‹ L'hybridite dans la natureChapitre 3 sur 21 · MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

MOLLUSQUES

L’hybridation ne paraît commencer à se manifester que dans l’'embranchement des Mollusques et d’une façon tout exceptionnelle.

Dans la classe des GASTÉROPODES, des accouplements ont été observés par M. Lecoq (6) entre les Helix nemoralis et aspersa, et la Clausilia papillaris et le Pupa cinerea (7). M. Gassiès a aussi parlé de l'union de lH aspersa avec lH nemoralis et TH vermiculata, et RU la nemoralis avec l’hortensis (8).

Thompson (Annal. and Mag. of nat. history, vol. x, 1832) déclare avoir vu plusieurs cas d’accouplement entre Littorina rudis et L. littoralis. M. Sauvage a observé les mêmes accouplements sur les côtes du Boulonais. (Journal de Conchyliologie, vol. xx1, 1873); et M. Battersby aurait fait des observations semblables en Irlande (Jeffreyes, British. Cocnhy. T. 11, p. 350, cité par Sauvage). M. Locard, (Études sur les Variations malacoloyiques, Lyon, 1881), a cité le croisement des Succinea putris et

(1) Comptes rendus Acad. des sciences, t. LXXVI, pp. 963 et suiv.

(2) Archives de zoo. exp. t. IL. ch. xv, p. 46.

(3) Comptes rendus Acad. des sciences, t. XCIV, pp. 1203 et suiv.

(4) Contribuzione alla fisiologia degli spermatozoidi, ZO0LOGISCHER ANZEIGER. Cité par MM. Hertwig.

(5) Experimentelle Untersuchungen über die Bedingungen der Bastardbefruchtung. Yena, 1885.

(6) Étude sur la Géog. bot. de l'Europe, t. I, ch. x, p. 209. Paris, 1834.

(7) Ce dernier accouplement a toutefois été observé dans un enclos à Anduze, (Gard), où la Clausilia papillaris avait été déposée quelque temps auparavant par M. le D' Mergue qui l'avait rapporté de Cette (Voy. Journal de Conchyliologie, t. 1I. Paris 1852).

(8) Beaucoup de naturalistes considèrent l'hortensis comme une variété de la-nemoralis, plusieurs les ont même réunies en une seule espèce. Sur des croisements de ce genre consultez encore Dupuy, Hist. nat. d. moll.; Menke, Zeit. Mala. 1845 et Rossmassler, Zcono, t. I,

C0 pe

S. Pfeiffri, plusieurs fois observé sur la Saône, celui d’un Arion empiricorum avec un. Limaxæ cinereus, celui d'un Limmea limosa avec un Limmea peregra. Dans ces trois cas l'acte de la copulation, dit ce savant, a été accompli, mais y a-t-il eu fécondation, c'est ce qu'il ne peut avancer, n'ayant point conservé suffisamment longtemps les mollusques.

M. Haldeman, dans une note envoyée à M. Morton (1), dit qu'il existe une variété presque intermédiaire entre l'Unio radiatus et VU. siliquoideus, ce qui lui fait croire que cette variété a une double origine. Cependant il déclare n'avoir jamais vu d’hybrides entre les autres espèces qui séjournent dans les eaux situées à l'est des Etats-Unis, quoique ayant toutes les facilités pour faire cette observation.

Il dit encore dans cette note que l’on trouve des individus intermédiaires qu’il est difficile, sinon impossible, de ranger soit dans les Paludina derisa, soit dans les P. ponderosa. Est-ce, se demande-t-il, à une union hybride qu’il faut attribuer la difficulté que l’on éprouve à distinguer ces deux espèces qui peut-être s'unissent dans une même localité ? — Ces conjectures ont été repoussées par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, comme ne reposant sur aucun témoignage digne de foi (2). — On peut en dire autant de l'opinion (3) qui attribue à l’hybridation les différents changements qui paraissent s’opérer dans les formes des escargots de la Nouvelle-Calédonie ; la chose est possible, mais l'expérience n’est pas encore venue la confirmer.

Un éminent conchyliologiste de Porto, M. Auguste Nobre, nous informe qu'il a observé également chez les Mollusques marins différents types qui présentent des

(1) American Journal of science (Silliman), 1847.

(2) Voy. Hist. générale des règnes organiques, t. TI, p. 186.

(3) Citée par M. Semper, Saminlung gemeinverst'indlicher Vorträge, x1v série, cahier 322 (Modern Thiergeographie),

caractères pouvant se rattacher à deux espèces distinctes; mais, ces espèces elles-mêmes étant sujettes à de grandes variations, il n’oserait dire si ces individus sont des hybrides ou des variétés. Il a vu, par exemple, des Fatella vulgata et des P. Tarentina qui présentaient des caractères se rapportant à l’une ou à l’autre de ces espèces. Il a encore observé des individus de T. uwmbilicatus avec certains caractères propres au T7. crassus. Mais M. Nobre, nous le répétons, serait bien embarrassé de dire si ces individus . doivent être rangés au nombre des productions hybrides. M. Friel nous écrit cependant avoir constaté que vers le Nord de la Norwège, dans des endroits où deux espèces se rencontrent pour se remplacer, des formes mixtes paraissent se produire. Voy. encore sur le même sujet Middindortff, Beit. zu. Mal Ross. IT, et Hartmann, Obs. in genus Part. 1881. Nous croyons pouvoir dire que sauf pour le genre Limacea lhybridation doit être rare chez les mollusques, les moindres variations suffisant souvent pour empêcher l'union sexuelle.

Nous ne parlons pas, parmi les huîtres, des individus qui s’éloignent plus ou moins de deux types bien caractérisés (l’huître ordinaire, Ostrea edulis, et l'huître portugaise, Ostrea angulata), que le D’ Henri Leroux croit pouvoir rattacher aux productions hybrides (1); d’abord parce que ces derniers ne se sont rencontrés que dans des gisements huîtriers cultivés, puis parce que des observations tendent à montrer le peu de probabilité de ces produits (2). — M. Bouchon-Brandely a bien voulu nous faire connaître son opinion, et 1l est d'avis qu'aucun croisement n’est possible entre ces deux mollusques, l'huître portugaise étant unisexuée et l’huître ordinaire hermaphrodite. Les œufs de cette dernière sont en effet fécondés dans les canaux

(1) Bull. de la Société d'acclimatation. Procès-verbaux 1880, p. 742. Voy. aussi son mémoire : Hybridation de l'huître. Nantes, 1878.

(2) Voy. la communication de M. Berthoude, Bulletin Société acclim. Procès-verbaux, 1880, p. 748; et la lettre du docteur P. Fischer à M. de Montaugé, à Arcachon.

afférents, et se développent dans la cavité de la coquille ; ceux de la Portugaise sont fécondés au sein des eaux où ils se développent; du reste, les spermatozoïdes de l’Ostrea edulis restent indifférents en présence des œufs de la Portugaise et vice versa. On pourra consulter à ce sujet le Mémoire sur l’hybridation et la fécondation artificielle des huîtres, de MM. de Montaugé frères, où les mêmes vues sont exposées (Bordeaux, 1880).

Page 1