fut moins généreux : — Non, coquin! répondit-il à son adversaire , ni paix ni trêve entre nous ! et il faut que je t'arrache la vie ou que tu aies la mienne.

En même temps, il fondit comme un furieux sur Beaufort, qui lui ploDgea son épée dans la poitrine et le renversa raide mort dans la poussière : d'Héricourt et de Riz furent tués par Villars et d'Uzerches; les autres champions n'eurent que des blessures insignifiantes (2).

Cette fureur de combats singuliers, interdits par Philippe le Bel , et remis en gloire par François Ier, continua longtemps encore d'être de bon ton à la cour.

Sous Henri IV, Louis XIII, et pendant toute la minorité de Louis XIV, on n'était guère tenu , en effet , pour véritable gentilhomme qu'après en avoir tué un autre ou reçu soi-même quelque bon coup d epée à travers le corps.

Aussi un sourire de femme , une prévenance , un salut tardivement rendu, un mot imprudemment lâché, un jugement porté sur des vers (comme dans le Misanthrope), une dispute pour une préséance, le pas d'une voiture, un coup de cravache à un laquais insolent amenaient presque toujours un défi, et cette manie était si généralement en usage qu'enfin Louis XIII crut devoir rappeler le décret de Philippe le Bel , et déclarer que tout individu convaincu de s'être battu en duel sur la terre de France serait mis à mort sans pitié; que ses biens, en outre, seraient confisqués au profit de l'Etat et que les témoins subiraient la même peine, sauf la mort qui , suivant les circonstances, pourrait être remplacée par la prison ou l'exil.

Malgré cette rigueur, le duel resta en grand honneur parmi la noblesse, et on allase battre à l'étranger, avec ses témoins, comme en partie de plaisir.

Plusieurs jeunes audacieux, trop impatients de vider immédiatement leurs querelles, bravèrent les ordres du roi sur le sol français même.

Boutteville, cousin du duc de Montmorency, fut de ce nombre; il se battit, un soir, aux flambeaux, sous les arcades de la place Royale et, huit jours après, par Tordre de Richelieu, sa tête tombait sous la hache impitoyable.

Montmorency voulut venger la mort de son Cousin : il se révolta , en haine du cardinal, contre son Roi et demanda secours aux Espagnols, mais, vaincu à Castelnaudary, il fut conduit à Toulouse et décapité à son tour (3).

Ce terrible exemple produisit enfin tout l'effet qu'on en attendait, et on sembla , dès lors, en France, respecter à tel point la volonté du Maître, que les duellistes ne furent plus regardés, pendant longtemps, que comme des fous ou des spadassins. Cependant il n'en était pas ainsi partout , et les grands seigneurs Espagnols, les barons Allemands bravèrent encore fort souvent les lois et ordonnances de leurs Souverains pour se regarder face à face.

Mais, un jour, l'empereur Joseph ayant appris qu'un de ses Officiers supérieurs en avait souffleté un autre et qu'un duel à mort devait s'ensuivre dans la soirée, résolut de donner à l'Autriche entière un exemple encore plus effrayant mille fois que celui de Louis XIII ; car, au moment où les deux adversaires commençaient à croiser le fer, il les fit arrêter et jeter au cachot ; puis, le lendemain, à la parade, il parut sur le balcon de son palais avec l'officier offensé qu'il embrassa cordialement , tandis que le bourreau souf-

fletait l'agresseur qu'on avait conduit sur un échafaud dressé au milieu de la place et qui, après cette avanie, fut enfermé dans une forteresse jusqu'à la fin de ses jours.

Mais les révolutions politiques de 1 789, de 1 830 et et de 1848, en détruisant successivement, chez nous, une foule de préjugés, en ressuscitèrent malheureusement beaucoup d'autres, le Duel, par exemple, et Ton connaît cette réponse de Mirabeau à un ex-grand Seigneur, qui voulait à toute force se couper la gorge avec lui : — Pendant la session , monsieur le comte, impossible ! car j'appartiens aux citoyens qui m'ont député à l'Assemblée nationale. Plus tard, volontiers ! et vous serez le vingtième à qui j'aurai affaire, attendu qu il y a déjà dix-neuf braves inscrits sur mon carnet avant vous.

C'était refuser le combat avec ironie.

Sous l'Empire, alors que toute l'Europe retentissait du bruit des armes et s'enivrait de l'odeur de la poudre ; que tous les jeunes gens, à l'exception des aveupies, des gibeux, des boiteux, des manchots et de» sourds-muets, étaient soldats, on ne se contentait pas encore des batailles des Pyramides, de Marengo, d'Àusterlitz, de Wagrara et dléna, il fallait, en outre, individuellement, descendre, comme on dit, sur le pré, k tous moments, et pour la moindre chose.

