LE ROSSIGNOL ET LES MOINEAUX
FABLE
Au temps des fleurs, des jeux, des ris et des amours, Un peuple de Moineaux, hôtes d'un vert bocage,
Etourdissait les alentours
De son insipide ramage.
Un Rossignol vint, par hasard >
S'établir dans le voisinage :
Il était veuf ; soudain le désolé fuyard Reçut des oisillons mainte et mainte caresse Qui suspendit ses maux et charma sa tristesse :
C'était à qui l'embrasserait,
L'hébergerait, le fêterait ;
Partout la porte hospitalière
Pour lui s'ouvrait à deux battants,
Et déjà la peuplade entière
L'aimait comme un de ses enfants.
Distrait par tant d'égards de sa mélancolie, Un jour, le voyageur au cri des oisillons
Daigna mêler sa douce mélodie.
Soudain, qui l'aurait cru? l'affreuse jalousie Dans ces cœurs généreux versa ses noirs poisons.
Adieu l'amour 1 Le lendemain encore, A peine adressait-il son hommage à l'aurore, Que sur lui les moineaux s'élançant, en courroux, Lui font, à coups de bec, déserter le bocage. Comme un Geai s'enquérait d'où venait tant de rage, Parce que, dit l'un d'eux, il chante mieux que nous.
Ainsi que dans la troupe ailée, Un orateur, dans plus d'une assemblée,
Vient-il à montrer un talent Dominant, On le siffle, on le hue, on V empoigne, on le chasse; Un sot reste toujours en place.