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L'hybridation chez les Scilles

Rien ne renseigne mieux que l’hybridation sur les liens de parenté qui existent entre les plantes. On peut être sûr, en effet, que si deux espèces se croisent, c’est qu’elles sont affines, fussent-elles très éloignées dans la classification. Celle-ci a beau s’efforcer d’observer l’ordre naturel, elle est souvent en défaut. Cela tient à ce qu’elle se base presque exclusivement sur des caractères extérieurs empruntés le plus souvent à la structure florale : les ressemblances sont quelquefois significatives, il peut aussi bien n’y avoir que pur phénomène de convergence. Hutchinson proposait naguère de ranger les Âllium parmi les Amaryllidacées, à cause de leur mode d’inflorescence en ombelle sous-tendue par une ou deux bractées. A quoi on objectait que les Amaryllidacées sont à ovaire infère tandis que les Allium sont à ovaire supère et qu’il n’y a aucune raison d’accorder plus d’importance au mode d’inflorescence qu’à la position de * l’ovabe. L’étude du contenu glucidique ne tranchait pas le différend. Mais il est une chose certaine, c’est qu’il n’existe pas d’hybrides entre les plantes qu’on prétendait rapprocher.

Tant qu’il ne s’agit que de faire choix d’un classement commode, libre à chacun de donner la préférence à tel ou tel caractère. Une Graminée, par exemple, qui par certains côtés se rapproche des Fétuqués et par d’autres des Bromes, qui a d’ailleurs le port de Br ornas asper Murr., pourra s’appeler indifféremment BromuS giganteus L. ou Festuca gigantea Villars. Yeut-on, au contraire, la classer en tenant compte de ses affinités, il faudra dire nécessairement Festuca gigantea , et cela pour deux raisons : la fructosane qu’élabore cette Graminée est celle des Fétuqués, nullement celle des Bromes ; en outre, la plante s’hybride avec les Fétuqués, voire avec les Lolium qui ont même réserve glucidique, jamais avec leè Bromes 1 .

Bien des observations de ce genre ont déjà été faites, d’abord parce que la facilité relative avec laquelle on peut atteindre les glucides des végétaux se prête à ces recherches, ensuite parce que la nature de la réserve glucidique, souvent importante, traduit mieux

1. H. Belvai. et A. de Cugnac, C. R. Ac. Sc., 1940, 211, 568,

Bulletin du Muséum, 2 e série, t. XVIII, n° 3, 1946.

que toute autre substance la physiologie de l’espèce. Les plantes à fructosanes notamment ont fait l’objet d’intéressantes recherches qui comptent parmi les plus instructives pour ce qui est de l’influence du chimisme sur l’hybridation.

Qu’en est-il, à cet égard, des Scilles, ce mot étant pris dans son sens le plus large ?

Toutes les Scilles ont un bulbe riche en fructosane. Les unes élaborent à la fois amidon et fructosane, les autres ne contiennent que de la fructosane, exception faite pour quelques granules amylacés qui se rencontrent toujours à la base du bulbe. Ce fait seul suggérait diverses expériences d’hybridation que H. Colin ne manqua pas d’entreprendre. Une mort prématurée ne lui ayant pas permis d’en voir ni d’en publier les résultats, nous en donnons ici l’essentiel.

Le type des Scilles Sans amidon est la Jacinthe des bois, Endymion nutans Dum. Sont également sans amidon les plantes à fleurs campanulées que les horticulteurs désignent sous les noms de Scilla campanulata Ait., très belle espèce dont la variété à fleurs roses a seule été utilisée, Scilla hispanica Mill., à fleurs mauves rayées de bleu, fleurissant dès la fin de mars, à laquelle se rattache probablement une variété, étiquetée Scilla maxcima, sans autre indication, fleurissant une quinzaine de jours plus tard et remarquable par son extrême robustesse et la couleur bleue de ses anthères.

. Chimiquement, ces espèces sont très proches. Outre que le bulbe ne renferme pas d’amidon, les fructosanes sont identiques. H. Colin a préparé celle de la Jacinthe des bois : c’est une substance blanche, insipide, non hygroscopique, assez peu soluble, très lentement et incomplètement saccharifiable par les extraits de levure, de pouvoir rotatoire —-43 et —86 avant et après hydrolyse par les acides. Nous avons nous-mêmes préparé les fructosanes des autres Scilles : S. campanulata, S. hispanica et S. maxima ; elles se sont révélées identiques à la précédente.

Par ailleurs, il y a entre ces espèces bien d’autres points communs que Chouard a relevés dans son travail sur les « Types de développement de l’appareil végétatif chez les Scillées » x , auquel nous aurons souvent recours ; ceux-ci, entre autres : les plantules sont à cotylédon hypogé, longuement engainant, le bulbe tuniqué est à renouvellement annuel total.

Les nombres de chromosomes sont les mêmes pour Endymion nutans, Scilla campanulata et S. hispanica : 2 n = 16.

Il aurait été surprenant que ces plantes ne se croisent pas entre elles. En fait, H. Colin a réalisé les croisements suivants dont les premières fleurs apparurent en 1944 :

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