PRESAGES
Quant aux Présages du sel renversé, d'une giace cassée , des hurlements d'un chien qui a perdu son maître , ce sont de sots dictons populaires qu'il faut laisser circuler sans plus s'en occuper que Mennennius ne s'occupa des capricieux poulets de Rome (3).
On croit généralement encore dans le Peuple que le soleil tourne autour de la terre, mais c'est une erreur évidente; le soleil étant 1,800,000 fois plus eros lue la terre, il est certain pour ions les gens instruits,
que Dieu, à qui cependant rien n'est impossible, aura jugé le mouvement contraire plus rationnel : comme le cuisinier qui, ayant à faire rôtir une mauviette, ne fixera certainement pas la broche à laquelle l'oiseau est attaché pour faire tourner autour de lui un bûcher gros comme la moitié de Paris.
C'est la rapidité seule du mouvement de la terre qui nous empêche de nous apercevoir de sa rotation, comme en descendant un fleuve impétueux dans une barque, nous nous croyons immobiles et voir le rivage, les arbres et les maisons marcher dans l'immensité de l'horizon (4).
Le soleil est beaucoup plus près de nous en hiver qu'en été (150,000,000 de kilomètres); s'il nous envoie des rayons moins ardents, c'est parce que nous les recevons alors, en France, plus obliquement : mettez la main au-dessus d'une chandelle allumée, et à 30 centimètres , vous n'en pourrez pas supporter la chaleur; mettez-la à 3 centimètres seulement sur le côté , vous ne sentirez rien.
Nous avons éclipse de soleil quand la lune se trouve exactement entre cet astre et la terre; et par la même raison, éclipse de lune quand le soleil se trouve au milieu.
Nous connaissons la marche de la terre et de la lune qui en est le satellite (garde), et qui tourne autour de notre globe en 28 jours et quelques minutes; voilà, pourquoi on peut prédire, à coup sûr, le jour, l'heure et la minute auxquels la disparition de l'une ou de l'autre de ces planètes aura lieu.
Les comètes sont des astres pour ainsi dire perdus dans le ciel qu'ils parcourent avec une grande rapi-
dite et que nous n'apercevons (jue de loin eu loin, et quand elles passent a une certaine distance de la terre qu'elles embraseraient inévitableaient en s'en rapprochant souvent un peu plus.
Ce qu'on appelle leurs queues est une niasse d'étoiles qu'elles traînent à leur suite : les comètes sont aussi innombrables, a dit le célèbre astronome Kepler, que les poissons dans l'Océan.
La fête de Saint-Médard arrivant au moment du solstice d'été (5), le soleil étant alors dans sa plus grande force et la terre desséchée, s'il pleut à cette époque, le soleil reparaît un instant aprèsla pluie et la • pompe de nouveau dans l'air, d'où elle retombe nalu- -rellement un peu plus tard ; les orages s'en mêlent d'un côté ou de l'autre, et ce jeu recommence pendant tout le solstice, c'est-a-dire quinze jours environ avant le 2\ juin et quinze jours après.
Il est dangereux, pendant l'orage, de chercher un abrisous degrandsarbres, carie ventproduitdansleurs branches et leur feuillage une agitation continuelle qui attire la foudre, et il ce se passe pas d'année sans que nous n'apprenions quelque catastrophe causée par le feu du ciel.
Aussitôt néanmoins que l'éclair a brillé, il n'y a plus rien à craindre, car cest la foudre et non le bruit du tonnerre qui frappe, renverse et tue.
Qu'on se garde bien encore, comme c'est assez l'ordinaire dans les campagnes , de sonner les cloches dans le but de détourner l'orage, car c'est tout le contraire qui arrive généralement en pareil cas, et les journaux ont rapporté dernièrement qu'à Grandris , près de Villefranehe , de cinq jeunes gens qui f le
1 er août, sonnaient les cloches de l'Eglise , deux ont été subitement foudroyés.
Un Arithméticien a calculé naguère combien il se consommait , pendant toute une année, d'allumettes chimiques en France, et il a eu, dit-on, pour résultat de ses recherches : 85 milliards 230 millions et quelques centaines de mille; mais ce travail n'a été que celui d'un niais désœuvré, car un homme sérieux aurait calculé, lui, combien ces mêmes allumettes occasionnaient tous les ans chez nous de sinistres par criminalité ou par imprudence, et combien, en outre, de jeunes enfants périssaient dans les incendies qu'ils causent journellement en jouant avec elles pendant l'absence de leurs parents ; puis, il aurait dit aux pères de famille : — Eloignez donc avec attention , de la main de vos enfants, ces petits instruments de ruine et de mort! et, quand vous êtes forcés de vous éloigner momentanément de votre domicile, faites comme la loi oblige de le faire en Prusse, mettez-les sous clef.
