‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 55 sur 55 · LES LIVRES · texte numérisé non relu

LES LIVRES

APOLOGUE QDI SERTIRA D'ÉPILOGUE A CET OUVRAGE.

Un Négociant fort honorable, maisn'ayant tout juste que l'intelligence du commerce, héri a un jour, par la mort de son frère , d'une bibliothèque complète où, à côté de la Bible et des Evangiles, à côté d Homèreetde Platon, de Virgile, Tacite, Cicéron, le Dante, Milton, le Tasse, Bossuet, Fénelon, Corneille, Molière, Racine, La Fontaine, Montaigne, Pascal, Montesquieu, Buffon, Laplace, Cuvier, Jussieu, etc., se trouvaient : et l'ignoble po'ëme de Parny, et l'infâme poëme de Voltaire , et les ordures de Piron, et tous les romans de la Régence, et toutes les turpitudes des jours suivants, et tous les feuilletons excentriques modernes.

Cet homme avait deux fils pleins d'intelligence et une fille charmante qui, tous trois, faisaient sa gloire et son bonheur.

Il leur abandonna imprudemment les livres de la succession, et, soudain, l'Aîné des enfants, étudiant avec amour tous les ouvrages qui pouvaient former son esprit et son cœur, devint en peu de temps undes meilleurs élèves de son collège, et plus tard, un homme de bien et distingué sous tous les rapports.

Le Cadet, au contraire, ne trouvant de charmes qu'aux ouvrages immoraux qui parlaient à ses passions, se lia bientôt par cette même raison, avec une foule de mauvais sujets qu'il aspira encore à surpasser en inconduite. Il réclama, k sa majorité, la fortune de sa mère, et il la dissipa rapidement dans les orgies les plus dégoûtantes.

Les conseils, les remontrances, les prières, ne purent rien sur cette Ame prématurément gangrenée, et il fut perdu pour toujours.

Le Négociant désolé rougissait pour son fils et pour

lui-même de tant d'abjection, lorsqu'un beau matin, sa fille, la tête pleine de toutes les jolies choses qu'elle avait admirées dans Crébillon, Diderot, Louvet, Pigault Lebrun, PauldeKock, etc., disparut avec un séducteur pour aller faire un voyage sentimental à Greetna-Green(\).

Le pauvre père ne put supporter ce dernier coup et tomba gravement malade; cependant les secours de l'art et plus encore les tendresses de son fils aîné parvinrent à le sauver.

Comme un jour il déplorait son malheur en présence d'un ami éclairé : C'est votre incurie seule, lui répondit celui-ci, avec une franchise affectueuse, qui a perdu votre famille l La bibliothèque de votre frère était une pharmacie où , à côté de la case, de la manne , du quinquina et du séné, se trouvait une grande quantité d'opium , d'arsenic et de morphine, et vous avez fatalement livré la clef de cette boutique à vos enfants.

(1) Petite ville d'Ecosse où un Forgeron qui, en 1277, avait donné l'hospitalité au Roi d'Angleterre, égaré à la chasse, et avait ferré son cheval, obtint de lui, à perpétuité, pour ce service , le droit de marier légalement, et sans au« cun besoin de consentement de parents, tous les individus qui se présenteraient à cet effet devant sa forge avec deux témoins, et d'en procurer même au besoin à ceux qui n'en auraient pas.

Inutile de dire que les Mariés ainsi, ne sont pas tellement rivés l'un à l'autre par cette auguste cérémonie , que l'un des deux ne puisse, aussitôt qu'il le juge à propos, convoler à d'autres noces plus légitimes.

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