En voici un exemple bien triste :

En 1 8 1 5, à Niort, après la bataille de Waterloo et quelques jours avant le licenciement de l'armée de la Loire, nous étions plusieurs sous-officiers de divers régiments, au café; un jeune Fourrier de mon régiment entre précipitamment et marche sur la queue

d'un chien appartenant à un brigadier de hussards qui l'appelle imbécile ! — le beau malheur de marcher sur la queue d'un chien! — Mon chien vaut mieux qu'un verrat comme toi 1

On ra sur le terrain , et l'étourdi fourrier reçoit , en pleine poitrine (moi témoin) un coup de sabre qui Tétend raide mort.

J'étais bien jeune alors, car je m'étais engagé volontairement parmi les fédérés de la Nièvre et j'étais parti Sergent-Major de route, mais le triste spectacle que j'ai eu sous les yeux a été longtemps présent à ma pensée ; souvent , pendant la nuit , quoique harassé de fatigue par des marches journalières de dix à douze lieues (car nous doublions les étapes), j'entrevoyais dans mon sommeil agité mon pauvre Camarade couvert de sang et, me réveillant en sursaut, je m'écriais avec douleur : — Le malheureux ! 'pour avoir marché sur la queue d'un chien /...

Eh bien 1 après cela, ai-je été guéri pour jamais, comme j'aurais du l'être, de la féroce manie des duels? Hélas! non, je dois le dire, à ma honte; heureusement que je n'ai jamais tué personne, tandis que j'ai été bles?é deux fois, et j'en porte encore les marques sur le corps , depuis quarante-cinq ans.

Sous la Restauration , les anciens militaires, dits vieux grognards, cherchaient tontes les occasions possibles d'offenser les gardes du Corps et les officiers français ou suisses de la nouvelle armée, afin de pouvoir se battre ensuite avec eux ; les étudiants en droit, en médecine, en pharmacie, les artistes, les jeunes gens de toutes les professions libérales et même du commerce (calicots moustachus et éperonnés), jouaient

ensemble le même jeu, et Dieu sait combien il y a eu de tictimes de part et d'autre, combien de familles ont pleuré et combien de pauvres mères sont mortes de douleur d'avoir perdu ainsi le fils qui faisait leur orgueil, leur espérance et toute leur félicité sur la terre !

Braves jeunes gens des diverses écoles où vos parents vous envoient étudier les hautes sciences, les beaux-arts, ou apprendre un état quelconque, en s'imposant souvent, dans ce but, de grandes privations , vous avez aujourd'hui renoncé à peu près à ces habitudes sauvages qui ne sont plus du xixe siècle; ne les reprenez donc jamais! Avant d'en venir à vous battre pour des causes ordinairement toujours frivoles, pensez à vos familles absentes ; représentez-vous la peine que vous leur causeriez s'ils ne vous revoyaient plus, ou si vous reveniez au foyer domestique , non pas comme Yenfant prodigue , affamés et couverts de haillons, ce serait peu de chose encore, car les pertes d'argent se réparent (il n'y a que celles du cœur qui soient irréparables), mais estropiés pour la vie, ainsi que le malheureux Briffault (4).

Vous, Témoins, avant de choisir le terrain, de mesurer la longueur des épées, de charger les pistolets, de compter les pas convenus et de donner l'affreux signal, faites-vous redire cent fois le motif de la querelle et calmez l'irritation des adversaires au lieu de l'entretenir; s'ils sont compatriotes, s'ils ont été jadis camarades d'enfance, d'école, de collège, de bureau, de comptoir, d'atelier, rappelez-les au sentiment de cette ancienne amitié; parlez-leur de leurs parents, de leur mère surtout, s'ils ont encore le bonheur d'avoir leur

mère, et enfin, de la peine corporelle et pécuniaire que la loi rendue en 1832, h l'instance de l'honorable M. Dupin, président de la Chambre des Députés , leur inflige actuellement. Dites-leur bien que la mort dyun homme cause toujours des regrets pénibles ; que Fayot le bretteur n'a laissé en France qu'un nom peu glorieux; queDufay, meurtrier de Saint-Maurice, a été touché lui-même de la douleur de M. de Fontanes pleurant son neveu ; que le jeune officier Marulaz, en tuant Signol , a réduit sa vielle mère , dont il était le soutien, à l'indigence ; que le Royaliste bouillant, Pescheux d'Herbinville, après sa victoire sur le jeune Evariste Gallois, Républicain exalté, n'en a point été luimême, pour cela, considéré davantage par les honnêtes gens de son parti, car tuer n'est pas convertir; que le maréchal Bugeaud a déploré tout le reste de sa vie la mort de Dulong qui l'avait cependant gravement outragé dans son honneur militaire; que Emile de Girardin a maudit publiquement , et par deux fois (à Saint-Mandé), son adresse au pistolet sur la tombe d'Armand Carrel; que la récente blessure de M. Turgot, ambassadeur de France à Madrid , et celle plus récente encore d'Henri de Penne , rédacteur du Figaro, ont vivement inquiété leurs familles et tous ceux qui les connaissaient ; et faites en sorte que le différend à vider n'ait jamais de suites fatales ; qu'à votre instigation , à votre prière, au besoin , et après que vous aurez déclaré l'honneur satisfait de part et d'autre, on se tende réciproquement la main, et soyez certains que tôt ou tard, les adversaires mêmes ? que vous aurez ainsi désarmés, vous sauront gré de votre bienveillante intervention.

