OISEAUX
On ‘n’a presque jamais pu surprendre des oiseaux d'espèce différente accouplés, mais on a rencontré des individus dont la forme et le plumage paraissaient dévoiler une double origine.
Ces remarques ont été faites dans les ordres des Passe-
(1) Parce qu'il l'a dédiée au D' Trouessart, qui lui a fourni les indications nécessaires à ses recherches.
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reaux, des Palmipèdes, des Échassiers et des Gallinacés. Nous ne croyons pas devoir nommer l’ordre des Colombes, le seul exemple que nous connaissions dans cette division ne pouvant guère se rattacher à l’hybridité : il s’agit en effet des Bisets à croupion blanc et des Bisets à croupion bleu, qui se reproduisent ensemble dans les contrées où ces deux variétés se rencontrent (1).
M. le professeur comte Tomaso Salvadori a cependant parlé, dans sa Faune d'Italie (Oiseaux IT, p. 180), ‘d'un individu qui fut tué dans les environs de Turin au mois d'octobre 1870 et qui se rapporte à la description que M. degh Odi a faite d’un hybride de Turtur auritus et de T. r'isorius (2). Les détails que donne M. Salvadori s’adaptent si bien au sujet décrit par M. degli Odi que celui-ci est porté à croire que cet oiseau est un hybride. M. degli Odi aurait-il raison, que lon ne pourrait encore ranger dans les hybrides naturels l'individu décrit dans la Faune italienne, puisque le T° risorius ne se rencontre pas à l’état sauvage en Italie.
Ajoutons que Blyth (Journ. of the Asiatic Soc. of Bengal, vol. XIV, année 1845) a dit qu'il avait quelques raisons de suspecter des croisements entre les Trerous phænicoptera et chlorogaster de l'Inde: mais il ne cite aucun exemple ; c’est une simple supposition qu'il se permet de faire.
Passereaux.
Les premiers hybrides des Passereaux déodactyles à l'état libre que la science paraît avoir enregistrés sont ceux des Corneilles noires et des Corneilles mantelées.
(1; Voy. Degland, Ornith. europ., t. Il, p. 11. 1867.
(2) Nota sopra un ibrido artificiale di Turtur auritus Ray, con un T. risorius Lin. Rovigo 1885. Voy.aussi ATENEO VENETO, gennaio-febbraio 1887 : Note ed osservazioni sopra un ibrido non ancora descritto e sul! ibridismo in generale.
Avant Temminck, Brehm, Naumann, qui ont parlé de ces croisements, Buffon avait émis l'opinion que la Corneille mantelée n’était qu'une race métisse produite par le mélange du Freux {Corvus frugilequs) avec la Corneille {C. corone); les anciens n'ayant ni connu, ni nommé la Corneille mantelée, il en concluait que cette race n'existait pas de leur temps. Mais Temminck dit positivement que la Corneille noire et la Corneille mantelée s’allient quelquefois ; qu'elles produisent des métis qui tiennent de l’une et de l’autre espèce ; que ceci a lieu dans les contrées méridionales et orientales de l'Europe où la Corneille noire est rare.
Naumann donne à ce sujet de très longs détails. Il constate ces accouplements ; les hybrides qui en naissent sont eux-mêmes féconds. — « Il ne faut pas croire, dit-il, que cela soit rare et exige un concours de circonstances particulières ». — Des faits de ce genre se produisaient en effet chaque année chez lui. Son père, chasseur-naturaliste de grand mérite, avait déjà rassemblé une foule d'observations. Les observations personnelles de Naumann sont venues depuis les confirmer, en sorte que ses assertions reposent sur cinquante années de recherches; 1l pourrait citer un grand nombre d'exemples. — Il a constaté en plus que les produits qui naissent de ces unions s'unissent entre eux ou avec les espèces mères ; 1l est presque impossible de trouver un hybride complètement semblable à un autre. Ils se rapprochent de l’une ou de l’autre espèce.
