‹ L'hygiène thérapeutique [electronic resource]Chapitre 15 sur 15 · DE LA CLIMATOTUKIU-PIE · texte numérisé non relu

DE LA CLIMATOTUKIU-PIE

transparence et de sérénité du ciel, ce que Ponssagrives appelle la luminosité, et enfin la présence de miasmes dans l'air. Je n'insisterai dans cette longue énumération que sur les quatre points suivants : la température, l'humidiLo, la pression atmosphérique et enfin la pureté de l'air, et j'étudierai les c(Tcts physiologiques que produisent ces différents éléments du climat pour en tirer des applications thérapeutiques.

La température est l'un des facteurs les plus importants du climat ; cette chaleur de l'atmosphère est empruntée tout entière à la radiation solaire. Cependant à un moment donné de la formation du globe, la terre a fourni aussi un élément à cette température de l'atmosphère, mais aujourd'hui cette influence est bien peu marquée, puisque c'est à peine si elle contribue, d'après Fourrier, à élever la température de l'atmosphère d'un trente-sixième de degré.

Bien des causes influent pour modifier cette température de l'atmosphère; parmi ces causes il faut placer, en première ligne, les masses d'eau qui tantôt augmentent cette température et tantôt l'abaissent. Vous connaissez tous ce fleuve immense, véritable courant d'eau chaude, dont la température varie de 32 à 24 degrés, qui parcourt avec une vitesse de 5 à 6 kilomètres à l'heure l'océan Atlantique depuis le golfe du Mexique jusqu'aux régions septentrionales, c'est le G'ulf Slream. C'est grâce à ce courant d'eau chaude que certaines régions de notre pays, comme les côtes de Bretagne et do Normandie, jouissent d'une température exceptionnelle ; c'est grâce à lui encore que les îles de Jersey, de Wiglit, les côtes des Iles-Britanniques ont, malgré leur situation élevée sur le globe, un climat où les gelées sont rares. Vous avez dû être frappés comme moi, en parcourant soit les côtes de Normandie et de Bretagne, soit l'île de Jersey, d'y voir croître et prospérer en pleine terre des plantes telles que le figuier, le fuchsia et même l'eucalyptus, plantes qui ne peuvent pas supporter le climat du centre de la France.

D'autre part, les courants froids qui proviennent des régions arctiques abaissent la température de l'Austrahe et celle des côtes méridionales de l'Asie ; c'est ainsi que les grandes masses d'eau comme les grands lacs de l'Amérique du Nord ont une influence marquée sur la température ambiante et abaissent cette dei'nière.

L'autre influence qui modifie la température, c'est l'altitude;

De la température.

Des variations de la température.

Influence de l'eau.

iniiiienca i niGsurc quc l'on s'élève, la tempéralure tend à s'abaisser: aussi

(lo l'allitude. • , , . , ' . , . , , ,.

dans la zone lorride, on peut, grâce a cette altitude, remédier aux chaleurs élevées qu'on subit dans cette région cl avoir un climat qui varie ù peine d'un demi-degré en été, en hiver, au printemps comme à l'automne. C'est ce qui se produit, par exemple, sur le plateau montagneux de l'Amérique centrale, où nous voyons des villes comme Bogota, Antisana, Corocoro, avoir une température moyenne de i0'',8 en hiver et de 15°, 3 en été.

Les chaînes de montagnes ont aussi une autre influence sur la température. Elles protègent certaines localités des vents froids en constituant, grâce à leur disposition en demi-ceinture, des barrières qui les arrêtent. C'est ce qui arrive pour cette région fortunée à laquelle un auteur récent a donné le nom de côte d'azur et qui s'étend d'Ilycres à San-Remo. Là, poussent en pleine liberté, l'oranger, le palmier, dont la culture ne se retrouve qu'aux extrémités méridionales de l'Eafiagne ou sur les côtes d'Afrique.

Cette température a même permis de diviser les climats suivant certaines lignes isothermes; je n'ai pas ici à vous rappeler ce que l'on entend par ces mots; vous savez que Humboldt a tracé sur notre globe des lignes reliant les points qui jouissent d'une même température; ce sont les lignes isothermes. Quelle influence physiologique a cette température de l'atmosphère ? Action Si la physiologie nous a fourni des indications précises lorsque ^'^^de'°a"^"^^ nous élevons artificiellement la chaleur ou lorsque nous l'abaistempéraiure. gQj^g ^g^xis des limites trcs notables, elle nous a donné, en revanche, peu d'indications sur l'influence des climats tempérés. On est porté à attribuer les maladies hépatiques, si fréquentes dans les pays chauds, à la température. Mais, comme le fait remai'quer très bien Weber, il est des facteurs beaucoup plus importants de ces affections que la température, ce sont les influences palustres, la mauvaise alimentation, les fatigues exagérées, etc., etc.

Ce que nous savons, c'est que sous l'influence d'une température un peu élevée, comme en été par exemple dans nos climats, les fonctions de la peau s'activent, des sueurs abondantes se produisent, l'appétit diminue, les urines deviennent rares et, si cet étal se prolonge, il survient de l'affaiblissement et de l'anémie ; aussi, la mortalité est-elle plus grande dans les pays chauds que

DE LA CLIMATOTUÉRAPIE.

dans les pays septentrionaux. Michel Lévy a marqué cette plus grande mortalité par les chiffres suivants :

De 0 îi 20 degrés de latitude... 1 décès sur 25 habitants.