Nous avons déclaré plus haut qu'on ne guérissait jamais VHydrophobie (6) avec des paroles cabalistiques ou des omelettes quelconques ; cela est positivement vrai! Il faut, dans ce cas, laver de suite et soigneusement la blessure avec de l'alcali volatil, du thé, de l'eau de sel, de savon, de lessive, de chaux et même au besoin avec de l'urine; puis brûler hardiment la plaie en appliquant dessus un morceau de fer chauffé à blanc.
La crainte du mal et la connaissance du danger que l'on court contribuent aussi puissamment, il faut le dire, à tuer la personne mordue, et Ton sauvera plutôt dix enfants que deux hommes ; car, tout en prenant
les mesures ci-dessus indiquées, le chien même ne fûtil pas enragé, ceux-ci auront toujours continuellement leur plaie, crue mortelle, sous les yeux ; leur organisme en sera affecté; plus d'appétit pendant le jour, plus de sommeil pendant la nuit; une fièvre brûlante, continuelle et sèche, les réduira bientôt peu à peu à Pétat de squelette, et la mort les frappera avec la pensée douloureuse que rien ne pouvait les sauver.
Le Choléra a produit le même effet sur beaucoup de personnes qui n'avaient la maladie que dans leur imagination (7).
Les Entorses ne se remettent qu'avec une forte pression de la main qui fait reprendre aux muscles du pied leur position naturelle, et le plus sûr moyen de couper la fièvre est de faire usage du quinquina ou de sulfate de quinine.
On a coutume de suspendre les Noyés par les pieds pour leur faire rendre l'eau qu'ils ont bue, et c'est un tort que Ton a, car chez toute personne suspendue par les pieds, le sang se porte vite à la tête et étouffe. Il faut, au contraire, coucher l'asphyxié sur le côté droit pour que les battements du cœur ne soient pas le moindrement comprimés, et la tête haute néanmoins, afin qu'il puisse rendre peu à peu, sans suffocation, l'eau qu'il abue accidentellement, puis lui souffler dans la bouche de l'air pur, soit avec un eu tonnoir ou un morceau de papier arrondi en cornet, et le frictionner ensuite avec de la laine bien chaude.
A-t-on à pénétrer dans la chambre hermétiquement fermée d'un asphyxié par la vapeur du charbon ou gaz azote (qui prive de la vie)? brisez de suite les carreaux de la fenêtre, si elle résiste à l'ouverture;
— 334 t~ donnez de l'air pur (gaz oxygène) au malade par l'insufflation dans les poumons, et frictionnez-le également avec de la laine.
Aux personnes empoisonnées par des champignons de mauvaise nature, par du vert-de-gris attaché à des casseroles mal soignées, ou par le port à la bouche de certaines fleurs ou plantes vénéneuses cueillies dans les jardins, les champs, les prés* les bois, sur le bord des ruisseaux, comme les boutons d'or, les petites renoncules jaunes, bleu-claires, panachées, les roses de Noël, certains pavots, les casques dits tue-loup, les lobélies, la renoncule scélérate, la belladone, la digitale, la jusquiame, la ciguë (espèce de persil sauvage), et une infinité de plantes d'un vert naturellement très-foncé, il faut, disons-nous, à ces imprudentes personnes faire prendre de suite, et avant toute autre chose, une grande tasse de lait froid; — plusieurs tasses de thé léger et à peine sucré, à celles qui ont une indigestion par suite d'un repas trop copieux ou dont les viandes étaient très-grasses, — et enfin quelques cuillerées d'huile d'olive, à celles qui éprouvent de violentes coliques d'estomac.
Trouve-t-on sur une route, dans un champ, dans une chambre, un malheureux Pendu à une corde, ou mourant dans un fossé, couvert de blessures, soit accidentelles, soit produites par le fer ou le plomb de lâches assassins? Au lieu de couper de suite la corde du premier et de porter immédiatement secours au second, comme la raison nous le dit et la loi nous y autorise, on a assez l'habitude, par préjugé ou par crainte de se compromettre, de courir préalablement chez le Commissaire de police ou le Maire faire sa dé-
claration, et très-souvent, pendant ce temps, le malheureux expire faute de secours.
L'homme sensé n'hésite pas en pareille circonstance et, s'il est jamais compromis par suite de ce fait, il l'explique franchement et sans ostentation aux magistrats, qui lisent dans ses yeux, dans son attitude ferme et dans ses paroles la vérité, et le félicitent de sa conduite.
Entre vous, ouvriers, surtout point de ces sottes gageures d'atelier, de chambrée ou de cabaret, dans lesquelles un extravagant s'engage, par exemple, à porter sur ses épaules sept ou huit cents pesants, c'est-à-dire trois ou quatre fois la charge d'un homme même robuste; à manger dans un seul repas un coq d'Inde, une oie, un gigot de mouton tout entiers avec plusieurs kilogrammes de pain, ou bien encore à boire un décalitre devin ou une bouteille d'eau-de-vie.
