DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Le diagnostic différentiel de l’hydarthrose hérédosyphilitique tardive est à faire avec l’hydarthrose tuberculeuse, l’hydarthrose gonococcique, l’hydarthrose traumatique.
La confusion la plus fréquente et la plus regrettable est faite avec l’hydarthrose tuberculeuse. Alfred Four- NIER, dès 1886, écrivait : « Les manifestations héréditaires à échéance plus ou moins tardive de la svphilis sont presque toujours méconnues, presque toujours rapportées indûment à la scrofule ». Cette confusion est grave, en ce qu'elle prive l’hérédo-syphilitique du seul traitement efficace, et le condamne « aux bains de mer, à l’huile de foie de morue, aux pointes de feu » (MorEsTiN) ; aux plâtres à répétition et parfois à des méthodes sanglantes, la synovectomie par exemple. Nous avons trouvé, dans la thèse de CLÉMENT, l'observation d’un malade venu au monde syphilitique, dont la maladie ne fut reconnue qu’à 42 ans, après maints séjours dans les hôpitaux et une amputation de cuisse au tiers inférieur. Le fait n’est pas unique. Aussi importe-t-il de distinguer l’hydarthrose hérédo-syphilitique tardive et l’hydarthrose tuberculeuse.
L'hydarthrose tuberculeuse, tout comme l’hydarthrose hérédo-syphilitique, peut avoir un début insi- ‘dieux, un développement aphlegmasique, se montrer indolente, être parfois bilatérale. Les signes radiologiques ne sont pas nets.
Mais, dans l’hydarthrose hérédo-syphilitique, l’atrophie musculaire est modérée ; dans l’hydarthrose
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tuberculeuse, les masses musculaires, surtout du côté des extenseurs, fondent rapidement dès la période initiale. Dans l’hydarthrose hérédo-syphilitique, l’adénopathie est absente ; on constate dans l’hydarthrose tuberculeuse un engorgement ganglionnaire, signe capital pour MéÉvarp et Mozer.
La cytologie de l’hydarthrose hérédo-syphilitique donne le plus souvent une polynucléose paradoxale, le liquide d’hydarthrose tuberculeuse est le plus souvent riche en lymphocytes. Dans le liquide d'hydarthrose hérédo-syphilitique, nous aurons une réaction de Wassermann positive au maximum, réaction absente avec le liquide d’hydarthrose tuberculeuse qui, par contre, injecté en quantité suffisante au cobaye, le tuberculisera nettement.
Un autre signe peut être tiré de l’évolution différente des deux affections. Les hydarthroses hérédosyphilitiques, plâtrées ou non, ne font jamais d’ankylose, ce qui n'est pas la règle pour l’hydarthrose tuberculeuse.
Examinons maintenant le diagnostic différentiel entre l’hydarthrose syphilitique et l’hydarthrose gonococcique. On y pensera chez l'adolescent et chez l'adulte, on y pensera aussi chez l'enfant, la petite fille surtout, atteinte secondairement à une vulvovaginite. L'examen clinique et bactériologique des organes génitaux et urinaires, l'atteinte mono-articulaire, la rapidité de l’impotence fonctionnelle et de l’atrophie musculaire, la tendance à l’ankylose, feront le diagnostic.
Un diagnostic différentiel très intéressant nous reste à faire entre l’hydarthrose hérédo-syphilitique tardive et l’hydarthrose traumatique.
Par traumatisme, nous n’entendons pas, dans ce chapitre, les microtraumatismes répétés, le traumatisme habituel physiologique par lequel nous pouvons tenter d'expliquer la localisation plus fréquente de l'hydarthrose à certaines articulations. Nous n'’envisageons ici que le traumatisme accidentel.
CourTELA, en 1926, au XI° Congrès de Médecine
légale, rapporte un cas d’ hydar throse hérédo-syphilitique tardive consécutive à un traumatisme. Nous en DU ons l'observation résumée dans la thèse d'ELrer:
« Une enfant de 12 ans fait une chute qui provoque une plaie superficielle de la région prérotulienne. Quelque temps après apparaît une hydarthrose du genou qui, étant donné sa persistance insolite, fait penser à la tuberculose. Mais, trois mois après le début des accidents, la fillette présentant des troubles oculaires, l’auteur constate une kératite interstitielle typique. Le Bordet-Wassermann du sang était positif. Tous les accidents cédèrent au traitement spécifique. »
L'hydarthrose hérédo-syphilitique tardive peut simuler un accident du travail, soit que le malade, ignorant sa lésion, l’attribue de bonne foi à un traumatisme révélateur, soit que, connaissant l'existence de son hydarthrose, il invoque un accident du travail pour bénéficier des avantages de la loi.
Farou, en 1924, signale qu'un de ses malades avait d’abord été hospitalisé dans un service de chirurgie comme accident du travail. Après un examen minutieux, le diagnostic d'hydarthrose hérédo-syphilitique tardive fut posé, en raison de la bilatéralité et de l’indolence du symptôme, de la positivité maxima du Wassermann du liquide d’hydarthrose et de sa polynucléose paradoxale.
Les familles, très souvent, aiment à invoquer l’action d’un traumatisme pour expliquer l’hydarthrose. CANTONNET, en 1919, émet l’idée que « bien des hydarthroses de l'enfant, considérées comme posttraumatiques, parce que survenant après un traumatisme insignifiant, ne sont sans doute que des épanchements hérédo-syphilitiques. »
Nous n'avons pas la prétention de nier l’existence des hydarthroses traumatiques, mais nous pensons que si l'examen de celles-ci n’a pas mis notre méfiance en éveil, nous devons, par la suite, nous rappeler le principe formulé par Broca en 1921 : « Il faut toujours s’enquérir de la vérole quand on voit traîner une hydarthrose post-traumatique ».
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