De 20 à 40 — ... l — 35,5 —

De 40 à 60 — ... 1 — 43,2 —

De 60 à 80 — ... 1 — SO —

L'action du froid, au contraire, a des effets stimulants ;"la circulation de la peau diminue, mais celle des reins augmente. Si l'action du froid est trop prolongée ou trop intense, il survient une série d'accidents sur lesquels je n'ai pas besoin d'insister et qui vont jusqu'à la mortification des tissus. L'action de l'air froid détermine fréquemment des congestions du côté de la poitrine et, chez les personnes sujettes au catarrhe pulmonaire comme les vieillards, on voit le froid amener des pneumonies ou des congestions pulmonaires mortelles. C'est ce qui explique la mortalité plus grande des vieillards pendant les mois d'hiver qu'à toute autre saison.

Quant à l'humidité de l'atmosphère, elle résulte de la présence De constante de la vapeur d'eau dans cette atmosphère, laquelle ^ a"mn'^'''° renferme, même lorsque l'air est le plus sec, 23 pour 100 d'eau, spiiériquc Cette quantité d'eau peut se condenser et former alors la rosée, les brumes, les brouillards, les nuages.

La présence de ces nuages obscurcit le ciel et diminue sa luminosité. En se reportant à des observations faites par de Bréa à Menton, on voit que, sur 3 663 jours, il y a eu 2 143 jours de sérénité complète de l'atmosphère, ce qui fait que les jours de soleil, par rapport aux jours couverts, ont été comme 2,3 est à 1 .

Les nuages donnent naissance à la pluie et ces pluies, par leur abondance, augmentent l'humidité atmosphérique. Il est des pays où il ne pleut jamais, et Bergauss a tracé sur l'ancien continent cette immense zone où la pluie n'existe pas et qui comprend, outre le Sahara, la régence de Tripoli, la Syrie, les bords de la mer Rouge, l'Arabie et une partie de la Perse. En revanche, il est des pays au contraire où la pluie tombe pour ainsi dire journellement. A la Terre de Feu, par exemple, lors de l'expédition du cap florn, faite de 1882 à 1883, les observations météorologiques montrent qu'en moyenne il a plu 330 jours par an.

Pour nous en tenir à ce qui concerne la France, voici quelles

DOUZIÈME CONFKRENCE.

seraient les moyennes udométriques annuelles des différentes régions de la France ; par ce mot udométriques, on entend la quantité d'eau qui tombe par mètre carré.

Climat rhodanien l«n,027

Climat girondin G ,875

Plateau central 0 ^ggO

Climat méditerranéen 0 ,790

Climat vosgien 0 ,712

Climat séquaniea 0 ,596

Ce qui fait pour la France une moyenne udométrique de 817 millimètres.

Cette môme humidité de l'atmosplière est la source de la neige, qui, ellp. aussi, a une grande influence sur les modifications atmosphériques, influence plus favorahle qu'on ne le croit généralement. La neige augmente la chaleur de l'atmosphère en renvoyant les rayons lumineux qu'elle reçoit ; elle s'oppose au refroidissement de la terre et permet une activité de végétation plus grande^ malgré des froids plus intenses, enfin elle purifie l'atmosphère. "Vous verrez, par la suite, que toutes ces raisons ont été invoquées à l'appui des stations hivernales dites d'altitude.

EfTe s Nous n'avons pas d'indications hien précises sur les effets dlî^niuSrP^iysiolog'ques de l'humidité. Sous l'action de l'air sec et chaud, l'évaporation se fait très activement à la surface du corps et les sueurs sont moins abondantes; aussi, supporte-t-on mieux les grandes chaleurs lorsque l'air est sec que quand il est humide, de même aussi quand la température s'abaisse et lorsqu'il fait froid et sec, on perd moins de calories que lorsqu'il fait froid et humide. Cette humidité de l'atmosphère amène sur le corps une sensation de froid très intense, ce qui exphque qu'au moment du dégel, malgré l'élévation thermique, nous avons une sensation de froid plus pénible que pendant les périodes de gelée; aussi, est-ce toujours à cette période du dégel que sui-viennent les rhumes, les douleurs rhumatismales, en un mot toutes les conséquences de ce refroidissement. Les rhumatisants sont très influencés par les temps humides ; ils deviennent, comme on le dit, barométi'iques, et peuvent prédire les changements de temps, l'apparition de la pluie et surtout de la neige par les douleurs qu'ils éprouvent; je passe maintenant à l'influence de la pression barométrique, influence qui est considérable.

DE LA CLIMATOTUÉRAPIE. 187

Ce chapitre de la pression atmosphérique est des plus corn- ^do^i^^^ nlexes- les modifications de la pression dépendent en effet de atmoplusieurs facteurs : du point d abord ou on 1 observe, et c est ici qu'interviennent l'altitude et la latitude, puis des variations journalières qui surviennent dans cette pression, variations qui résultent elles-mêmes de causes très nombreuses, de l'influence de la mer ou des montagnes, des modifications dans l'état de l'atmosphère, enfin des courants aériens plus ou moins violents qui constituent les vents. Nous allons examiner très brièvement chacune de ces circonstances.

En moyenne, la pression de l'atmosphère est représentée par Variations une colonne mercurielle de 760 millimètres, ce qui correspond deirpjession à une pression moyenne en poids de 1 028 grammes par centimètre carré de surface, et, comme la surface du corps humain peut être évaluée à 17500 centimètres carrés, cette pression est égale à 17900 kilogrammes. Mais, à mesure que l'homme s'élève, cette pression tend à diminuer; lorsque cette élévation est rapide, comme cela arrive dans l'ascension des montagnes ou dans l'ascension en ballon, on voit survenir, sous l'influence de cette diminution de la pression atmosphérique, une série de phénomènes sur lesquels Paul Bert a longuement insisté et qu'on décrit sous le nom de mal des montagnes. Je vous en dirai tout à l'heure quelques mots, lorsque je parlerai des effets physiologiques des variations de la pression atmosphérique.