•On a mille exemples que, dans le premier cas, on se brise la colonne vertébrale ou quelques vaisseaux de la poitrine et qu'on tombe, pour ne plus se relever, en rendant le sang par la bouche, le nez et les oreilles ; que, dans le second, une indigestion terrible est imminente et que, dans le troisième, la paralysie et la mort suivent toujours l'état d'hébétement et de prostration où le fatal alcool doit inévitablement vous jeter.
En supposant même encore qu'on pût gagner de semblables paris sans trop compromettre sa vie, et en gagnant seulement un effort, quelle gloire pourrait en retirer le vainqueur? une réputation détestable et un dégoût profond de tous les hommes raisonnables pour sa personne.
Dans le cas contraire, ceux qui auraient gagné la
— 336 ~ gageure contre lui devraient être poursuivis par les tribunaux et punis comme coupables de mort par imprudence. *
Une forfanterie tout aussi sotte que les susdites a eu, l'année dernière, le triste résultat suivant :
Un jeune étudiant en Droit parie, un soir, après boire avec des amis, qu'il fera deux fois (aller et revenir) le trajet de l'Odéon à la porte Saint-Martin (environ 5 kilomètres), en 25 minutes.
Le Pari, qui consiste en un bon déjeuner pour six, est accepté; le jeune coureur part, assez légèrement vêtu, quoique ce soit en hiver, et rapporte à l'Odéon, au bout de 23 minutes 37 secondes, une clef spéciale qu'on était convenu de lui remettre a la porte Saint- Martin.
Soudain, on le félicite avec transport de sa victoire (la gloire d'avoir du jarret!).
On l'approche d'un grand feu préparé d'avance, on l'enveloppe dans un manteau confortable, on lui verse à rasades du punch tout flambant.
Enfin, à minuit, les parieurs se séparent en se donnant rendez-vous pour le déjeuner du lendemain; mais le lendemain, le triomphateur, au grand étonnement de ses amis, était mort, et le surlendemain ils le conduisaient au cimetière Montmartre.
Il y a des gens qui se moquent des infirmes, des vieillards et des pauvres fous, tantôt en faisant des gestes ignobles devant un aveugle, en adressant de mauvaises paroles à un sourd, en haussant une épaule devant un bossu, en ridiculisant les manies d'un vieillard ; tantôt en agaçant des aliénés qui, en Orient, sont regardés comme àz$ saints; c'est là une action
bien indigne, que la loi ne punit pas, il est vrai, mais que l'humanité flétrit avec raison, car qui est certain de ne jamais devenir infirme, soit par accident ou par suite de maladie?
Qui est assuré de vieillir sans être, a son tour, soumis aux faiblesses de l'âge ! et ne voit-on pas, de temps en temps, les plus grands génies de ce monde plus sensibles que tous autres aux déchirements du cœur, se flétrir peu à peu et tomber en démence?
Qu'on se moque d'un sot plein de fatuité, d'un avare couvert de haillons et mangeant, dans son taudis, du pain et du fromage pour entasser écus sur écus; d'une vieille coquette singeant la jeune fille, ou même d'un ivrogne bêtifolant sur la voie publique, comme les Romains qui enivraient des esclaves pour les montrer ensuite à leurs enfants et les dégoûter ainsi de l'ivrognerie, passe encore! mais que toutes nos plaisanteries s'arrêtent là.
Ne témoignons de même aucun repoussement aux malheureux enfants des gens condamnés, soit à mort, aux travaux forcés et même à la simple prison par les tribunaux, et cherchons, au contraire, en leur citant sans aigreur et avec certaines convenances l'exemple de leurs parents, a les mettre dans une voie meilleure que ces mêmes parents ont suivie et à leur être utiles autant que' possible.
Que le Mari trompé par sa femme ne devienne jamais l'objet de nos sarcasmes. On lui a fait un outrage, est-ce lui qui doit raisonnablement en supporter la peine? non, certes!
De son côté, s'il se croit déshonoré pour une action qu il n'a pas commise lui-même, s'il en appelle aux
tribunaux, s'il provoque en duel le séducteur, il a tort, grandement tort, car la punition des coupables ne guérira pas la plaie de son âme, et une nouvelle blessure physique, par suite de duel, ne pourrait qu'ajouter encore à son malheur.
S'il y a un être méprisable et qui) s'est déshonoré dans tout cela, c'est sa femme, sa femme seule, puisqu'elle a méconnu ses devoirs.
Loin d'appeler ironiquement bâtard l'enfant illégitime, plaignons-le, au contraire, de sa naissance, consolons-le s'il s'en afflige et, quoique rien ne remplace un père, tenons-lui lieu, autant que possible, de l'homme immoral qui l'a abandonné dans son berceau en outrageant indignement la nature.
