OBSERVATION I
B... Odette, 12 ans, est amenée à la consultation le 31 juillet 1934 pour un épanchement du genou droit consécutif à une chute survenue sur cette articulation le 22 mai 1934.
L'interrogatoire sur les antécédents héréditaires, collatéraux et personnels est entièrement négatif.
L'histoire de l'affection articulaire se résume ainsi : chute le 22 mai sur le genou droit, apparition le 15 juin d’un épanchement, indolore, abondant, aphlegmasique, limitant très peu la flexion.
Un chirurgien consulté tout d’abord demande une radiographie, qui ne montre aucune lésion articulaire apparente, et plâtre l'enfant. Le plâtre sera maintenu cinq semaines.
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A la mi-juillet survient à la face externe du tiers inférieur de la jambe gauche une tuméfaction indolore qui, considérée comme une gomme possible, incite à instituer un traitement au sulfarsénol et à demander une réaction de Bordet-Wassermann du sang. Celleci est négative à la date du 21 juillet. Une cuti-réaction est pratiquée par la suite ; elle est positive le 27 juillet 1934.
La malade est amenée à la consultation de syphili-
graphie le 31 juillet. On note à cette date l’épanchement du genou droit persistant, peu sensible, sans adénopathie inguinale correspondante, sans température locale ni générale, et la tuméfaction située au niveau de la face externe du tiers inférieur de la jambe gauche, légèrement douloureuse à la palpation, ne s’accompagnant pas de signes radiologiques.
. L'examen général de l'enfant montre un signe de Gaucher, des tubercules de Carabelli sur les molaires inférieures, une rate percutable sur un travers de main.
Le traitement au sulfarsénol est continué, mais bientôt la malade part à la campagne et est momentanément perdue de vue.
Cette observation nous paraît intéressante à plusieurs points de vue.
Tout d’abord le traumatisme initial, indubitable, décrit avec précision.
Puis l'apparition de l’hydarthrose. Le chirurgien consulté ne trouve aucun des grands signes de la syphilis héréditaire, ni dans les antécédents héréditaires et collatéraux, ni dans les antécédenis personnels de l'enfant, il considère l'hydarthrose comme tuberculeuse, un plâtre est appliqué.
L’appariton d’une tuméfaction indolore à la face externe de la jambe gauche lui donne à réfléchir, il commence un traitement antisyphilitique et demande une réaction de Wassermann du sang. Cette dernière est négative. À cela rien d'étonnant. Une cuti-réaction est pratiquée. Elle est positive. Mais la cuti-réac-
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tion est souvent positive à cet Âge, et cette positivité ne saurait entraîner un diagnostic de tuberculose en ce qui concerne l’hydarthrose. Tel a été sans doute l'avis du chirurgien puisqu'il adresse sa malade à une consultation de syphiligraphie.
Dans ce dernier service, on a tout de suite noté les petits signes, les signes mineurs de l’hérédo-syphilis et l’hérédité syphilitique du terrain ne fait aucun doute.
La nature hérédo-syphilitique de l’hydarthrose nous parait également probable. Cet épinchement indolore, aphlegmasique, le peu de limitation des mouvements, la persistance de l’hydarthrose et surtout l'absence de réaction ganglionnaire inguinale. tout cela semble en faveur de l’hérédo- syphilis articulaire.
Nous aurions aimé cependant avoir une certitude par l'examen cytologique et la réaction de Wassermann du liquide.
De toute façon le traitement antisyphilitique était indiqué.
Le traitement peut avoir une influence heureuse immédiate sur l’hydarthrose de l’enfant. Dans ce cas, il ne faut pas trop se presser de conclure. Il peut s'agir d’une hydarthrose hérédo-syphilitique, mais aussi d'une hydarthrose tuberculeuse survenue sur un terrain hérédo-syphilitique. Dans ce dernier cas, on voit tout d’abord l’hydarthrose tuberculeuse s'améliorer considérablement sous l'influence du traitement antisyphilitique, surtout arsenical ; c’est la première phase qui correspond à l'amélioration du terrain. Puis dans une seconde phase, l’hydarthrose tuberculeuse reprend son évolution, mais elle la continue sur un terrain heureusement modifié et que l’on continue à améliorer par le traitement antisyphilitique.
Quoi qu'il en soit, nous pensons que dans notre observation la nature hérédo-syphilitique de l’hydarthrose est démontrée cliniquement.