OBSERVATION II
N... Suzanne, 23 ans, vient consulter pour ses anomalies dentaires le 18 mai 1934. La lecture d’un article médical destiné au grand public l’a incitée à venir demander si les stigmates dentaires qu'elle présente sont biens dus à l’hérédo-syphilis. Elle résume son histoire :
Sa mère a eu neuf grossesses, Les six premières se sont terminées par des avortements spontanés. La malade ne peut préciser à quel âge des différentes grossesses se sont produits ces avortements.
Elle est née à terme d’une septième grossesse ; son poids de naissance, le poids de son placenta ne lui ont pas été signalés.
Deux frères sont nés ensuite ; ils ont toujours été bien portants.
La malade a été bien portante jusqu'à l’âge de 11 ans ; à ce moment sont apparues simultanément une kératite interstitielle et une hydarthrose du genou droit, qu’un traitement antisyphilitique a fait disparaître.
Le diagnostic clinique rétrospectif de la nature hérédo-syphilitique de cette hydarthrose est indiscutable. Les six avortements spontanés qui ont précédé la naiïssance de la malade, la coexistence d’une kératite interstitielle sont des preuves suffisantes.
La malade a-t-elle été suffisamment traitée à l’âge de 11 ans ? Il ne semble pas. En effet, per la suite, réglée à 15 ans, elle n’a vu ses règles qu'une fois par an. Sa sérologie est actuellement partiellement positive.
A-t-on cessé le traitement trop tôt dès la disparition des symptômes, a-t-on poursuivi plus longtemps, nous n'en savons rien. En tout cas, la syphilis n’a pas été guérie.
tp
Nous n’entamerons pas ici une discussion sur la curabilité ou l’incurabilité de la syphilis, sur la valeur des critères de guérison, sur les syphilis inapparentes, cliniquement et sérologiquement. Nous tenons simplement à affirmer que même après un traitement immédiat, intense, prolongé, bien rythmé, dont l'efficacité a été suivie par toutes les recherches cliniques et de laboratoire dont nous disposions, notre rôle n'est pas terminé. Une surveillance attentive du sujet, une surveillance de sécurité s’impose par la suite afin de dépister dès le stade initial apparent un retour offensif toujours possible de la maladie que nous avions cru guérie.