Le Magazine of natural history, 1836 (1), mentionne aussi ces croisements; la même revue 1837 en parle de nouveau. L’/sis de 1828 en fait aussi une vague mention, page 25. Le Field Naturalist (2) remarque que rien n’est plus commun dans quelques parties du nord de l'Écosse. D'après Tschusi (3), la forme pure des Corvus cornix serait même, dans les environs d’Arnsdortf, actuellement dispa-
(2) Vol. I, p. 279.
(3) Journal für Ornithologie, pp. 240-241. 1869.
rue ; tous les exemplaires qui s’y trouvent sont des formes intermédiaires entre le C. cornix et le C. corone. Cet auteur, dans le même journal en 1871, confirme ces renseignements (1). Il n’a jamais remarqué à Salzbourg de Cornix de race pure, il lui est arrivé plusieurs fois de voir le Corvus corone, qui, en plus de sa couleur gris-noir, avait aussi des parties noires. Lors de son séjour en Styrie, M. Menzbier eut l'occasion de voir un grand nombre d'exemplaires de Corneilles mantelées et de Corneilles noires ; il s’est convaincu que le nombre des C. cornix surpasse de beaucoup le nombre des ©. cornix typiques. D’après M. Sewertzow, la coloration intermédiaire n’est pas héréditaire chez ces hybrides qui reprennent vite les couleurs des deux espèces pur sang, dès la deuxième génération au plus tard, dit-il, plus souvent dès la première. Beaucoup de collections particulières possèdent des hybrides de ce genre, mais nous désirons appeler l'attention sur deux individus (mâle et femelle), figurant aujourd’hui au musée de Florence, qui ont été pris, l’un en Toscane en 1870, l’autre à Turin en 1882 (2).
Nous ajoutons qu'après un examen approfondi des Corneilles noires et des Corneiïlles mantelées, Naumann n’a trouvé aucune différence dans la structure de ces deux espèces, dans leur manière de vivre, dans leur voix, dans la façon de faire leurs nids, dans la conformité de leur nature tout entière; aussi pense-t-il que ces deux espèces sont de simples variétés. Cependant, afin de ne pas introduire de changement dans la classification établie Jusqu'ici, il a maintenu les deux variétés comme espèces distinctes, et c’est à ce titre seulement que nous mentionnons les hybrides de ces oiseaux (3).
(1) Ornithologische Mittheilungen aus Oesterreich, par Victor Ritter von Tschusi Schmidhofen. 1871.
(2) Nous devons ce renseignement à l’obligeance de M. le professeur Giglioli.
(3) Les réserves faites par Faivre, Variabilité des espèces (p.126), et Godron (De l'espèce, p. 181) sur ces accouplements, ne sont, comme on le voit, aucunement justifiées.
La Corneille mantelée s’unirait encore avec le Corbeau (Corvus corax). L'Isis de 1828 en fait une vague mention (p. 25). Gerard (Dict. d'Orbigny, p. 445) rappelle ce croi-. sement (1). |
Dans son Manuel d'ornithologie(1820-1840), Temminck a parlé de croisements entre la Bergeronnette grise et la Bergeronnette lugubre, d’où résulteraient des individus tapirés de noir et de cendré clair. Is. Geoffroy Saint-Hilaire (2) remarque que ces croisements ne sont pas décrits avec la précision nécessaire. Ce qui est hors de doute d'après M. Degland (3), c’est que la Budytes flava et ses races ou variétés locales s’'accouplent entre elles. On a tué près de Lille un mâle de Budytes flava des mieux caractérisés accouplé avec une femelle de la Budytes Rayi, variété de cette dernière.
M. Th. Pleske a décrit l’année dernière, dans un mémoire lu le 28 avril à l'Académie des sciences de Saint- Pétersbourg (4), une Lavandière jaune qu’il croit provenir de la Motacilla flava et de la Motacilla melanocephala. Cette Lavandière fut prise par M. Karelin le 8 avril 1854, près de Gurjew. M. Th. Pleske suppose que la Motacilla flava est son père; on ne peut distinguer son sexe; d’après ses couleurs vives cet oiseau doit être un mâle. On sait que la Bergeronnette mélanocéphale n’est qu'une variété de la Bergeronnette printanière.