Ne frappons jamais brutalement les animaux domestiques comme le chien qui nous aime, le cheval, le bœuf, l'âne, le chameau qui nous secondent dans nos travaux, et tous ceux que nous élevons pour notre agrément ou notre nourriture (8).
M. le général de Grammont a fait voter dernièrement par l'Assemblée nationale de France une loi imitée du code pénal anglais qui prononce, maintenant, des peines corporelles et pécuniaires contre ceux qui se livrent à des cruautés inutiles envers de pauvres créatures inoffensives dont nous faisons autant nos amis que nos serviteurs, et tout le monde a su gré à M. de Grammont de son honorable initiative.
Que la Chasse soit aussi pour tous les gens délicats un plaisir d'adresse plutôt qu'une boucherie, et que désormais les princes, les grands seigneurs et tous les hommes riches, honnêtes et aux mœurs douces se gardent bien , dans cet exercice, d'imiter Charles X , qui
se délectait journellement à tuer par centaines de pauvres animaux que les battues continuelles des gardes forestiers et une meute de chiens impitoyables attachaient , pour ainsi dire , au bout du fusil de ce stupide vieillard.
Hommage à la jeune fille, qui, passant la belle saison à la campagne, au sein de sa famille, complète son éducation et charme ses loisirs par l'étude de la botanique! car les fleurs sont aussi attrayantes à étudier qua contempler; mais, par contre, honte à celle qui se complaît, non par amour de Y Entomologie, mais par mauvais instinct naturel et par désœuvrement, à traverser, vivants, avec de longues épingles, le gracieux papillon saisi sur une rose, l'insecte aux mille couleurs, et la demoiselle au gentil corsage, attrapés en folâtrant dans les airs, ou encore le scarabée, promenant majestueusement sa robe chamarrée d'or à travers la prairie I
Qu'arrive-t-il, d'ailleurs, au résumé, de ces tristes collections ? c'est que, n'étant préparées ni par la science ni pour la science, elles se décomposent, hélas ! comme tout ce que la mort a touché, au bout de quelques heures, et que bientôt, de tous ces charmants petits êtres qu'on a fait cruellement souffrir, il ne reste rien qu'un atome de poussière...
La musique, les bals, les spectacles étant devenus presque un besoin de la société moderne, lorsque les danses sont honnêtes et décentes, les parents ne doivent pas craindre d'y conduire parfois leurs enfants, car la danse est le plaisir de la jeunesse, et heureux les vieillards qui, joyeux par caractère et simples dans leurs mœurs, s'amusent encore à danser, de temps en
temps , avec des personnes amies , comme Socrate lui-même dansait en présence de ses disciples I
La musique, d'ailleurs, qui est ordinairement comme un remords pour le criminel, pourrait-elle ne pas charmer l'homme de bien quand elle a une puissance magique sur tous les animaux de la création?
Le cheval, en effet, hennit de joie au son de la trompette ; le cor anime les chiens contre le cerf ou le sanglier dans les bois ; un taureau furieux s'arrête tout à coup au milieu de la prairie pour écouter la tlûte du pâtre; Fours solitaire se dresse sur son séant et va jusqu'à danser au son du joyeux tambourin ; le porc cesse de grogner et l'âne de braire pour écouter le rossignol, et le dauphin, nageant à fleur d'eau vers le rivage d'où partent des accords mélodieux, semble se tenir prêt à renouveler l'histoire d'Arion (9).
Quant aux spectacles, ils ne doivent jamais offrir la représentation que de bonnes actions, de grandes choses, montrer les travers de certains hommes pour corriger les autres, et parler en même temps au cœur et à l'esprit de la jeunesse.
Fi de ces théâtres sur lesquels on fait poser en héros les plus grands scélérats de la terre et où on érige le vice en vertu ! Fi de ceux encore où, en cherchant à faire rire, on ne jette aux oreilles du public que tes sottises grosses comme des montagnes !
Fi le ces spectacles mordernes (les tableaux vivants), où on parodie les admirables statues antiques en exhibant , dans des maillots rembourrés de coton , des formes animées d'une beauté fort contestable, et dont la vue ne peut plaire, au résumé, qu'à la femme Libre de Saint-Simon ou à de vieux libertins !
Arrière ces combats de taureaux , de dogues et de coqs où des Figaros , dits Toréadors, agacent de pauvres animaux jusqu'à ce qu'ils se mettent en pièces et s'éventrent les uns les autres !
Arrière ces Boxeurs si atrocement fiers d'avoir gagné ou fait gagner un pari quelconque à un Milord anglais, en brisant, à coups de poings, la mâchoire d'un adversaire ou en lui défonçant une côte de la poitrine !
