‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 39 sur 55 · LE LIERRE ET L'ORMEAU · texte numérisé non relu

LE LIERRE ET L'ORMEAU

FABLS.

— Non, ton cœur n'est pas fait pour la reconnaissance !

Disait, un jour, un orgueilleux Ormeau

Au Lierre attaché sur sa peau.

Quoi ! malgré ma haute naissance,

Malgré les biens que je répands

Sur ta misérable existence, Je ne puis t'arracher de ces remercîments Qui d'un bon cœur sont les nobles élans ! — Et, quels sont donc, reprit enfin la plante,

Ces bontés, ces bienfaits si grands

Qu'aujourd'hui votre orgueil me vante?

: — Ingrat ! — Parlez ! — Sans moi, verrait-on dans les cieux

S'élever ta tige sans force ?

— Non, j'en conviens, mais d'un feuillage heureux J'embellis votre tronc, je pare votre écorce.

— Tu tires de mon sein des sucs miraculeux !

— De votre sein, non pas, certes ! mais delà terre Qui nous est à tous deux une commune mère

Et nous allaite tous les deux.

— Eh bien 1 ose nier, philosophe sauvage,

Que sans moi ton faible branchage Ne courut, au hasard, et par monts et par >raux !

— C'est vrai 1 reprit la plante sage, Mais vous me parlez là du plus grand de mes maux

Et me vantez mon esclavage.

L'Orme ressemble aux rois et le Lierre aux savants : Mais, quand ceux-là de l'orme usurpent le langage, Souvent ceux-ci n'en sont que plus rampants.

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