‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 35 sur 55 · LES ILLUSIONS · texte numérisé non relu

LES ILLUSIONS

(fable.)

Oui, disait le jeune Théophile au vieillard Saleucus, en général le monde vaut beaucoup mieux qu'on ne le croit,

— En es-tu bien sûr, mon enfant ? répondit le Sage.

— Comment! ne voit-on pas chaque jour les anciens nous offrir l'exemple de toutes les vertus, les jeunes gens se montrer respectueux envers les personnes d'âge, parce qu'elles sont béoies de Dieu; envers les femmes par pensée à leurs mères? Toutes les jeunes filles ne sont-elles pas candides et modestes, tous les amis dévoués? Ne voit-on pas, en tout et partout, le juge rendre bonne justice, les époux saimer et vivre heureux dans leur intérieur , les amaQts... s'adorer?

Et le vieillard hochait la tète avec un sourire malin, et Théophile continuait :

— Ne voit-on pas journellement le riche venir en aide au pauvre, le puissant respecter la liberté du faible, en un mot, chacun travailler séparément ? et autant que possible, au bonheur de tous?

— Si, si, mon ami, répondit encore Saleucus, tout cela, comme tu le dis très-bien, se voit... et il ajouta en lui-même : Quelquefois.

Tandis qu'ils parlaient, un autre Vieillard , caché derrière des saules, écoutait cette conversation, et, aussitôt que Théophile se fut retiré, il aborda , avec colère , Saleucus pour lui reprocher sa dissimulation envers le jeune Optimiste.

Alors, Saleucus répliqua :

— Oui, je sais qu'il se trompe, mais il est jeune, il voit tout en beau autour de lui et, puisque cette illusion, qu'il ne perdra que trop tôt, hélas! fait son bonheur, il y aurait de la cruauté de ma part à le désabuser.

Et Saleucus avait raison.

— Qu'est-ce que la vie sans ses mille illusions?

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