Non, ce ne sont pas là des spectacles faits pour notre siècle, et l'Europe entière, sans excepter l'Espagne, devrait les mettre au ban des nations civilisées.
Nous allons finir ce chapitre par quelques préceptes hygiéniques généraux que tout le monde connaît à peu près et que cependant on néglige malheureusement bien souvent de mettre en pratique, soit par manque de temps, comme les ouvriers qui sont forcés de se livrer, dès le matin, au travail, soit par paresse, comme une infinité de gens de toutes les classes de la société :
Nous commencerons par placer en tête de ces conseils (car il ne nous appartient pas de donner, avec une certaine autorité, des préceptes religieux à personne) l'observation du dimanche, parce quel homme qui a travaillé activement, pendant six jours, n'étant pas une machine fonctionnant comme la meule que le vent, le ruisseau ou la vapeur fait tourner; un Sysiphe éternellement condamné, dans les enfers, à rouler au sommet d'une montagne un rocher dégringolant sans cesse dans la vallée; une quarante et unième Dauaïde contrainte de même à remplir un touueuu sans fond
avec l'eau qu'elle puise éternellement dans sa cruche de bronze , l'homme, disons-nous, ayant besoin de changer de temps en temps ses habitudes ordinaires et de respirer à Taise, il est bon qu'il se repose un jour par semaine : il en devient ensuite par cela plus fort, plus apte au travail et plus pénétré de sa dignité personnelle.
Si, au contraire, par mépris du troisième commandement de Dieu et du deuxième de l'Eglise, par avarice, ou pour satisfaire à des besoins urgents de famille, il ne donne point de relâche à son activité surnaturelle, il s'expose à tomber malade, et, alors, que lui reviendra-t-il , ainsi qu'aux siens , de son labeur excessif (10)?
Nous dirons ensuite, positivement, à tout le monde que l'entretien de la santé consiste dans une grande propreté du corps et des ablutions journalières en toute saison, mais principalement en été, alors que les pores de la peau se remplissent si facilement de poussière et de mollécules de pierre , de chaux , de plâtre , de charbon, de bois, de limaille, etc.
Si on n'enlève pas fréquemment ces déiritus avec de l'eau, la transpiration s'arrête et la sueur concentrée produit inévitablement des maladies.
En Orient, la religion commande, soir et matin, des ablutions avant la prière, et les vrais musulmans observent bien plus rigoureusement ce sage précepte de Mahomet, que celui moins fondé en raison qui leur défend de boire, même modérément, du vin (11).
Il est contraire aux. lois naturelles de rester trop longtemps au lit , car il échauffe le sang et énerve : l'air du matin rafraîchit le cerveau , dilate les pou-
nions, fortifie le corps et ouvre l'appétit , tandis que l'air du soir, imprégné des miasmes terrestres de la journée, produit ordinairement l'effet opposé.
Six heures de repos suffisent donc en été, sept en hiver et huit en tout temps pour les gens d'un tempérament délicat.
Ayez soin de vous tenir la tête toujours fraîche, les pieds suffisamment chauds et l'estomac libre, c'est-àdire jamais trop chargé d'aliments indigestes ni agacé par des salades ou des fruits verts.
Les boissons alcooliques prises le matin à jeun, et avant que les intestins ne soient garnis de quelque nourriture, sont également très-dangereuses. La statistique des hôpitaux prouve que, sur vingt personnes accoutumées à prendre à jeun, du vin blanc, de mauvaise eau-de-vie, de l'absinthe ou bien encore, comme certaines gens des halles, de l'esprit pur ou du camphre, quinze au moins, sans exagération, meurent d'un cancer à l'estomac dont les parois se sont peu à peu corrodées ainsi que du parchemin qu'on approche du feu.
Après une chute , et quand on craint de se faire saigner ou qu'on se trouve dans l'impossibilité de s'appliquer des sangsues, soit parce qu'il en manque dans la localité ou parce qu'elles sont trop cher pour les blessés, une pincée d'hemica, plante très-commune, prise en forme de thé, tous les matins, pendant huit jours, agit activement sur le sang et l'empêche de se fixer à la partie malade.
A ceux qui travaillent ou qui flânent dans la campagne, il arrive souvent qu'un insecte quelconque , une forficule ou perce-oreille, entre dans l'oreille et cause subitement une vive douleur.
On cherche ordinairement alors à extirper l'insecte avec le doigt , et presque toujours on ne fait que le chasser de plus en plus dans le tympan.
L'huile est le meilleur remède en pareil cas.
