TRAITEMENT
CLUTToN, dès 1886, pose les principes du traitement de l’hydarthrose hérédo-syphilitique tardive : « Cette affection est bien plus accessible à l’action du traitement antisyphilitique qu'aux médications vulgaires de l’hydarthrose ».
Les différents auteurs que nous avons consultés s'accordent sur la nécessité d’un traitement antisvphihitique immédiat, intense et prolongé, afin, comme le demande notre maître, M. Marcel Pixarp, de guérir non pas seulement le symptôme d’une façon définitive, mais aussi la maladie que ce symptôme a démontrée.
Les premiers auteurs ont employé le mercure et l'iodure, nous possédons actuellement un arsenal médicamenteux antisyphilitique varié et puissant, mais n'y a-t-il pas lieu de faire un choix parmi ces différents produits ?
(1) Nous ne parlons pas du traitement d’épreuve proposé par certains pour affirmer la nature hérédo-syphilitique d’une hydarthrose, ou nier cette étiologie.
En effet, par un ‘traitement d’épreuve, on cherche d’habi tude à obtenir une réponse rapide. Or certaines hydarthroses hérédo-syphilitiques tardives indiscutables n’obéissent que très tard au traitement antisyphilitique le mieux dirigé.
D'autre part, il peut arriver qu’une hydarthrose tuberculeuse survenant sur un terrain hérédo-syphilitique soit rapidement améliorée au début par un traitement arsenical.
Le traitement d’épreuve nous semble dans le cas d’hydar throse hérédo-syphilitique tardive un mauvais moyen de
diagnostic.
0 es
Les ophtalmologistes, habitués à traiter l'hydarthrose lorsqu'elle coexiste avec la kératite, aiment bien le mercure. Canronxer écrit en 1919 : « Cette hydarthrose, comme la kératite, et même mieux qu'elle, obéit au traitement hydrargyrique ; celui-ci devra être continué longtemps ; rappelons- -Nous ce que disait Panas :,« Le mercure est l'huile de foie de morue «de l'hérédo-syphilitique. »
Dans certains cas, le mercure est contre-indiqué, lorsqu'il s’agit d’un diagnostic particulièrement difficile entre la syphilis et la tuberculose, et que l'on désire instituer un traitement d’épreuve.
De même le bismuth, plus récemment employé, est un médicament nuisible lorsqu'il existe des lésions osseuses juxta-articulaires (nous savons qu’anatomiquement il nous est impossible de nier l'existence de ces lésions), ou des lésions osseuses à distance.
« Les sels de bismuth nous ont donné des réactions locales marquées. » (Lance et Huc, 1927.)
BrizaArD (1928) considère le bismuth comme nuïisible dans ces cas. « Le bismuth, très souvent, dès la troisième injection, entraîne des réactions congestives périostées ou épiphysaires extrêmement douloureuses qui obligent à interrompre le traitement. Il ne s’agit pas là d’une simple réaction passagère, les manifestations se reproduisent si on reprend le traitement par la même médication après quelaues semaines de repos et elles persistent pendant toute la durée de la série. »
Pour ces différentes raisons, la majorité des auteurs adopte actuellement pour le traitement d'attaque l’arsenic, qui aurait l'avantage d'agir vite et de frapper fort, et d'être relativement bien toléré, à part quelques réactions locales d'Herxheimer aui ont été signalées.
BrizarD préconise le novarsénobenzol intra-veineux à doses fortes et rapidement croissantes : « Avec une bonne instrumentation, l'injection intra-veineuse est extrêmement facile à pratiquer à partir de l’âge
Mir
de 4 ans, elle est beaucoup mieux acceptée que l’intramusculaire par l'enfant, parce que beaucoup moins douloureuse. »
« Première injection : 1 centigramme par kilogramme de poids. »
Deuxième injection : 1 egr. 1/2.
Les huit dernières : 2 centigrammes. »
Au total : 18 centigrammes par kilogramme de poids pour une série de dix injections. à raison d’une par semaine. »
Plus couramment, on utilisera un produit arsenical injectable par voie intra-musculaire, aux doses suffisantes et avec la progression habituelle, à la condition que ce produit soit vraiment actif.
On se trouvera bien d'utiliser à titre adjuvant, comme pour tout hérédo-syphilitique, la médication opothérapique.
Il faudra parfois exiger, pour la disparition rapide du symptôme, la mise au repos absolu de l’articulation.
« L'immobilhisation, même stricte dans certains cas, nous semble nécessaire. Nous avons vu une hydarthrose hérédo-syphilitique s’aggravant chaque fois que, cédant aux instances de l’enfant, la mère retirait l'appareil plâtré d’immobilisation. » (Lance et Huc.)
I faudra bien se rappeler, dans ces cas où l’on recherche une disparition rapide du symptôme par l’immobilisation stricte, « qui aurait un autre avantage, celui de ne causer aucun préjudice au malade dans le cas où le diagnostic s’orienterait dans la suite vers la tuberculose » (Lance et Huc), que le traitement de l’hydarthrose hérédo-syphilitique tardive est avant tout médicamenteux antisyphilitique, et que la disparition rapide du symptôme ne signifie pas la guérison de la maladie syphilitique du sujet.
Avec ces réserves, sur lesquelles insistent LANCE et Huc, l’immobilisation, nullement ankvylosante en cas d’hydarthrose hérédo-syphiliitque tardive, nous paraît très recommandable.
eZ [Vh
Pous nous, le traitement chirurgical s'arrête là. Si nous sommes très partisans de la ponction exploratrice du genou pour prélever le liquide articulaire aux fins d'analyse, et il ne s’agit pas là d’un acte vraiment chirurgical, nous ne sommes plus du tout d’accord avec les auteurs qui ont préconisé, dans des cas d'hydarthroses hérédo-syphilitiques rebelles au traitement médical, des traitements sanglants, arthrotomies évacuatrices et synovectomies.
Il faudra l'échec véritable d’un traitement antisyphilitique longtemps et correctement poursuivi avec l’aide d'une immobilisation stricte de l'articulation malade, pour que nous ayons recours à ces méthodes dont les tendances, dans ce cas particulier, nous paraissent vraiment par trop chirurgicales.