L'homme peut aussi vivre et se reproduire à des hauteurs va- influence riables ; le point le plus élevé où il vive est le village du Thibet Thok-Djalank, qui est à 4980 mètres d'altitude; puis viendrait le monastère bouddhique de Hanle, dansleLadak, à 4610 mètres, et le village de ChushuI, dans l'Himalaya, à 4 390 mètres. Mais cet habitat, à hauteur élevée, dépend entièrement, comme vous le comprenez, de la zone qu'on occupe sur le globe et, tandis que dans notre pays c'est à grand'peine que l'homme peut subsister à 2470 mètres, comme à l'hospice du Grand Saint-Bernard, ou à 2090 mètres, comme à l'hospice du Saint-Gothard, nous voyons sous les tropiques d'immenses cités ou de grandes villes existera des hauteurs semblables. Mexico est à 2290 mètres et Potosi à 4165 mètres. On observe, dans la même région des Andes, une station de chemin de fer située à une hauteur qui dépasse celle du mont Blanc; ainsi, le chemin de fer d'Arequipa à Puno est à 4 460 mètres.

de l'alliluda.

188 DOUZIÈME CONFÉnENCE.

infliionoe En dehors de celle question de l'allilude, il en est une autre

do la lalitude. • • n , ■ . , i , i . • • .

qui iniluc sur la pression, c est le degré de lalitude. Ainsi, a l'Equateur, la pression liaronrKHrique est en moyenne de 758 iriillimèlres; l'air, écliauHé par le soloil des régions torridcs, tend à s'élever et à s'écouler vers les pôles. A partir de l'Equateur jusqu'au 40" degré de latitude, la pression va en augmentant, et elle est en moyenne de 762 k 764 millimètres, puis elle va en diminuant jusqu'aux régions arctiques, où elle n'est plus que de 752 millimîitres en moyenne.

VariatioDB A côté dc CCS variations générales de la pression barométrique, journohôres. jj ^^j. j'j^y^pgg g^j gQjjj. périodiques ou journalières; les unes

se produisent dans les diverses saisons de l'année, les autres ont lieu chaque jour et vous pouvez voir aujourd'hui, dans la plupart des journaux, des cartes où, grâce à la rapidité des communications télégraphiques, sont indiquées journellement les zones de pression qui influent sur l'Europe. C'est à l'aide de cette étude des pressions que nos bureaux météorologiques peuvent prévoir le temps.

Des Les grands courants aériens rentrent encore dans cette étude

vents niizés. j,^ pression atmosphérique et, de même que nous voyons les océans traversés par des courants d'eau chaude, l'atmosphère est aussi sillonnée par de grands courants atmosphériques à direction fixe; ce sont les vents alizés, dont l'étude a été si favorable à la navigation.

Ces mêmes vents, pour ainsi dire à direction journalière et fixe, nous les retrouvons sur nos rivages ou dans nos montagnes.

Des Sur nos rivages, on leur donne le nom de vents de terre ou de ^"^ei de^^mer"^ vents de mer; dans nos montagnes, de vents de la vallée et de vents de la montagne. Ils sont produits, les uns et les autres, par réchauffement variable des dilférontes couches de l'atmosphère.

Pour les côtes, au premier rayon du soleil, la plage s'échaudant plus promplement que la mer, l'air chaud du rivage s'élève et se dirige vers la mer, tandis qu'il se fait un courant inverse de la mer vers la rive ; c'est ce qu'on décrit sous le nom de vent de mer, qui, faible le matin, devient plus violent dans l'aprèsmidi et cesse après le coucher du soleil. Dès que ce dernier a disparu à l'horizon, la mer, se refroidissant moins vite que le sol, l'air, au niveau de la mer, s'élève vers les régions supérieures, laissant place à un courant d'air venant de la terre; c'est le vent de terre.

de montagne.

vents spéciaux.

DE LA CLIMATOTnÉRAPIE. 189

Pour les montagnes, il eu est de même : le fond de la vallée et ^ Des venu le pied des montagues s'échauffant graduellement au lever du soleil, l'air de ces régions s'élève lentement le long de la montagne, produisant un courant ascensionnel auquel on donne le nom de vent de la plaine ou du matin. Au coucher du soleil, c'est l'inverse qui se produit et c'est l'air des montagnes qui descend dans la vallée.

Enfin, je dois vous signaler des vents spéciaux à certaines ré- Dca gions, comme le mistral, si fréquent sur les côtes de Provence ; le sirocco, sur nos côtes d'Afrique ; le fohn, en Suisse, etc., etc.

Examinons maintenant l'action physiologique de ces modifi- Eireis cations de la pression barométrique. Ces effets sont des plus im- P^y^'°^°eique3 portants et sont supérieurs même à ceux produits par la tem- ^atmi-" pérature. Déjà, dans la leçon précédente, je vous ai montré, à sphérique. propos de l'aérothérapie, l'influence de l'air comprimé, je n'y reviendrai pas, et je vais vous fournir ici, très rapidement, quelques indications sur l'influence de l'air raréfié.

C'est àPaul Bert età Jourdanet que nous devons les indications les plus précises à cet égard ; dans un travail sur la pression barométrique, Bert, analysant avec grand soin tout ce qui a été écrit sur le mal des montagnes et sur le séjour de l'homme à de grandes hauteurs, a montré, par des recherches expérimentales conduites avec une grande rigueur scientifique, que tous ces phénomènes dépendent de la cause suivante : d'une diminution de la tension de l'oxygène dans l'air que respirent les individus placés dans cette atmosphère à faible pression et dans le sang qui anime les tissus et les organes de ces individus, ce qui a pour effet d'amener des symptômes asphyxiques.

