ARTICULÉS
L’embranchement des articulés nous fournit au contraire un certain nombre d'exemples d’accouplements hybrides, mais la plupart de ces croisements n’ont pu être déclarés féconds. Nous les trouvons en grande partie dans la classe des INSECTES. Peut-être quelques-uns se rencontrent-ils aussi dans la classe des ARACHNIDES. Treviranus cite Phalangium cornutum et Ph. opilio comme capables de se croiser; mais le passage relatif à cet accouplement (p. 22 des Vermischte Schriften) ne précise point s’il a été observé à l’état libre.
On sait que chez les insectes on rencontre assez fréquemment des individus hermaphrodites, montrant d'un côté les caractères du mâle et de l’autre ceux de la femelle (1). Quelques-uns d’entre eux offrent cette double particularité que chacun des sexes appartient à une espèce différente. Doit-on rapporter ces derniers à une production hybride? Des entomologistes éminents ont au contraire inféré de cette réunion qu’une erreur avait été commise dans la classification, et que les deux types supposés distincts n'étaient que les deux sexes d’une même espèce. Ceci a même été démontré d’une manière victorieuse en
(1) Hagen (Éntomologische Zeitung. Stettin, 1861, pp. 259 et suiv.) en a dressé une liste comprenant 118 cas: cette liste s’est trouvée notablement augmentée deux ans plus tard dans la même revue. Tout dernièrement le D: Arnold Pagenstecher, de Wiesbaden, a décrit trois nouveaux insectes hermaphrodites (Ueber Zwitterbildungen bei Lepidopteren. 1882).
diverses occasions, notamment par M. Duponchel (1) et par M. Lefebvre (2). M. Wesmael partage cette manière de voir pour plusieurs autres cas, ainsi que Mac Leay (3). Ces individus sont du reste‘extrêmement rares; dans toute la littérature française, anglaise, belge, et dans une partie de la littérature allemande, où il est parlé d'hermaphrodites, nous n'avons rencontré qu'un très petit nombre de faits de ce genre.
On peut également faire la même remarque au sujet de ces accouplements observés entre individus de types si tranchés qu’on les a déclarés hybrides. Il existe dans plusieurs ordres des insectes une différence telle entre le mâle et la femelle qu'on a pensé à tort qu’ils appartenaient à des espèces distinctes.
Quoi qu'il en soit, disons que, chez les Coléoptères, parmi les Scarabéiens, on peut citer Melolontha agricola vu par le D' Wolf (4) lorsqu'il était accouplé avec la femelle de Cetonia hirta; les scarabées vacca, ovatus, nuchicornis, qui se mêlent ensemble sans cependant constituer de nouvelles espèces (5); le Melolontha hippocastan: et le M. vulgaris, exemple communiqué au congrès de
(1) Il s'agissait d'un Lépidoptère hermaphrodite de la tribu des Phalénites présentant d’un côté les caractères d'angerona et de l’autre ceux de primaria, décrits comme espèces distinctes dans l’Æneyclopédie (art. Phalène), l’une sous le nom de corylaria et l'autre sous celui de primaria. Mais Duponchel fit remarquer que les chenilles provenant d'une même ponte produisaient indistinctement des primaria et des corylaria, ainsi du reste que l'expérience l'avait démontré depuis longtemps. (Ann. de la Soc. ent. 1835, t. IV, p. 143).
(2) 11 s'agissait d'un autre Lépidoptère, Papilio polycaon mâle à droite et P. androgeus femelle à gauche. Or, dit Lefebvre, sur plus de 20 Pap. polycaon que Godart observa, tous étaient mâles, et presque autant de P, androgeus furent reconnus pour être des femelles. (Ann. de la Soc. ent. t. IV) Néanmoins Boisduval a cité un Lépidoptère nocturne dù genre Lithosia, qui tenait de deux espèces voisines, mais cependant fort distinctes, aurita et ramosa.
(3) Voy. Bull. Acad. roy. Bruxelles, t. VI, 2% part. p. 448, et Trans. of the Lin. Soc. Lond., t. XIV, 1895, p. 584.
(4) Magaz. für den neuesten Zustand der Naturkunde. IX B. Weimar, 1805.
(5) Nouv. dict. d'hist. natur.,t. XX, p. 489. Paris, 1818.
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Breslau en 1833 par M. Boksch (1); un #melolontha avec un Amphimallus (2), un autre avec une Cetonia aurata (3), cette dernière trouvée avec Anomala frischii par M. Mocqueries, enfin une Anisophia is avec une oæythirea, rencontrées par le même.
