‹ L'hybridite dans la natureChapitre 13 sur 21 · CH TUE · texte numérisé non relu

CH TUE

mâle Pinson spodiogène qui, lorsqu'il fut tué, paraissait accouplé avec une femelle de Pinson ordinaire (1).

M. Lemeiteil, de Bolbec, a donné, dans son Catalogue raisonné des oiseaux de la Seine-Inférieure (2), la description d'un moineau abattu par lui en décembre 1868. Cet oiseau, « par la taille, les caractères zoologiques et le mode de coloration », paraît un intermédiaire entre le moineau ordinaire etle friquet. Nous avons obtenu cette année deux jeunes du croisement de ces deux espèces, nous nous proposons bien d'aller quelque jour les confronter avec l'exemplaire de M. Lemeiteil.

Les Annali del museo di storia naturale di Genova donnent de longs détails sur deux espèces de Paradisea, le P. raggiona (Sclal) et le P. apoda (Linn.), qui doivent s’'accoupler. Les exemplaires cités par MM. Salvador: et d’'Albertis présentent, d’après ces auteurs, tous les caractères qui peuvent les faire considérer comme hybrides des deux espèces. M. le D° Lorenzo Camerano (3) nous a fait savoir que le musée zoologique de Turin possède un de ces oiseaux {4). Nous devons aussi à lobligeance de M. Oustalet de savoir qu'un autre individu de la même provenance est conservé dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Un troisième nous est signalé par M. le professeur Sordelli dans la collection Curati à Milan. Ces hybrides paraissent se rencontrer dans la Nouvelle-Guinée. |

En 1882, M. Henry Seebohm exposa à la Zoological Society de Londres une série de formes intermédiaires entre Carduelis caniceps et C. major obtenues à Krasnoyarsk, dans la Sibérie centrale. La même année, il fit paraître dans l'/bis un article intitulé : On the interbreeding of Birds (5), oùil énumère plusieurs genres de croisements.

(1) Ornithologie européenne.

(2) Rouen, t. IL, p. 83.

(3) Du musée 200logique de Turin, pr de la Société zoologique de France.

(4) Décrit dans Ornitologia della papiosa, vol. IT, pp. 620-693.

Les uns serapportent aux Shrikes (pies-grièches), les autres aux Dippers (merles plongeurs), les troisièmes aux Goldfinches (chardonnerets). Cet auteur pense que du Lanius eæcubitor se sont détachésle L. major et le L. leucopterus(1). Dans le nord-est de l’Europe, on trouve des formes intermédiaires entre ce dernier et L. leucopterus. Il présume aussi que le Cinclus cachemiriensis forme, en s’unissant avec le ©. leucogaster, une génération intermédiaire ; parce que, dit-il, on trouve depuis le lac Baïkal jusqu'aux monts Altaï l’une et l’autre forme extrême aussi bien que les formes intermédiaires. Il a eu dernièrement l’occasion d'examiner une grande quantité de Cinclinés envoyés des monts Altaï par le collecteur sibérien Her Tanere, de Anclam, et 1l apprit que dans l'extrémité sud de ces monts le C. cachemiriensis est en contact avec le C. sordidus, avec lequel 1l paraît évident qu'il croise, parce qu'encore ici on rencontre aussi bien les formes intermédiaires que les formes extrêmes.

M. Secbohm avance enfin que le cas des Goldfinches (chardonnerets), où les formes extrêmes s'unissent, est un cas exceptionnel, mais les cas où les individus de chaque vallée s’allient à leurs voisins immédiats ne sont pas rares. Nous ignorons où cet auteur a puisé ces derniérs renseignements, et si son dire est le résultat deses observations personnelles ; ce que nous pouvons avancer, c’est que dans les divers musées d'Europe ces formes intermédiaires ne se rencontrent presque jamais; beaucoup de conservateurs ou directeurs de ces musées nous ont donné des renseignements très précis, et nous avons appris que leurs collections en sont à peu près dépourvues.

