‹ L'hygiène thérapeutique [electronic resource]Chapitre 9 sur 15 · L HYDROTHÉRAPIE ET LES MALADIES CHRONIQUES · texte numérisé non relu

L HYDROTHÉRAPIE ET LES MALADIES CHRONIQUES

2° Réveil de l'appétit et amélioration des fonctions digeslivcs ; 3° Meilleure distribution et meilleure répartition de la masse

du sang ;

40 Rétablissement des fonctions de la peau ;

5» Perfectionnement progressif de l'hématopoièse par la régénération des hématies et leur retour à un chiffre et à une valeur individuelle physiologiques ;

6° Augmentation des combustions intimes dans les éléments anatomiques des tissus.

Dans la cure des états chloro-anémiques, ce sont des douches froides de très courte durée qu'il faut employer. Bottey veut que cette durée ne dépasse pas deux à trois secondes^ mais que l'eau soit au plus à 8 degrés. Cette température est rare dans nos établissements hydrothérapiques, aussi je vous conseille des douches à la température de 10 à 14 degrés, mais durant de dix à quinze secondes. Il faut activer la réaction par des frictions sèches et de l'exercice.

Selon que vous aurez affaire à des chloroses ménorrhagiques ou aménorrhéiques, votre formule hydrothérapique doit un peu varier. Dans la première forme, il faut doucher les pieds avec de l'eau froide et localiser les effets de la douche sur la partie supérieure du corps. Dans l'autre forme, c'est-à-dire lorsqu'il y aura de l'aménorrhée, il faudra doucher les pieds avec de l'eau chaude et faire porter la douche froide sur les reins et le tronc.

Je vous ai dit que les maladies organiques du cœur constituaient à mon sens une contre-indication absolue à l'emploi de l'hydrothérapie, et je maintiens cette opinion. Si l'on a obtenu par l'emploi de l'eau froide la cure de troubles cardiaques, c'est que l'on a confondu ceux qui dépendent de l'anémie avec ceux qui résultent d'une lésion valvulaire, et je passe maintenant à l'application de l'hydrothérapie dans les maladies du système nerveux.

C'est surtout dans les maladies chroniques du système ner- Traitement veux que l'on fait usage de l'hydrothérapie, et pour mettre de thérapîque l'ordre dans cette énumération, je vais successivement examiner ^^nerveua^es^ les applications de l'eau froide dans le nervosisme, les névroses, les névralgies, et enfin dans les maladies de la moelle et de l'encéphale.

Le nombre des nervosiques, des neurataxiques va sans cesse grossissant et cette progression croissante résulte des conditions

^24 NEUVllilMB CONFÉRENCE.

Dang sociales dans lesquelles nous vivons. Comme c'est dans le traite-

irvoBismo. , , ' . . 1.1 1 1 - •

icmcnt de cet etal bizarre et proteique que 1 liydrotlierapic

compte le plus de succès, on comprend que c'est l'une des causes de prospérité des établissements Iiydrotbérapiques, et dans la statistique de l'établissement Saint-André, de Bordeaux, publiée [)ar Dclmas, nous voyons en effet que les nervosiques forment les 60 pour 100 des troubles nerveux traités dans cet établissement.

On peut dire que tous ces nervosiques, tous ces déséquilibrés sont tributaires d'un triple traitement : hydrotliéraj)ic, gymnastique, hygiène alimentaire.

Je vais vous exposer tout à l'heure comment vous devez employer l'eau froide chez ces malades; dans les leçons précédentes, je vous ai parlé de la gymnastique, il me reste à vous dire quelques mots de l'hygiène alimentaire.

Depuis que Bouchard, par ses belles recherches, a appelé de nouveau l'attention sur la dilatation de l'estomac, on peut établir cette règle qui souffre peu d'exceptions, c'est que chez le plus grand nombre de ces nervosiques et pseudo-hystériques, il existe une dilatation de Festomac. On peut même ajouter cette autre loi que, s'il s'agit d'une femme et que si la dilatation de l'estomac est considérable, il existe concurremment une ectopie du rein droit.

Si la pathogénie de cette ectopie est facile, puisque la dilatation de l'estomac amène une congestion du foie, qui jointe [à l'habitude du corset permet d'expliquer l'abaissement du reia droit, il n'en est pas de même de la relation qui existe entre la dilatation de l'estomac et ces états nerveux. Est-ce le mauvais fonctionnement du système nerveux qui a préexisté et a favorisé la dilatation? Est-ce, au contraire, la dilatation qui détermine ces phénomènes? Nous ne savons ; mais, en tous cas, il est un fait acquis, c'est qu'une hygiène alimentaire bien comprise et s'appliquant à la dilatation de l'estomac soulage les malades, et je vous renvoie, à cet égard, à mes conférences (1) de l'année dernière sur l'hygiène ahmentaire.