Jourdanet a donné le nom à'anoxxjhémie à cet ensemble symptomatique, puis il a établi, dans son beau travail sur la pression de l'air, une loi thérapeutique, d'après laquelle, à partir de 2 000 mètrçs d'altitude, la phtisie pulmonaire deviendrait tellement rare, qu'on peut affirmer qu'à cette hauteur elle n'existe plus.

Cette immunité de la phtisie aux altitudes élevées varierait d'ailleurs avec les pays. Pour notre zone, ce serait entre 1 300 et 1 400 mètres qu'on la rencontrerait ; Muller affirme, en effet, qu'à celte hauteur il n'y aurait qu'un cas de phtisie par 1 000 habitants. En revanche, les maladies du cœur et des gros vaisseaux seraient très fréquentes à ces altitudes élevées et

^90 DOUZIÈME CO.NFÉnKNCE.

cela résulterait d'un travail exagéré du cœur, amené lui-même par l'anoxyliéniie dont je vous ai parlé.

Comment expliquer avec les nouvelles données bactériologiques cette immunild <à la phtisie sur les hauts plateaux. Ici nous sommes ohligés d'invoquer deux hypothèses: l'une que nous verrons vérifiée par l'expérimentation, c'est la pureté de l'air à de pareilles hauteurs et la rareté dans cet air des microorganismes. L'autre hypothèse, c'est que peut-ôtre cette faiblesse de la pression atmosphérique constitue un milieu défavorable au développement et à la culture du bacille tuberculeux. Quoi qu'il en soit, c'est là un fait important et qui mérite toute votre attention.

De Ib pureté La pureté de l'air joue un rôle considérable sur la production de 1 nir. ^j. 2^ propagation des maladies. Depuis que Pasteur nous a montré par ses célèbres expériences que la génération spontanée n'existe pas et que partout où un organisme se développe, les germes organiques de l'air sont le facteur de cette génération, cette importance de la pureté de l'air est devenue encore plus grande.

D'ailleurs, des procédés scientifiques d'une extrême rigueur nous permettent aujourd'hui d'apprécier la pureté ou l'impureté de cet air par la numération et la culture des micro-organismes qui y voltigent et Miquel nous a fourni à cet égard des données d'une haute valeur.

On peut même établir comme une loi que l'air sera d'autant plus pur qu'il contiendra moins de ces germes, et tandis qu'au sommet du mont Blanc, ou bien au milieu de l'Océan, c'est à grand'peine qu'on trouvera un micro-organisme par mètre cube, c'est par milliers au contraire que vous les rencontrez dans l'air de nos salles d'hôpitaux, et cependant ajoutons que, recueillis avec grand soin et inoculés à des animaux, ces micro-organismes ont été impuissants jusqu'ici. à développer chez eux des altérations organiques.

Enfin, je dois vous signaler, pour terminer ce qui a trait aux facteurs du climat, l'électricité atmosphérique et l'ozone. Depuis les travaux de Bérigny (de Versailles] et de Pielra-Santa, qui ont montré que les courbes ozonométriques sont en raison Derozone. inverse de la température, on a attribué à l'ozone un rôle important dans la production de certaines maladies et en particulier du choléra. Rien n'est venu confirmer depuis dépareilles

DE LA CLlMATOTnÉRAPIE. 191

données et nous ignorons encore le rôle réel de l'ozone dans la production ou la cure des maladies.

J'en ai fini avec ce qui a trait aux éléments du climat ; il ne me reste plus maintenant qu'à vous parler de la division des climats et de leur application à la cure des maladies ; c'est ce que je vais faire aussi brièvement que possible.

On a proposé de nombreuses classilications des climats et l'on De la a pris pour base de cette division l'élément climatologique qui des climats, paraît le plus important : la température. C'est ainsi que Michel Lévya divisé notre globe en trois grandes zones : la zone torride, allant de l'équateur au 35^ degré de latitude nord et sud ; la zone tempérée, du 35^ au oo^ degré de latitude nord et sud; et enfin la zone froide, allant du 55^ degré aux pôles.

Jules Rochard, au lieu de suivre les degrés de latitude, a délimité ses zones par les lignes isothermes et voici les cinq divisions qu'il admet :

Climat torride ou très chaud, de l'équateur jusqu'aux isothermes de 25 degrés centigrades ;

Climat chaud, entre les isothermes 25 degrés et les isothermes 15 degrés centigrades ;

Chmat tempéré, entre les isothermes 15 degrés et les] isothermes 5 degrés centigrades ;

Climat froid, entre les isothermes + 5 degrés et les isothermes — S degrés ;

Climat polaire, entre les isothermes — 5 degrés et les isothermes — 15 degrés ;

Ces divisions ne tiennent compte que d'un des facteurs du climat. Vous ne serez donc pas étonnés que d'autres climatologistes aient établi leurs divisions sur les degrés d'humidité ; c'est ce qu'a fait Thomas, ou bien encore sur le degré de pression barométrique.

Weber a compris, dans ses divisions, tous les éléments climatologiques dont je vous ai parlé et il a créé une division beaucoup plus médicale que ses prédécesseurs. Il divise tous les climats en deux grandes classes ; les climats des côtes ou maritimes d'une part; les climats intérieurs ou continentaux de l'autre. Il subdivise les premiers en climats maritimes humides à température très élevée, en climats maritimes humides à température modérée, en climats maritimes de moyenne humidité et en climats maritimes chauds et secs. Les climats continentaux sont divisés

DOUZIlÏMli; COM-ÉHENCE,

eux-iîlômes en climals de montagne et en climats de plaine.

