P. Chouard, Ann. Sc. Nat., Bot
Endymion nutans X Scilla maxima Scilla campanulata X Endymion nutans S. campanulata X S. maxima
S. maxima X S campanulata
Les hybrides sont actuellement très vigoureux et leur nature ne fait aucun doute. Sans entrer dans le détail, voici quelques caractères distinctifs faciles à observer dans l’inflorescence et la fleur chez les parents |
Endymion nutans : inflorescence penchée ; fleurs mauves rayées de bleu, en tube allongé, non évasé, longues de 15 mm. ; extrémité des pièces du périanthe enroulées en dehors; anthères jaunes; ovaire bleuâtre.
Scilla maxima : inflorescence dressée, très robuste ; fleurs mauves rayées de bleu, campanulées, longues de 15 mm. ; extrémité des pièces du périanthe recourbées en dehors ; anthères bleues ; ovaire blanc.
Scilla campanulata : inflorescence dressée ; fleurs roses, campanulées, très ouvertes, longues de 6 mm., extrémité des pièces du périanthe réfléchies en dehors, non enroulées ; anthères jaunes ; ovaire rose.
Et voici maintenant ce qu’il en est des hybrides relativement aux mêmes caractères : ^
1. Croisement Endymion nutans X Scilla maxima : inflorescence dressée ; fleurs campanulées, mauves, longues de 10 mm. extrémité des pièces du périanthe recourbées en dehors, non enroulées ; anthères bleues ; ovaire blanc. L’influence de Scilla maxima est nettement dominante ; la taille toutefois reste très inférieure.
2. Croisement Scilla campanulata X Endymion nutans : inflorescence dressée ; fleurs roses, rayées de bleu, en tube étroit long de 10,à 12 mm., ou bien fleurs roses, campanulées, évasées, longues de 8 mm. ; extrémité des pièces du périanthe recourbées en dehors, jamais enroulées même là où la ressemblance avec la Jacinthe des bois est la plus manifeste ; ovaire bleu ou rose. Il y a donc ici un curieux mélange, certains pieds se rapprochant davantage de Scilla campanulata , d’autres des Endymion nutans ; il arrive aussi qu’on trouve les deux sortes de fleurs sur la même inflorescence.
3. Croisement Scilla campanulata X Scilla maxima : fleurs campanulées, mauves, rayées de bleu, nettement plus petites que celles de S. maxima ; anthères bleues ; ovaire blanc.
4. Croisement Scilla maxima . X Scilla campanulata : fleurs campanulées, mauve-pâle, rayées de bleu, longues de 10 mm. ; souvent les étamines fixées sur les pièc’es externes du périanthe ont les anthères jaunes tandis que celles qui sont fixées sur les pièces internes les ont bleues ; ovaire blanc.
Bulletin du Muséum, 2 e série, t. XYIII, n° 3, 1946. 19
Il apparaît ainsi que ces espèces à bulbe non amylacé, à développement * végétatif semblable, qui présentent le même chimisme et s’hybrident sans difficulté les unes avec les autres, constituent un groupé tout à fait à part et très homogène. Chouard les retire du genre Scilla tel que le concevait Baker, genre un peu vaste et quelque peu disparate, pour en faire un genre très distinct, le genre Endymion. Rien n’est plus justifié.
Les Scilles à bulbe amylacé diffèrent des précédentes par tout l’ensemble de leurs caractères. Celles qui forment le sous-genre Euscilla, au sens de Chouard, ont desplantules épigées à cotylédon assimilateur très brièvement engainant ; le bulbe écailleux est à renouvellement progressif plurannuel ; elles comprennent, entre autres, les espèces suivantes : S. bifolia L., S. sibirica And., S. cilicica Siehe. Ces plantes ne se croisent ni avec la Jacinthe des bois ni avec aucun autre Endymion ; ce qui ne surprend pas beaucoup. Mais elles ne se croisent pas davantage entre elles, malgré la convergence frappante de leurs caractères extérieurs qui porterait à en faire des espèces très affines. A quoi chacune de ces Scilles doit-elle d’être si nettement séparée de ses voisines ? A son caryotype ou à son chimisme? Les caryotypes ne sont certainement pas les mêmes : S. bifolia a. 20 chromosomes, ou 18, S. cilicica en a 12, S. sibirica en a 12 ou 16. Quant aux fructosanes on ignore tout à leur sujet, faute de pouvoir récolter le matériel en quantité suffisante pour préparer un produit pur.
Le genre Chionodoxa Boiss. a été séparé des Scilles et rapproché des Jacinthes à cause de son périanthe soudé en cloche à la base, de ses étamines à filets courts, élargis, pétaloides. Néanmoins, la plantule est épigée à gaine cotvlédonaire courte, le bulbe amylacé est plurannuel et la hampe florale privée de bractées, caractères qui rappellent ceux des Euscilla. Or Chionodoxa Luciliae Doiss. qui fleurit en même temps que S. bifolia , au premier printemps, se laisse facilement polliniser par cette dernière. En réalisant ce croisement, l’un des plus typiques parmi les croisements intergénériques, H. Colin ne faisait que répéter, sans le savoir, le croisement naturel que J. Allen avait observé dès 1891, dans son jardin. L’hybride, pour lequel Allen créa le nom de X Chionoscilla, et que l'année suivante Gumbreton nommait X Chionoscilla Alleni, portait des fleurs d’une seule couleur, bien qu’un peu plus pâle au centre ; aucune ne présentait le centre blanc des Chionodoxa qui n’apparut qu’à la seconde génération x . Chose curieuse, en 1892, un nouvel hybride naturel fut découvert par Whittall sur les flancs du Mont Taurus parmi les Chionodoxa de cette localité ; c’est qne plante très rare issue du croisement entre Chi’odonoxa sardensis ïlort. et Scilla