Voici d'ailleurs ce que nous lisions dernièrement dans un recueil de médecine populaire :
« Un enfant dormait en plein air sous un arbre; il était placé sur le côté droit, et laissait ainsi sans défense son oreille gauche qui était malade. Une mouche y déposa ses œufs. Au bout de quelques jours , des vers s'agitaient dans le conduit auditif et y causaient une sensation intolérable.
ce L'introduction des instruments ne faisant qu'exaspérer les douleurs , on eu recours à un moyen bien simple que tout le monde peut, en pareil cas, employer avec succès : on remplit d'huile l'oreille de l'enfant, et, au bout de quelques minutes, les vers se montrèrent à la surface du liquide et furent facilement délogés. »
Ce fait s'explique tout naturellement : l'huile ne contient pas d air; or, comme tout animal ne peut s'en passer, il faut, de toute nécessité , qu'il cherche à s'en procurer.
On croit généralement qu'il est bon , après avoir mangé, de faire immédiatement de l'exercice pour mieux digérer; c'est une erreur! car la digestion étant pour l'estomac un véritable travail , il ne faut pas l'exagérer encore : aussi les gens du monde vont-ils, après dîner, continuer la conversation au salon, tandis que les Orientaux font la sieste, c'est-à-dire se jettent sur des sophas, des divans, des tapis, et les malheureux sur de pauvres nattes de jonc où ils dorment en paix, pendant une couple d'heures.
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On s'expose , en se reposant à l'ombre ou entre deux airs , après une longue marche , par un temps chaud, et quand on est en transpiration, à gagner une fluxion de poitrine, et il est de même très-dangereux, quand on est dans cet état, de se jeter à l'eau sans précaution, ou de prendre des glaces, de Forgeât, de la limonade , de la bière, du cidre, etc., comme aussi de boire, en tout temps, beaucoup à la fois quand on est altéré : c'est pourquoi en Afrique, pendant la marche accélérée de nos troupes, on place des factionnaires auprès des fontaines qu'on rencontre de loin en loin pour empêcher les soldats de boire sans mesure et de se rendre ainsi dangereusement malades. On corrige même, à défaut de vin, l'eau qu'on leur donne avec un peu d'eau-de-vie ou de vinaigre,
La vaccine, pratiquée avec du vaccin de bonne nature, étant généralement reconnue aujourd'hui comme un préservatif tout-puissant contre la petite vérole , aucun chef de famille ne doit hésiter le moindrement à faire vacciner ses enfants , s'il ne veut pas s'exposer à les voir, tôt ou tard défigurés , estropiés , aveugles, sourds ou paralysés pour jamais.
Personne d'ailleurs, n'est plus admis maintenant clans les écoles publiques qu'en présentant un certificat de vaccine, et Ion dit même que prochainement elle sera déclarée, par une loi, obligatoire pour tout le monde.
Pourquoi, en effet , quand la petite vérole a presque complètement disparu de l'Europe , quelques individus stupides ou systématiquement entêtés, chercheraient-ils à l'y ranimer? comme si la pauvre humanité n'avait pas encore assez de fléaux à combattre sans celui-là
Le tabac à priser est un vésicatoire volant que l'on s'applique sur le cerveau pour le réveiller, l'exciter et le dégager ; les personnes sédentaires ou occupées à des travaux sérieux et réguliers en font usage pour se distraire de temps en temps, et il leur devient par la suite aussi indispensable que le pain quotidien.
Le tabac à fumer dessèche la poitrine, et la fumée qu'on aspire toujours plus ou moins, produit dans l'estomac une espèce de suie malfaisante.
Les personnes grasses, replètes et incommodées par les glaires, peuvent s'en trouver bien , puisqu'il les fait expectorer, mais il est certainement très-pernicieux à tous les individus maigres, rachitiques ou d'un tempérament nerveux qui, sous prétexte de se désennuyer, fument du matin au soir.
Souvent même il finit par les réduire à cet état d'hébétement ordinaire aux Chinois saturés d'opium.
Vous donc, Pères de famille , que les excentricités n'amusent pas en général , ayez grand soin d interdire le tabac à vos enfanU, et dites-leur bien que tous ces gamins et ces polissons que nous voyons journellement circuler dans les rues, une pipe à la bouche, n'inspirent aux gens raisonnables qu'un sentiment de pitié tant ils ressemblent à ces singes ou à ces pauvres chiens grotesquement habillés que des bohémiens armés d'un fouet font danser dans les carrefours pour avoir un sou des passants.
Quant aux Demoiselles qui fument dans les hôtels garnis, dans les cafés, dans les estaminets, etc., ce sont des Filles ! On n'en parle pas.
Il y a mille autres préceptes d'hygiène de ce genre
qu'il serait bon d'indiquer encore, mais leur développement nous conduirait trop loin.
Nous demandons toutefois pardon au* savants des hérésies que nous pourrions avoir commises dans les petits détails dogmatiques, philosophiques, historiques, physiques, astronomiques, anatomiques et sanitaires que nous avons donnés dans ce Manuel.