Toutefois, si nous ne pouvons admettre la fréquence de ces croisements, nous ne voulons pas en nier absolument la possibilité, surtout parmi les variétés d’une même espèce. M. Michel Menzbier, dans une conférence à la

(1) Nous faisons observer ici que MM. Degland et Gerbe, Ornithologie européenne, t. I, p. 221, 1867, coruprennent dans une seule espèce le Lanius excubitor de Linné etle Lanius major de Pallas,

Société zoologique de France (1), à fait connaître des faits du même ordre. C’est ainsi qu’il a recueilli une série d'exemplaires de Mésanges qui, d’une part, présentent les caractères du croisement des ©. Pleski et des C. cyanus et, d'autre part, ceux du croisement de ces hybrides et des C. cyanus ; ces individus ont été capturés dans la contrée où les ©. cyanus et les C. Pleski nichentensemble ; ils présentent une série de formes intermédiaires entre ces deux espèces. Sur cinq cents exemplaires de C. Cyanus que M. Menzbier possède, il a dix exemplaires de C. Pleski et cinq autres de ceux qu'il est enclin à envisager comme des hybrides produit de croisement de cyanus et pleski. D'un autre côté, les ©. Pleski se rapprochent, par leurs: stations et leurs habitudes, à un tel point des C. cæruleus, qu'on ne devra pas s'étonner, ajoute le savant professeur, si des observations ultérieures prouvent que ces Mésanges se croisent entre elles et produisent des hybrides.

Il dit aussi que les C. Pleski et les C. flavipectus, en se croisant dans diverses régions avec les C. cyanus, donnent naissance à des hybrides; ce qui contribue à l'extension des C. Pleski et des C. flavipectus et à la prépondérance des ©. cyanus. Ces deux formes s'accordent toutefois à un tel point dans les traits typiques de leur coloration qu'il est très difficile d'indiquer les caractères d’après lesquels on pourrait distinguer les hybrides.

Dans le groupe des gorges-bleues, M. Menzbier trouve encore un autre exemple de croisement. Pour lui les trois variétés qui composent ce groupe, c’est-à-dire les C. Wolffii, les C. leucocyana et les C. suecica, ne peuvent être réunies en une seule espèce, parce que ces trois types occupent chacun pendant la période de nidification une région tout à fait distincte. Or, entre les C. Wolffu et les C. leucocyana, de même qu'entre les C!. leucocyana et les C, suecica, on trouve des individus aux caractères intermédiaires. Il s’est convaincu que chacune de ces

(1) Rev. scientif. du 26 avril 1884, p. 515.

classes d'intermédiaires ne se trouvent que dans la région où ses deux formes parentes séjournent ensemble. Mais pour beaucoup d'auteurs l'espèce appelée Cyanecula Wolffii par le pasteur Brehm ne serait autre que la C. suecica; du reste, les noms de Wolffii et de leucocyana désignent bien plutôt de simples variétés que de véritables espèces, variétés dépendant de l’âge et du sexe (1). Il s'agissait donc tout au plus, dans cette circonstance, de métis et non d'hybrides. Qu'on nous permette de faire la même remarque au sujet des Mésanges, notamment à ce qui concerne les C. Pleski et les C. flavipectus. M. Vian qui en possède plusieurs exemplaires dans sa collection est convaincu, nous écrit-il, que ce ne sont point deux espèces distinctes, mais des produits de la mésange bleue et de la mésange azurée ; ses spécimens tiennent plus ou moins des deux types, varient dans les emprunts qu'ils leur font, sont pleski ou flavipectus suivant qu'ils ont pris ou moins à P. Cœruleus où à P. Cyanus.

M. de Selys-Longchamps a bien voulu également nous faire connaître son opinion à ce sujet, pour lui, il n’y a jusqu'ici que deux espèces fondamentales: 1° Parus cæruleus, avec des races qui n’en diffèrent que par la nuance des couleurs, parmi lesquelles on doit compter Pleski ; et 2° Parus cyanus, dont flavipectus est une race. Quant au mélange entre ces espèces fondamentales, 1l le regarde comme accidentel et incapable de faire souche.