Pour (|uevous puissiez juger de cette classification, je vais vous citer ici les stations les plus importantes qui sont contenues dans CCS divisions. Ainsi, dans les climats maritimes humides et à température très élevée, il faut citer surtout Madère, Ténériffe, les îles Canaries ; dans les climats maritimes humides à température modérée, l'île de Bute et les îles Hébrides; dans les climats maritimes de moyenne humidité, il faut placer Alger, Ajaccio, la Rivicra di Levente et les villes qui y sont renfermées, l'ilc de Wight; dans les climats maritimes chauds et secs, la riviera di Ponenle, c'est-à-dire toutes les stations comprises depuis Hyères jusqu'à San-Rcmo.

Quant aux climats continentaux, la division en climats d'altitude et climats de plaine est facilement compréhensible; dans le climat d'altitude sont toutes ces stations établies à grands frais dans l'Engadine, telles que Davos-Platz, Davos-Dorlli, Saint- Moritz, Sarmaden, etc. Dans les climats de plaine sont Pise, Pau, Amélie-lcs-Bains, l'Egypte, etc.

Je ne puis ici, messieurs, vous décrire toutes ces stations, et s'il me fallait vous citer les avantages et les inconvénients de chacune d'elles, ce cours tout entier n'y eût pas suffi. Aussi, je vais ici vous parler très brièvement des indications thérapeutiques qui découlent des considérations dans lesquelles je viens Applications d'entrer, et parmi les maladies tributaires du traitement climapcuiiques. tériquG, je signalerai surtout le rhumatisme, l'albuminurie, la scrofule et enfin les maladies du poumon, jjgg De toutes les maladies, celles qui paraissent le plus heureuse-

maladies ment influencées par le climat sont, à coup sûr, les affections

du poumon. '■ .

du poumon, et on comprend d'ailleurs facilement cette action thérapeutique, lorsqu'on songe au contact direct et incessant de l'air avec le parenchyme pulmonaire, et si les variations brusques delà température peuvent occasionner desbronchitesetdes inflammations du poumon, un air pur, à température égale, agit en sens inverse et dissipe les congestions pulmonaires qui se sont produites.

Traitement ^^st surtout Une maladie du poumon où cette influence cli-

"'""deTa^"" matérique joue un rôle prépondérant, c'est la phtisie pulmoiiibcrcuiose. nairc, et nous voyons les tuberculeux chercher dans des régions

plus ou moins appropriées un climat favorable à la cure de leur

aflection pulmonaire.

DE LA CLIMATOTniiRAPIE. 193

Le nombre des ouvrages que l'ona écrits sur cette question est considérable et je ne puis vous les indiquer tous. Je ferai cependant une exception pour le travail de Williams (i), où l'on trouve des cbiffres qui ont une réelle importance. Sur 235 phtisiques ayant vécu dans les pays chauds, Williams trouve 103 améliorations, 33 états stationnaires et 99 aggravations, en sorte que près de la moitié de ces tuberculeux auraient tiré une influence favorable des climats chauds.

L'auteur a d'ailleurs poussé plus loin ses recherches et a établi le pour centage des améliorations, des états stationnaires et des aggravations suivant les diverses stations hivernales où avaient séjourné ces malades, et voici comment sont répartis ces chiffres :

1» Climats tempérés et humides dans l'inlcriew des terres (Arcachon, Pau, Bagnères-dc-Bigorrej Rome) : 52,7 pour 100 améliorés; 7,83 pour 100 stationnaires; 44,8 pour 100 aggravés.

2" Climats secs du bassin de ta Méditerranée (Hyères, Cannes, Nice, Menton, San-Remo, Malaga, Ajaccio, Palerme, Malte, Corfou, Chypre, Alger) : améliorés, 58,5 pour 100; stationnaires, 20,7 pour 100; aggravés, 19,6 pour 100;

3" Climats très secs (sud de l'Europe, Egypte, Syrie, Gap, Natal, Tanger) : améliorés, 61,8 pour 100; 24,6 pour 100 stationnaires ;

4" Climats humides et chauds de l'Atlantique (Madère, Canaries, Sainte-Hélène, Indes occidentales, Indes en général, Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud (Andes) : 52 pour 100 améliorés ; 14,7 pour 100 stationnaires; 33,5 pour 100 aggravés.

A côté de ces climats chauds, dits climats de plaine, on a opposé les climats d'altitude dans la cure de la phtisie, et nous voyons chacune de ces stations avoir ses partisans et ses adversaires ; les uns, soutenant que les stations d'altitude ont une action médicatrice directe sur la tuberculose, tandis que les stations de plaine ou de pays chauds permettent aux tuberculeux de vivre; ce que le professeur Jaccoud a traduit sous une forme élégante en disant que « les climats d'altitude sont les agents curateurs dans le traitement de la tuberculose, tandis que les climats de plaine n'en sont que les témoins»; les autres, au

(1) Williams, Etude sur les effets des climats chauds dans le traitement de la consomption pulmonaire, trad. Nicolas Duranty. Paris, 1875.

HYGIÈNE TllÉRAP. 2° KDIT. 13

nOUZIÈMli; CONFKRENCB.

contraire, soutenant que les climats d'altitude imprinaent à la tui)crc.ulose une marche plus rapide, eiiohc Comment pouvcz-vous vous guider pour fixer le choix d'une d'une siftiion. sliilion hivernale à un luhcrcuieux ? Cette question est des plus déhcates; car, dans celte action curatrice des stations hivernales, le climat ne joue pas le rôle exclusif. Il est d'autres facteurs presque aussi importants et que je ne ferai ici que vous signaler; d'aliord les questions de confort au point de vue de l'habitation, puis celles de l'alimentation; il est certain que chaque peuple est habitue à une alimentation spéciale qu'il désire retrouver dans le pays où il se rend. N'oubliez pas aussi que vous avez affaire h des malades dont l'appétit est affaibli et qui ont besoin de toutes les ressources d'une cuisine recherchée pour maintenir leur nutrition et vous comprendrez facilement comment certaines stations doivent ôtre abandonnées, malgré l'eflicacitc du climat, à cause de tous ces desiderata. Pour ne vous citer qu'un exemple, voici les bords du Nil qui ont été très vantés ; eh bien, le tuberculeux peut trouver difficilement dans ces régions la cuisine qui excitera son appétit, d'une part, et un local qui lui permettra de se reposer des fatigues de pareils voyages.