Chez les Chrysoméliens, Linné a vu He Ch. ænea accouplée avec Ch. alni. Müller fit souvent cette remarque (4); toutefois il n’aperçut point (comme l’a écrit à tort (5) l'illustre naturaliste) la Ch. ænea avec Ch. graminis. Hope a trouvé unis une Donacia et un Crioceris (6). Mac Leay découvrit une espèce de Chrysomela en croisement avec une Galeruca (7). Gistel a aussi raconté un exemple semblable entre la Ch. menthæ et Ch. polita (8), toutefois 1l est porté à croire que ces deux individus appartiennent à une même espèce, opinion combattue par Westwood (9).
On peut citer encore dans la même famille le croisement de la ©. polita et Ch. graminis, observation de Müller (10), ainsi que le croisement de Timarcha Coriaria et T. lævigata, surpris par de Baran dans la forêt de Fontainebleau (11). M. de Verrin veut bien nous écrire qu'il prit à Hyères les Ch. menth. et lucida in copulé, tandis qu'une autre fois à Vichy il capturait Ch. homoptera avec lurida.
(1) Transact. of the entomological Society. Article de Westwood. London, 1841-1843. Il s’agit probablement ici du fait rapporté par M. Kelch (Isis. 1834 p. 737). Il fut reconu que ces espèces de hannetons étaient toutes deux du sexe mâle. Ce cas n’est pas isolé, M. des Gozis nous a fait savoir qu'il avait observé lui-même un accouplement très complet de deux mâles du meloloutha vulgaris. M. Ancey avait fait la même remarque. Quelquefois une même femelle reçoit deux et trois mâles.
(2) Voy. Catal. de M. des Gogis.
(3) Pris par M. Lucas. Communication qui nous est faite par M. Gossens.
(4) Hydrachnæ, p. 19.
(5) Systema Naturæ, art. Chrysomela, p. 587. 1767.
(6) Westwood, Trans. of the entomological Society. London, 1841-1843.
(7) Observation communiquée à Westwood par le D' Haworth, Transact. of the entomolog. Society. 1841-1843.
(8) Isis, p. 626, B. XX. 1829.
(9) Dans l’article cité.
(10) Voir Transact. of entomological Society. 1841-1843.
(11) Annales de la Société Entomologique. 3° série, t. I. 1853.
Chez les Coccinelles, on rencontre souvent unies la C. bipunctata et la C. dispar; cet accouplement, d’après les expériences de M.Audouin, paraît demeurer stérile (1). Fabricius déclare avoir vu la C. quadripustulata unie à C. bipunctata (2). M. Haworth a eu des larves provenant de l'union de ©. tripunctata et C. quadripustulata (3), et on dit que des hybrides offrant la confusion des caractères de deux espèces naissent du mélange de diverses petites bêtes à bon-dieu (4). Dans la famille des Curculoniens, Boheman (5) a rencontré en croisement un mâle de Strophosomus coryli avec une femelle de Sciaphilus musicatus. Chez les Piméliens on a observé un croisement entre Blaps fatidica et Akis reflexa, chez les Télephoriens une Raghonycha melanura avec un Telephorus rusticus, chez les Elatériens un Athous vittatus avec Agriotes pilosus (6) ainsi qu'un Diacauthus latus avec eneus. Chez les Cleriens un Trichoiles apiarius uni à un T'. octopunctatus. Enfin chez les Cérambyciens un Pachyta virginea avec un Ragium indagator. (7).
Mais les accouplements les plus remarquables dans l'ordre des Coléoptères sont assurément ceux qui se sont produits entre individus appartenant à des familles différentes. On en connaît plusieurs. Le plus ancien, devenu classique, est celui qui a été observé par Rossi au siècle dernier (8), entre un Ælater et une Cantharis. Celleci, prise au moment où elle était unie à l’Elater, se trou-
(1) Ann. de la Société entomologique de France, t. I, p. 232. 1832, — M. Audouin a en effet mis en rapport ces deux -espèces; les femelles fécondées n'ont pas tardé à pondre, mais toujours les œufs ont été stériles.
(2) C. quadripustulatam sæpius cum bipunctata copula connexam vidi. Fabricius, Entom. systematica, p. 288. Hafniæ, 1792.
(3) Nous ignorons toutefois si ces accouplements ont eu lieu à l'état de nature. Ils sont cités par Morton, American Journal of science, 1837.
(4) Revue des deux mondes, t. V, p. 596. 1874.
(6) Git, par Erichon. Archiv. für Naturgeschichte. 1856
(6) Les deux crois., observés par M. Mocqueries.
(7) Observés le 1° croisement par M. Marschall, le 2° par M. Valery-Mayet, le 3° par M. Noël-Cassien.
(8) Memorie di matematica e fisica della Società Italiana, t. VII, part. 1, pp- 119 et suiv. Modena, 1799.