Nous ne nous sommes pas également toujours servi des expressions consacrées par la science, mais c'est autant parce que nous ne les connaissons point nousmême que parce que nous avons craint de ne pas nous faire assez comprendre de nos jeunes lecteurs.
Cependant, comme dans un Ouvrage destiné à l'instruction publique il ne doit point se trouver d'hérésies ni d'erreurs, tout du moins grossières, nous prions les hommes polis et compétents qui daigneraient nous faire quelques observations sérieuses à ce sujet, de vouloir bien nous les adresser, soit directement à notre domicile (rue Neuve-du-Maine n° 1 , \ ie arrondissement;, soit chez MM. Larousse et Boyer, nos éditeurs, et nous en prendrons bonne note pour une seconde édition.
NOTES SUR LES SUPERSTITIONS POPULAIRES, etc.
(1) Le Sang qui , dans l'homme et tous les mammifères , se compose d'un liquide jaunâtre, appelé sérum, et d'une infinité de corpuscules rouges et circulaires, dits globules, loin de rester en repos dans l'intérieur du corps, comme on l'a cru longtemps , avant Hervey, y est , au contraire , en mouvement perpétuel ; et, traversant, avecune régularité aussi précise que rapide (quand il n'en est pas ainsi , il y a fièvre ou atonie chez les individus), tous les organes qu'il sert à nourrir, court, vingt fois au moins en une minute, se mettre en contact avec l'air dans l'appareil respiratoire pour retourner aux susdits organes. C'est le cœur qni , par deux oreillettes , formant une espèce de soupape , donne au sang cette impulsion dans les artères et les veines ; les artères le portent du cœur dans toutes les parties du corps, et les veines le rapportent immédiatement de ces organes vers le cœur.
(2) C'est dans cette pensée , et pour nous imposer une espèce de pénitence, bien légère à la vérité pour les riches, mais assez gênante pour les pauvres et les familles nombreuses, que l'Eglise nous ordonne par son cinquième Commandement de faire maigre le vendredi ; elle y a joint le samedi, et peut-être a-t-elle eu tort, mais l'Eglise est infaillible.
(3) Les Romains , avant de rien entreprendre de sérieux pour l'Etat, consultaient non-seulement les entrailles des victimes immolées dans les temples de leurs Dieux , mais encore des poulets sacrés ; à ces différents cultes étaient attachés des prêtres qu'on appelaient augures ou aruspices. Si le sang coulait abondamment du corps des victimes sur l'autel, ou si les poulets mangeaient avec avidité , le présage était heureux; dans le cas contraire, il était sinistre. Le général Mennennius, devant un jour livrer une grande bataille, consulta les susdits Poulets, qui, au dire des augures, ne voulurent pas manger. Qu'ils boivent
donc I s'écria-t-il en les faisant jeter à la mer; puis il attaqua l'ennemi et le délit complètement.
(4) La Terre tourne autour du soleil en 365 jours, 5 heures» 48 minutes, qui forment une année, et elle tourne, en même temps, une fois sur elle-même en 24 heures, qui forment un jour.
(5) Le 21 juin, premier jour de l'été, et pour la France le plus long de l'année , le Soleil reste pendant 16 heures sur l'horizon , et nous n'avons, par conséquent, que 8 heures de nuit, et même que 6 heures, en tenant compte de l'aurore et du crépuscule. Les jours commencent à diminuer le 22, car il n'y a jamais, quoiqu'on le croie encore généralement, un seul instant darrêt; la diminution graduelle , par exemple , est très-peu sensible dans le commencement.
Le Solstice d'hiver a lieu le 21 décembre, premier jour de l'hiver, et pour nous le plus court de l'année, car il n'a que 8 heures contre 16 heures de nuit ( aurore et crépuscule compris) ; le lendemain, 22, ils augmentent graduellement d'autant de minutes qu'ils ont diminué au solstice d'été, et ainsi de suite.
On appelle Equinoxe le moment où le jour est égal à la nuit, 12 heures chacun : le 21 mars , commencement du printemps, et le 21 septembre, commencement de l'automne. C'est aussi l'époque des grandes tempêtes et des grandes marées de l'Océan. Les Marées sont des pressions périodiques de la lune sur la pleine mer qu'elle fait refluer sur ses rivages.
(6) Hydrophobie signifie horreur de l'eau : il y a dans tous les globules de sang de la race canine (chiens, loups, renards', un animalcule du genre vipère qui , dans certaine saison de l'année , leur échauffe le sang d'une manière terrible et les met dans un état de souffrance indescriptible; alors la vue de l'eau augmente leur fureur; la bave leur bouillonne dans la gueule; ils éprouvent un besoin continuel de mordre, et les morsures qu'ils font communiquent le vice de leur sang à celui des hommes : c'est cette bave qu'il faut enlever n'importe comment.