Gloger en 1825 signalait un hybride paraissant être le
(1) D’après M. de Quatrefages, Burdach a cité un croisement du Corbeau noir et de la Corneille mantelée qui a produit cinq hybrides, dont deux noirs, deux gris et un mixte. Nous n’avons trouvé, dans l'édition de 1838 que nous avons consultée, que ce passage : Parmi les oiseaux, on constate des bâtards de Corvus corone et de cornix. Le musée de Dijon posséderait deux Corneilles produites par le C. cornix et le C. frugilegus, suivant une communication qui nous a été faite par M. Collot, directeur du Musée; mais, comme ces deux exemplaires tiennent beaucoup plus de la première espèce que de la seconde, nous pensons qu'ils doivent être reportés aux produits ordinaires de cornix et corone. M. Sewertzow a recueilli, en hiver, dans le Turkestan russe, un grand nombre de métis de C. corone et C. orientalis.
(2) Hist. naturelle des règnes organiques, t. IT, p. 182.
(3) Ornithologie européenne, t. 1, p. 379.
(4) Beschreibung einiger Vogelbastarde, t. XXXV, n°5.
produit de l’'Hirundo rustica et de l Hirundo urbica. Ce spécimen fut envoyé à Naumann qui crut l'opinion de Gloger fondée. Cet oiseau présentait, en effet, dans plusieurs de ses parties un mélange des deux espèces. Il est représenté dans l'ouvrage de Naumann (1), et figure encore aujourd'hui, d'après la communication qui vient de nous être faite par M. K. Mœbius, dans les galeries du musée de Berlin. Ce fait n’est pas isolé, nous avons appris, grâce à l’obligeance de M. C. Emery, professeur de zoologie à l’université de Bologne, que M. le D" Fiori, de cette ville, possédait un hybride de Chelidon urbica et d'Hirundo rustica. Cet oiseau, tué à Catanzaro au printemps de 1884, sur les bords de la mer, était en compagnie de beaucoup d’T. rustica et de deux ou trois ©. wrbica; il paraissait être le seul de son genre. M. le D' Fiori, sur notre demande, nous en a adressé une description très détaillée que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici. Cette description avait déjà été communiquée à M. le professeur Giglioli, de Florence, qui s’était rallié à l'opinion de M. Fiori, et lui avait fait savoir qu'un autreexemplaire semblable existait à Bari chez M. le D' Romita. Celui-ci a été assez aimable pour faire exécuter deux aquarelles du sujet qu'il possède et nous les a adressées avec la description et plusieurs renseignements. Cet oiseau ressemble à celui qui a été donné au musée de Florence ; tous deux ont été pris au filet, dans les mêmes endroits, le premier à la fin d'avril 1872, et l’autre en 1873. M. le D' Romita les trouva tous les deux mâles, ayant les testicules bien développés et dépassant en dimension une graine de millet. Bec etiris noirs; sur le front une ligne très étroite, brunmarron comme la gorge jusqu'à la poitrine; sur la poitrine, quelques taches noirâtres; poitrine, abdomen et sous-caudales blancs, tirant légèrement sur le roussâtre aux flancs et aux sous-caudales ; parties supérieures du
(1) Naturgeschichte der Vügel Deutschlands, Leipzig, 1833.
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corps noires, à reflets violets ; croupion blanc avec petites taches noires ; tarses couverts dans la face interne de rares petites plumes blanches très étroites. Longueur 0",143. Rectrices externes dépassant les médianes de 0,035.