Nous avons vu dans la magnifique collection ornithologique de M. Noury à Elbeuf un type de mésange-nonnette, qui, présenté à une des réunions des Sociétés savantes tenues à la Sorbonne, n’a pu être rapporté à aucune espèce connue, mais qui certainement n’a rien d'hybride. D'un autre côté, M. Degland a conservé vivant pendant deux ans un individu chez lequel la forme Nonnette dominait manifestement, mais qui portait aussi des traces de la Mésange bleue ; M. Degland n'hésite pas à dire que cette

(1) Voy. Ornith. europ., pp. 436 et 434. 4

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dernière espèce s'allie quelquefois à la Nonnette vulgaire et que de leur union résultent des métis (1). Tout dernièrement aussi M. Th. Pleske, dans les Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg, t. XXXV, à parlé d'un hybride mâle de Parus borealis et de Lophophanes cristatus. Cet exemplaire, qui a été du reste mentionné plusieurs fois, a été acheté le 15 septembre 1880 sur le marché aux oiseaux de Saint-Pétersbourg, et est parvenu plus tard en la possession du musée zoologique de l’Académie impériale des sciences.

Les Sittelles présenteraient selon M. Menzhier des faits analogues. Celui-ci possède quelques exemplaires de Sittelles provenant de la Russie centrale, et il les considère comme produits du croisement de Sitla cæsia et de S. europea et de ces deux formes typiques avec leurs hybrides. Il fait remarquer que les Siftæ semblables à celles qu'il possède ne se rencontrent que dans les endroits habités par les deux formes.

Enfin, chez les Grarruliens, que nous aurions dû citer après les Corvidés (ons’estaperçu que nous n'avons point suivi pour les oiseaux la classification régulière ; nous avons préféré nommer les faits hybrides dans l'ordre à peu près où ils se sont produits), on a rencontré à l'état sauvage des individus tenant le milieu entre le Geaiï ordinaire (Garrulus glandarius) et le Geai à tête noire de Krymik ; mais Ceux-ci étaient peut-être des jeunes de l’année, il est du reste reconnu que le geai de Krymik n'est qu'une variété de la première espèce; Degland (Ornithologie de l’Europe,t. I, p.216), qui cite ce fait, s'est demandé si la Loxia rubri- fasciata (de la famille des Loxiens, genre Bec croisé), n’était point le produit d’un accouplement fortuit du Bec croisé ordinaire et du Bec croisé bifascié. Après diverses considérations, il pense que cet oiseau ne constitue qu'une variété accidentelle à laquelle il n’y a

(1) Ornithologie europ., t. I, p. 567. M. Hardy a reçu de Moscou un Pæcile à bec petit comme chez P. communis de France et dont la livrée est semblable à celle de P. palustris (ib., p. 561).

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par conséquent aucun rang à assigner. M. de Selys-Longchamps nous fait savoir qu'ilse rappelle avoir vu au Musée de Lausanne un Lamus, que lon croit hybride de L. rufus et L. collaris, exemple qui nous est confirmé par M. Nicoud, de Chaux-de-Fonds (Suisse).

Nous aurions encore à citer quelques autres exemples de croisements chez les Passereaux déodactyles.

Dans le genre Bruant par exemple, celui de l'Emberiza citrinellà et de l'Emberiza leucocephala. Le musée de Saint-Pétersbourg conserve un individu auquel on attribue cette origine. Il fut pris le 8 mars 1887 par le professeur Eversmann, aux environs de Kasan. D’après ses caractères variés, M. Th. Pleske, qui en a donné une longue description dans les Mémoires de l’Académie (1), dit qu'il est incontestablement un hybride de ces deux espèces ; il croit même pouvoir affirmer avec certitude qu'il a ea pour père l’Æ. citrinella. Son sexe n’est point connu, mais on suppose qu'il est mâle.

Disons encore que, dans la collection de M. de Selys- Longchamps, il existe un hybride pris à l’état sauvage de Spinus et de Chloris; dans celle du musée des Vertébrés de Florence, un de Carduelis elegans et de Chrysomitris spinus, venu de Spalatro (Dalmatie), en 1878; un autre de Ligurinus chloris et de Carduelis elegans ; enfin dans celle de M. le C*® Curati (2), aujourd’hui donnée au musée de Milan, on voit divers hybrides de Fringillés, dont les noms ne sont pas encore relevés (3).

Il nous reste maintenant à parler des croisements chez

les Passereaux zygodactyles et chez Passereaux syndactyles.

Nous n'avons pu découvrir que deux exemples d’hybridité chez ces derniers, parmi les Coracias. M. Blyth (4)

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