Ce que je dis du confortable de l'appartement et de la cuisine, je puis le dire encore des plaisirs et des distractions auxquels le tuberculeux peut participer dans la station où vous l'enverrez. Il est des stations où le tuberculeux ne trouve aucun individu parlant sa langue, et l'on comprend alors quel doit être son ennui. Toutes ces considérations doivent entrer en jeu, je le répète, quand vous aurez à désigner l'endroit où votre malade devra passer la mauvaise saison.

Mais, en nous tenant aux seules indications du climat, nous pouvons cependant établir les règles suivantes : chez les individus prédisposés à la tuberculose ou bien chez les malades lymphatiques où la tuberculose marche avec une extrême lenteur, et ce que nous appelions autrefois la tuberculose à forme scrofuleuse, vous pourrez indiquer les stations d'altitude. L'air pur que l'on y respire, l'action stimulante et révulsive sur les téguments de l'air vif qui y règne, l'activité plus grande des fonctions respiratoires, tout concourt à activer la nutrition chez ces malades et à constituer un milieu réfractaire soit au développement, soit aux progrès envahissants de l'élément bacillaire. Ces stations de l'Engadine possèdent aujourd'hui des hôtels

Dli LA CLIMATOÏUÉRAPIE. 195

admirablement inslallcs, pourvus de galeries qui permellcnt aux phtisiques de se promener, môme par les temps les plus mauvais, et dejouir, au milieu des neiges qui régnent à ces hauteurs pendant tout l'hiver, de tout le confortable de la vie moderne.

Au contraire, lorsque la tuberculose aura déjà amené des désordres plus ou moins considérables du côté du poumon, il faut abandonner ces climats d'altitude et revenir alors aux climats de plaines, et ici nous devons établir une différence entre la phtisie à forme rapide ou congestive, et la tuberculose à forme lente.

Pour les formes congestives, ce sont les climats humides et chauds que vous devez indiquer (Madère, Pise); pour les formes lentes, au contraire, ce sont les climats chauds et secs, les bords de la Riviera, de Hyères à San-Remo, Pau, et enfin l'Algérie, pour ne parler que de notre région.

Si la phtisie est heureusement influencée par les climats, il est d'autres affections pulmonaires qui peuvent y trouver leur complète guérison ; par exemple la bronchite chronique, le catarrhe pulmonaire et enfin l'asthme.

La cure de l'asthme est presque toujours une question de cli- Du mat, mais ici, comme je l'ai dit d'ailleurs dans mes Leçons de ciîmatéïfque clinique thérapeutique, toutes les conditions que nous venons ^® l'asihme. d'énumérer disparaissent selon le malade que Ton a à traiter, et souvent c'est dans les pays les plus humides et les plus malsains que l'asthmatique trouvera la guérison des accès qu'il éprouve.

Jusqu'ici je n'ai parlé que de climats de plaine ou de climats d'altitude ; je dois vous dire quelques mots du climat marin. On a, en effet, conseillé dans la cure de la tuberculose, le séjour non pas au bord de la mer, mais sur la mer elle-même, et nous voyons aujourd'hui nos voisins d'outre-Manche faire parcourir à leurs tuberculeux, sur des vaisseaux à voiles appropriés à cet usage, de grands voyages de circumnavigation, tels que le voyage autour du monde ou celui de l'Australie.

Je n'ai pas à apprécier celte raétbode de traitement. Ce que je puis dire, c'est qu'elle est absolument incompatible avec nos mœurs et nos habitudes françaises, et nos compalriotes qui se montrent si craintifs lorsqu'il faut faire la traversée de vingtquatre heures qui sépare Marseille d'Alger, refuseraient impitoyablement, quelque avantage qu'on puisse leur promettre, de séjourner pendant plus d'un an sur mer.

196 D0UZIÈM12 CONFÉnENCE.

La scrofule, qui aujourd'liui, doit ôlre rattachée à la tuberculose, du moins par ses lésions anatomo-palhologiques et sa microbiologie, sinon par sa clinique, réclame un traitement cli- Du matériquc tout sj)écial. Ici l'air marin a une action absolument

ohraai marin. gf{i(.^(.g et souvcnt véritablement merveilleuse. Ce qui se passe à l'hôpital do Berck-sur-Mer pour les enfants scrofuleux de nos hôpitaux en est une preuve indéniable. Aussi voit-on se multiplier ces sanilaria si favorables au développement de la jeunesse de nos grandes villes. Si l'air marin est favorable pour combattre la scrofule et le lymplialisme, il présente, au contraire, certains inconvénients non douteux chez les nerveux; par son action excitante, il provoque une exagération dans les désordres du système nerveux.

1)11 iiiiiiemcni Mais Cette question de l'application du climat à la cure des ""^ ™' maladies de poitrine a pris une face nouvelle depuis la communication faite en 1887 au congrès de Wiesbaden par le docteur Dettwciler (1). Ce médecin, qui dirige à Falkcnstein un élablissemcnt destiné à la cure de la phtisie, y pratique ce qu'il appelle la cure permanente à l'air hbre [Dauerluftcur], cure qui consiste à faire vivre le malade le plus possible en plein air, et cela pendant le jour comme pendant la nuit, en maintenant pendant toute la nuit et en toute saison les fenêtres entr'ouvertes. Les résultats obtenus à l'Institut de Falkenstcin qui est situé, comme on le sait, dans le Taunus, à une heure environ de Francfortsur-le-Mein, à une altitude de 440 mètres, ont été des plus remarquables, puisque, d'après Dettweiler, sur les 1 022 malades reçus à cet institut, de 1876 à 1886, on aurait observé 132 guérisons définitives, c'est-à-dire 13,2 pour 100, et 110 guérisons relatives, ce qui fei'ait un total de 24,2 pour 100.