(7) « Dernièrement, un médecin de Vienne, le docteur F..., a fait une intéressante expérience , à l'effet de rechercher quelle influence la simple crainte d'une maladie contagieuse peut exercer sur un homme en parfaite santé. Après en avoir
obtenu l'autorisation en lieu compétent, le docteur F... promit à un Condamné , robuste et bien portant, îa remise du reste de sa peine , s'il consentait à se mettre dans un lit où un Cholérique venait de mourir. S'il tombait malade, les plus grands soins lui seraient voués et plusieurs médecins le surveilleraient sans relâche. Le Prisonnier consentit, après quelque hésitation, à se soumettre à l'expérience, qui commença aussitôt. Au bout de quelques heures, tous les symptômes du Choléra se manifestèrent , et notre homme eut à subir une attaque formelle. Il fut soigné avec la plus grande attention , et l'on réussit bientôt à le guérir complètement, grâce surtout à sa forte constitution.
« Mais quelle fut la surprise générale lorsqu'on apprit qu'il n'avait nullement été mis dans le lit d'un cholérique ; on le lui avait fait croire , afin d'observer l'effet de l'imagination et de la peur sur l'organisme.
« Cela rappelle une expérience tentée , il y a environ quinze ans , en Angleterre, sur un Condamné à mort, auquel on promit de transformer l'horrible exécution par strangulation en une mort plus douce, en lui déclarant qu'après lui avoir bamJé les yeux, on lui ouvrirait les veines. On fit devant lui tous les préparatifs nécessaires. Après qu'on lui eut bandé les yeux , le médecin feignit de commencer Topération. Mais, au lieu de son sang, ce fut de l'eau qu'on fit couler en légers filets. Le condamné, persuadé que sa vie s'en allait avec son sang, expira au bout de quelques heures, tué par son imagination seule. »
(Extrait du Journal de Francfort.)
(8) Le Coran prescrit impérieusement aux fidèles Musulmans de traiter avec douceur leurs animaux domestiques ; aussi , à Constantinopîe , à Damas, au Caire, à Alexandrie, les chiens errent en masse et librement dans les rues ; sur les bords du Nil, où ils se prélassent par milliers au soleil, on leur porte à manger et surtout à boire pour les préserver de la rage. Les chats y sont de même regardés comme très* utiles pour détruire les rongeurs qui foisonnent généralement dans toutes ces villes construites en bois, et on les soigne en conséquence ; quand les cigognes viennent se percher sur le toit d'une maison, elles semblent apporter le bonheur aux habitants. En Algérie , au Maroc , à Tunis , à Tripoli , on a un soin tout particulier des troupeaux qui
sont, avec certaines productions territoriales, Tunique richesse de ces divers pays. Les Arabes surtout aiment les chevaux avec passion; un beau cheval fait leur joie sous la tente et leur orgueil dans leurs excursions vagabondes. Quant aux chameaux, ces navires du désert, ainsi appelés , à cause des immenses services qu'ils rendent aux caravanes qui cheminent, nuit et jour, à travers l'Afrique et l'Asie, tous les Orientaux les tiennent généralement dans une espèce de vénération autant par reconnaissance que pour honorer Mahomet qui, dans sa jeunesse, était chamelier (conducteur de chameaux).
(9) Gomme ce poëte célèbre se rendait un jour à l'île de Cos, son navire fut assailli par une violente tempête, et les matelots décidèrent entre eux de le jeter à la mer; Arion demanda un quart d'heure de répit pour chanter, comme le cygne, avant de mourir Sa prière étant exaucée, plus encore par curiosité que par commisération, il prit sa lyre , et à peine en eut-il fait vibrer les cordes harmonieuses, qu'une troupe de dauphins accoururent à ses accents. Arion sauta sur le dos de celui qui dominait les autres, et, quelques instants après , le glorieux Cétacée déposait le Poëte sur le rivage voisin.
(10) C'est pour contraindre moralement , de temps en temps, les hommes au repos, que toutes les nations civilisées ont consacré un jour quelconque de la semaine à la célébration presque exclusive du culte divin , à savoir :
Le dimanche, par les Chrétiens; le lundi, par les Grecs; le mardi, par les Persans; le mercredi, par les Assyriens; le jeudi, par les Egyptiens; le vendredi , parles Turcs, et le samedi , par les Juifs.
(11) Il faut croire que ces Messieurs auront énormément abusé autrefois de cette liqueur , et que de là est venue la défense,
On trouve également étrange aujourd'hui celle que Moïse a faite jadis aux Hébreux de manger la chair de porc ; mais qu'on se porte au temps où ce grand Législateur établissait sa religion : alors, dans toute la Syrie, la Judée et les pays circon voisins , les porcs étaient ce qu'où appelle maintenant graines, ladres, et occasionnaient de terribles maladies, notamment la lèpre, et Moïse sera justifié.