En 1834, M. Henry Berry a raconté, dans le Magazine of natural history (1), un fait singulier au sujet d’une Grive et d’un Merle qui, dans le jardin de James Hankin, à Ormskirk dans le Lancashire, se sont accouplés durant deux années successives. Les oiseaux élevèrent leurs couvées et les petits avaient les traits d'oiseaux hybrides. « Ce fait, dit l’auteur, était connu de bon nombre de personnes. » Macgillivray, dans son History of British Birds, t. II, London 1839, parle d’un fait semblable arrivé à Moss-Side en 1836. Il existe au Musée de Liepzig des hybrides de Turdus ruficollis et atriqularis, ainsi que de T. fuscatus et naumannii, communication qui nous est faite par M. le D’ Reichenow.
Le Magazine of natural history rapporte encore (2) qu’en 1838 un oiseau mâle, issu d’un Chardonneret et d’une Serine, s'étant échappé, on le vit l’année suivante revenir en compagnie d’un Chardonneret avec laquelle il construisit un nid dans un cèdre; cinq oiseaux naquirent de cette union. Un fait à peu près semblable se passait tout dernièrement chez M. de B., au château de Cerisay. Un couple de Calfats, sorti de ses volières, se croisait avec des oiseaux dont on ignore l’origine. On voit aujourd'hui plusieurs de ces produits, mais on n'a pas réussi à les capturer. Ils tiennent surtout du Calfat.
Crespon, dans sa Faune méridionale (1844) (3), parle d’une espèce de Merle azuré dont il ne connaît que le mâle. Il pense, par la description qu'il en donne, que cet oiseau est le produit de deux espèces différentes. Ses caractères semblent indiquer qu'il provient du Merle bleu et du Merle de roche.
(1) London, vol. VII, p. 598, n° 37.
(2) Année 1840, p. 424 sqq.
(C)TLp179;
Ce Merle fut tué le 28 septembre 1840, sur le mont Saint-Loup, près de Montpellier. Il a été reconnu depuis par d’autres ornithologistes pour avoir cette origine (1). Le prince Ch. Bonaparte n’a point cependant été de cet avis dans son Conspectus generum avium (2).
En mars 1853, on annonçait dans la Revue et Magasin de zvologie qu'un oiseau mâle, pris au filet dans les environs de Marseille, paraissait provenir du croisement du pinson ordinaire, Fringilla cælebs, et du pinson d’Ardennes, Æ, montifringilla (3).
Un an plus tard, deux autres hybrides, de même origine, l’un mâle, l’autre femelle, étaient pris aux environs d'Anvers, le premier pendant l'automne, le second durant l'hiver (4). Ces deux oiseaux sont conservés par M. Degland. Un hybride semblable se trouve dans la collecüon de M. de Selys-Longchamps. Cet oiseau a été décrit dans Bull. della Società veneto-trentina di Sc. nat. (Jun. 1880, p. 99). Un caractère appartient à montifringilla, le croupion blanc ; denx caractères à cælebs, le bout des deux rectrices blanc et les rémiges bordées de vert jaunâtre. Il fut pris, nous dit M. de Selys, pendant l'automne de 1879 par M. Romanese, de Levico. M. le professeur Giglioli nous informe que trois autres hybrides auxquels on attribue la même origine sont au musée des Vertébrés de Florence, et proviennent de la Toscane (1881-1886). Enfin dans le cabinet de M. Laurain, à Marseille, on voit un
(1) Voy. Degland et Gerbe, Ornith. européenne, p. 448.
(2) Voy. Revue et Mag. de Guérin-Menneville, p. x11-6. 1853.
(3) P. 117. On en donne une description; cet oiseau, mort en 1859, et qui ornait la petite collection de M. Laurain, paraît aujourd'hui, d'après une communication qui nous est faite par M. Marion, se trouver dans le musée de Marseille. Le Naturaliste (numéro du 15 octobre 1886) parlait à peu près dans les mêmes termes de la capture d'un chardonneret-linot pris au filet dans les environs de Montauban. Mais il y avait lieu à une méprise. Voyez le même journal, numéro 24, du 1°° mars 1888.
(4) Ce dernier fait est cité par MM. Degland et Gerbe, Ornithologie europ., t. II, p. 272.