Ce n'est pas la première fois que l'importance de l'air pur dans le traitement de la phtisie avait été signalée ; déjà, en 1752, Raulin, dans un curieux ouvrage sur le traitement de la tuberculose, veut que les fenêtres des chambres où habitent les tuberculeux soient maintenues ouvertes; un voile est interposé au milieu de la chambre entre la fenêtre et le malade, on l'agite de temps en temps pour renouveler l'air de la chambre. A une époque plus rapprochée de nous, nous devons signaler surtout

(1) Dettweiler, Die Thérapie der Phtisis, extrait du Congrès de médecine de Wiesbaden, 1887.

DE I.A CLIMATOTUÉnAPIE. 197

les travaux d'Henri Bennct, qui écrivait les paroles suivantes, il y a plus de trente ans :

« Ce qui m'étonne toujours, c'est de voir une foule de personnes tous les hivers rester au grand air presque toute la journée, s'en trouver bien et regarder pendant le jour l'air atmosphérique comme un ami. Puis, rentrées à la maison, elles allument le poôle, élèvent la température de la chambre, calfeutrent portes et fenêtres et s'emprisonnent toute la nuit avec un air qu'elles rendent méphitique par leur respiration et leurs exhalaisons diverses. C'est vraiment insensé. Mais tel est l'homme; souvent il ne raisonne pas, et suit la routine aveuglément. »

Tous les auteurs qui ont écrit depuis sur le traitement de la phtisie ont insisté sur cette nécessité de l'air pur, Pietra Santa, Debove, Jaccoud, Cornil, Hérard , et tout particulièrement Lagneau et Peter. Le premier a signalé l'influence désastreuse de l'air confiné de nos ateliers sur le développement et la propagation de la tuberculose dans les classes ouvrières, et Peter a indiqué les dangers de cet air ruminé des chambres aux tentures l'iches et épaisses, où mijote, comme il le dit, le phtisique.

Mais il faut bien le reconnaître, personne n'avait mis une sévérité aussi grande que le docteur Dettweiler dans la cure du tuberculeux à l'air libre. A Falkenstein, on prolonge autant que possible la journée du malade, et on le maintient exposé à l'air libre dans des lits spéciaux, avec des températures qui dépassent 12 degrés au-dessous de zéro et cela pendant dix à onze heures. Durant la nuit, les fenêtres de leurs chambres restent constamment entr'ouvertes.

C'est par l'accoutumance que l'on habitue le malade à rester à l'air libre, et comme le dit très bien Dettweiler, c'est au médecin à fixer, après examen approfondi du plitisique, le lieu de séjour et la durée de temps qu'il passera à l'air libre, et à surveiller attentivement l'exécution rigoureuse de sa prescription à ce sujet. A cette cure à l'air libre, vient se joindre un régime alimentaire très surveillé, très intensif et constituant une véritable suralimentation. Enfin des exercices de gymnastique respiratoire, des marches en plein air, des ascensions, complètent le traitement hygiénique fait à Falkenstein.

Comment expliquer la possibilité de faire vivre un malade De la fenêtre dans une chambre dont la fenêtre est entr'ouverte pendant la

108 DOUZIEME CO.NFÉn.-.NCE.

nuit? A cet égard, des cliiiïrcs intéressants nous ont été fournis par le docteur Nicaise qui, pendant cent six jours, du 22 décembre 1888 au 6 avril 1889, a pris la température minima de l'air extérieur, et celle d'une cliambrc située à Nice, boulevard de Carabacel, au premier étage, et ayant une fenêti e située au sudouest. L'un des thermomètres était situé au debors, près de la fenêtre; il était muni d'un petit auvent incliné. L'autre dtait situé dans la chambre, au niveau du lit, à 3™, 50 de la fenêtre. Du maintien Pendant le jour, les fenêtres étaient léprèremcnt ouvertes • mais

la tcmpéraUiro dès que le jour avait disparu, on fermait les nersienncs. Ces

constante i • . , , ni .

dans dernières étaient, comme toutes celles des maisons du Midi, cons-

una cluimbro .•. • j i i .< - i i- . ■ •

à fenêtre tituccs par dcs pianclieltes superposées obliquement de bas en ouverte, j^j^^f^ l'extérieur à l'intérieur. Pendant la nuit, la fenêtre restait entr'ouvcrte, de manière à laisser un espace libre de 30 à 40 centimètres. Jamais la température de la chambre ne s'est abaissée au-dessous de 10 degrés et elle a oscillé entre -\- 10 degrés et -j- 14 degrés, quoique la température extérieure soit descendue à — 2 degrés.

Le docteur Nicaise explique ce fait par l'emmagasinement de la chaleur pendant la journée. Lorsque les persiennes sont fermées, cette chaleur rayonne d'une paroi à l'autre, à condition toutefois que les volets soient fermés, car dès que ceux-ci sont ouverts, il s'établit un équilibre de chaleur entre la température de la chambre et celle de l'air extérieur. De plus, comme la chambre est occupée, la respiration de la personne et sa chaleur propre tendent à maintenir une température constante; et j'ai longuement insisté sur ce point dans le rapport que j'ai présenté à l'Académie sur le travail du docteur Nicaise, intitulé : De l'aération par la fenêtre entr'ouverte (1).

