LE LIERRE ET L'ORMEAU
FABLS.
— Non, ton cœur n'est pas fait pour la reconnaissance !
Disait, un jour, un orgueilleux Ormeau
Au Lierre attaché sur sa peau.
Quoi ! malgré ma haute naissance,
Malgré les biens que je répands
Sur ta misérable existence, Je ne puis t'arracher de ces remercîments Qui d'un bon cœur sont les nobles élans ! — Et, quels sont donc, reprit enfin la plante,
Ces bontés, ces bienfaits si grands
Qu'aujourd'hui votre orgueil me vante?
: — Ingrat ! — Parlez ! — Sans moi, verrait-on dans les cieux
S'élever ta tige sans force ?
— Non, j'en conviens, mais d'un feuillage heureux J'embellis votre tronc, je pare votre écorce.
— Tu tires de mon sein des sucs miraculeux !
— De votre sein, non pas, certes ! mais delà terre Qui nous est à tous deux une commune mère
Et nous allaite tous les deux.
— Eh bien 1 ose nier, philosophe sauvage,
Que sans moi ton faible branchage Ne courut, au hasard, et par monts et par >raux !
— C'est vrai 1 reprit la plante sage, Mais vous me parlez là du plus grand de mes maux
Et me vantez mon esclavage.
L'Orme ressemble aux rois et le Lierre aux savants : Mais, quand ceux-là de l'orme usurpent le langage, Souvent ceux-ci n'en sont que plus rampants.