L'année dernière , à Gross-Carolinenfeld , en Bavière, deux frères, appartenant à la classe des paysans , se sont battus à coups de faulx : l'un a eu un bras à peu près coupé et l'autre toute la partie supérieure du crâne emportée; celui qui est mort fait pitié, son frère fait horreur.

Quant à vous, Ouvriers de différents corps d'état : Compagnons du devoir, de la liberté, deSalomon, de Jacques et de Soubise, gavaux, dévorants, loups, renards, drilles, gâcbeux, voraces, casse-bras, etc., qui vous livriez jadis, sous ces charmantes appellations, de véritables combats, comme celui de la Crau (entre Arles et Salon), où vous êtes accourus de 50 lieues à la ronde pour inonder littéralement la plaine de votre sang, et qui, quoique enfants de la même patrie, vivant sous le même ciel, les mêmes lois, le même chef de l'Etat, tous frères par l'Evangile, le même sang, la même langue , les mêmes habitudes, et par le travail qui vous donne glorieusement le pain de chaque jour, vous vous battez cependant encore si fréquemment ensemble pour des mots de Compagnonnage (5) , pour un ruban de telle ou telle couleur au chapeau et à la boutonnière, pour une Canne plus ou moins longue que, selon vous, un ouvrier qui n'est pas du bâtiment n'a pas le droit de porter dans les conduites, les promenades, les cérémonies publiques ou funèbres, etc., Pensez-vous bien à ce que vous faites, en agissant ainsi? et, puisque vous avez tous besoin du laboureur, du boulanger, du boucher, du tisserand, du cordonnier, du tailleur, du chapelier, etc. (qui certes! n'ont pas besoin de compas ni d'équerre pour leur travail), comme ces divers ouvriers ont également

besoin de vous, pourquoi vous ruer si souvent les uns contre les autres pour de pareilles niaiseries ?

Quiconque veut qu'on respecte sa liberté doit respecter d'abord incontestablement celle d' autrui.

Et d'ailleurs , qu'arrive-t-il de vos rencontres fréquentes, à main armée, et même de vos simples querelles de compagnonnage, de préséance, d'amour-propre, de chambrées, d'ateliers, de danses, de goguettes, et malheureusement trop souvent encore de cabaret ? Vous vous assommez réciproquement, comme des sauvages, soit isolément, soit en masse, à la première occasion; vos instruments de travail vous servent parfois d'armes terribles, et quand votre ennemi est terrassé, vous vous glorifiez un instant de votre victoire et de la supériorité de vos forces sur les siennes; puis on relève le blessé, on le porte à l'hôpital voisin, et pendant huit jours, un mois, un an, il se trouve dans l'impossibilité de travailler.

Si c'est un père de famille, quels regrets il doit avoir de s'être engagé dans une pareille lutte! quel remords pour son brutal vainqueur! que deviendront, pendant ce temps d'arrêt, sa femme et ses enfants ? ils maudiront sans doute V assassin 'Aq leur mari et de leur père, en lui souhaitant le même sort.

Si le Blessé, en outre, meurt sur le terrain, l'affaire devient beaucoup plus grave encore ; car, aussitôt que ses Camarades l'ont conduit au cimetière, en dé-, plorant tristement sa perte, la justice arrête le meurtrier, le jette en prison, et trois mois après, il comparaît devant un jury qui le condamne, en reconnaissant toutefois des circonstances atténuantes, non à la peine de mort, comme assassin avec préméditation^

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mais à la prison et même parfois aux travaux forcés pour une longue suite d'années.

Veillez donc, honnêtes Ouvriers, davantage sur vous! que vos meilleurs amis arrangent de sang-froid tous vos différends, éteignent toutes voshaineset apaisent toutes vos querelles 1 C'est à cela que vous les reconnaîtrez pour de vrais amis; et, puisque vous vous dites avec orgueil frères et citoyens, puisque la grande loi française de 89 vous regarde justement comme tels, comportez-vous donc, en tout et toujours, en bons frères , en dignes citoyens et en vrais Patriotes !

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