Onimus, qui s'est beaucoup occupé du traitement par la fenêtre entr'ouverte (2), a donné une autre explication. Il a soutenu que la température de la nuit, sur les bords de la Riviera, non seulement ne s'abaissait pas, mais même qu'elle était toujours assez élevée, et que ce n'était qu'au lever du soleil qu'il se produisait un abaissement brusque de température. D'après lui, vers minuit, ou mieux entre minuit et deux heures du mail) Dujardin-Beaumetz, De l'aération permanente par la fenêtre entr'ouverte {Bulletin de l'Académie, séance du 25 février 1890, page 209).

(2) Onimus, Dormir la fenêtre entr'ouverte {La Santé au soleil, décembre 1888.

DE LA CLIiMATOTllÉItAPIE. 199

tin, il existe môme une élévation do température. Cette élévation serait quelquefois de 2 à 3 degrés.

Dans tous les cas, dit-il, et par les nuits les plus froides, jamais il n'y a d'abaissement brusque de la température, et si l'on voulait prendre les précautions les plus minutieuses, ce ne serait guère que le matin, une demi-heure avant le lever du soleil, qu'il conviendrait de fermer les fenêtres.

Il a étudié complètement cette question dans un travail fort étendu publié dans le Bulletin de thérapeutique (1), où il s'oc-

XH» » 6 a loM.'» * 6 a loXI" * " s «oMl's * a s voXITa * 8

Fig. 9.

cupe plus particulièrement de la nuit médicale. Pour juger cette question, il s'est servi de thermomètres enregistreurs qui lui ont permis de fixer d'une façon positive les variations de la température à l'intérieur d'une chambre à fenêtre entr'ouverte et à l'extérieur ; on pourra juger, par la figure ci-jointe, des modifications des tracés pris à l'intérieur et à l'extérieur. On y verra (jua la Turbie, où les observations ont eu lieu, et près du bord de la mer, la température intérieure a toujours varié entre 10 et \o degrés, ce qui permet au docteur Onimus d'affirmer que la température d'une chambre à fenêtre entr'ouverte reste toujours do quelques degrés plus élevée que la température extérieure.

(1) Onimus, Recherches sur la variation thermométrique au point de vue de l'hygiétie. De la nuit médicale. — Bulletin de thérapeutique, tome CXVIII, 1890, page 300.

'^^ DOfZIlhlIC CONFÉmCNCE.

Jamais il n'a vii, diL-il, le tlicrinom(iU'e descendre au-dessous de 8 degrés dans une chambre exposée en plein midi, les fenôlres ouvertes elles persiennes fermées.

Quelle que soit l'explication que l'on adopte, il paraît démontré que l'on peut, dans des conditions données, maintenir une température constante, qui n'est pas inférieure à 10 degrés dans une chambre dont les i'cnôtrcs sont cntr'ouvertes pendant la nuit. On peut utiliser les fenêtres cntr'ouvertes avec persienncs fermées comme h Falkenstcin, ou bien les vasistas qui fonctionnent à Davos, ou bien encore les fenêtres à guillotine en usage en Angleterre. Onimus préfère les vasistas s'ouvrant de haut en bas et placés au-dessus des fenêtres; il met des ridcauv devant ces vasistas. On pourrait peut-être aussi faire usage de ces curieuses vitres perforées, proposées par Trélat, et qui ne sont pas encore malheureusement entrées dans le domaine de la pratique courante. Vous pouvez voir dans ce service un système de fenêtre basculante proposé par un de nos artistes de l'Opéra, Eyraud, et que j'expénmente|en ce moment.

En tout cas, nous devons marcher avec plus de hardiesse dans l'emploi de cette cure par l'air libre dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, mais il faudra mettre dans vos essais une extrême prudence et de grands ménagements. Tout le monde est d'accord pour reconnaître les dangers de cet air confiné pour les tuberculeux, non pas pour la propagation de la tuberculose, puisque l'air expiré des tuberculeux ne contient pas de bacilles, mais parce que, comme l'ont montré les recherches de Brown- Séquard et de d'Arsonval, cet air expiré contient des toxines d'une extrême nocivité.

De plus, d'après les expériences de PettenkofTer et deVoigt, pendant la nuit, il se fait une absorption d'oxygène qui l'emporte de beaucoup sur la quantité d'acide carbonique exhalée. Aussi Onimus adoptc-t-il le dicton suivant: liOuvre ta fenêtre; c'est la santé qui entre. » Donc, désormais notre attention doit être appelée sur ce point, et vous devez prendre les mesures nécessaires pour réglementer l'usage de cet air pur aux tuberculeux.

Telles sont les très courtes réflexions que je voulais vous faire à propos de la climatothérapie. Je n'ai fait qu'effleurer ce sujet; à vous de l'approfondir davantage en lisant les ouvrages spéciaux qui y sont consacrés. Mais je ne voulais pas terminer ces leçons

DE LA CLlMATOTnitRAPIE.

sur l'hygiène thérapeutique sans vous signaler ce grand facteur de guérison dans le traitement des nialadics.

J'en ai fini avec ces leçons sur l'hygiène thérapeutique; l'année précédente, je vous avais parle de l'hygiène alimentaire, j'ai donc ainsi parcouru la tâche que je m'étais imposée. Je vous ai montré, je l'espère du moins, qu'à côté des agents médicamenteux si nombreux qui constituent la thérapeutique pharmaceutique, il existe des agents tout aussi utiles, peut-ôtre môme plus puissants, puisés exclusivement dans l'hygiène, et que vous devez mettre utilement en œuvre dans un grand nombre de cas, et je terminerai en invoquant les paroles qu'Hippocrate a inscrites en tête de son beau livre sur l'air, les eaux et les lieux, en vous disant :

« Quiconque veut connaître l'art de guérir ne peut négliger les objets dont je viens de parler. »

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