Mais revenons à l'apphcation de l'eau froide. Gomment doitelle être faite chez les neurataxiques? Ici, toutes les formes de l'hydrothérapie peuvent être appliquées, et cela selon le genre des accidents nerveux.

(1) Dujardia-Beaumetz, Hygiène alimentaire, Paris 1887, p. 211.

l'hydrothérapie et les maladies CnnONIQUES. 125 S'ao'it-il d'un iiervosique à excilabililé très gi-ande, à sensibilité de Ja peau exagérée? C'est l'eau tempérée à 28 degrés que vous devez employer ; c'est, en effet, l'action sédative qu'il faut en pareil cas.

S'agit-il, au contraire, d'un neurataxique triste, déprimé? C'est l'action tonique de l'eau froide qu'il faut rechercher, et vous devez lui conseiller des douches froides de 10 à 12 degrés, très courtes, suivies de frictions énergiques.

L'état de dépression est-il encore plus marqué, et avons-nous affaire à un véritable hypocondriaque mélancolique? Vous devez alors produire par l'eau froide une stimulation plus vive encore et un effet excitant, vous l'obtiendrez par la douche écossaise.

A côté de cet état nerveux, il faut placer l'hystérie, qui a avec cet état des points de contact si nombreux et si intimes, qu'il est souvent bien difficile de séparer la neurataxie de l'hystérie, et cela d'autant plus que nous trouvons aujourd'hui un grand nombre d'hommes hystériques. Ici encore l'hydrothérapie s'impose, et comme pour le nervosismc, elle doit varier selon les formes de l'hystérie.

Dans les formes excitantes, de beaucoup les plus fréquentes, ce sont les douches sédatives, c'est-à-dire les douches de 28 à 30 degrés, que vous devez ordonner. Dans les formes dépressives, ce sont d'abord les douches Ioniques très froides et très courtes qui sont les plus avantageuses, ou bien encore les douches révulsives, c'est-à-dire les douches écossaises.

Ces applications variables de l'hydrothérapie aux manifestations si protéiques et si changeantes de l'hystérie vous cxpUquent les causes des succès et insuccès de l'eau froide et vous montrent aussi la nécessité de suivre pour ainsi dire chaque jour les résultats de cette application.

Dans les cas graves d'hystérie, il faut joindre, à ces applications d'eau froide, l'isolement. L'hystérique trouve souvent, pour ne pas dire toujours, dans le milieu où elle vit, des aliments incessants à ces manifestations nerveuses; il faut donc la séparer de ce miheu pour obtenir de l'hydrothérapie un bénéfice réel.

Vous placerez donc vos malades hystériques graves dans ces établissements Iiydrothérapiques où l'on reçoit des malades. Malheureusement, ainsi que je vous le disais il y a peu d'instants, comme le plus grand nombre des personnes qui fréquentent ces

NEUVIÈME CONFJCRENCE.

Dans l'opilopsio.

élablisscments sont atteinte» elles-mêmes de troubles nerveux, le malade quitte un milieu mauvais pour retomber dans un milieu qui ne vaut guère mieux. Mais cependant, comme l'accoutumance n'est pas encore faite, vous pouvez, pendant les premiers mois, bénéficier de ce cliangement.

Signalée par Giannini, comme utile dans l'épilepsie, l'hydrothérapie a surtout été employée par Pleury, par Rosenthal, par NoLlinagcl, et récemment Bricon et Bourneville (1 ) ont étudié ses effets dans le mal comitial. Leur conclusion est que, si l'bydrothérapie est impuissante à guérir l'épilepsie, elle éloigne les accès et améliore considérablement l'état des malades soumis à ce traitement. Malgré cette inefficacité relative de l'eau froide dans l'épilepsie, elle nous rend cependant de grands services dans la cure de cette affection, et voici pourquoi : elle nous permet de maintenir l'administration de hautes doses de bromure sans amener une trop grande dépression chez le malade.

Lorsqu'on est, en effet, obligé de donner à des épileptiques des doses joui-nalières de 8, 9, iO et même i2 grammes de bromure de potassium, on comprend facilement les effets dépressifs d'une pareille médication. Aussi ces malades sont-ils toujours somnolents et leur intelligence et leur esprit sont-ils dans un état de torpeur très prononcée. Vous ne combattrez cette dépression que par l'hydrothérapie, et, bien entendu, ce sont les douches froides et courtes ou les douches écossaises, c'est-à-dire l'action tonique et révulsive, que vous devrez rechercher.

Je vous dirai peu de chose de la chorée. La gymnastique et l'hydrothérapie sont une des bases du traitement de cette névrose. Vous devez surtout ici employer des douches tièdes, et cela d'autant plus que la nature rhumatismale de l'affection réclame dans l'emploi de l'eau froide de grands ménagements. J'arrive maintenant à l'emploi de l'hydrothérapie dans la cure des névralgies. L'hydrothérapie est un agent curateur de la douleur ; aussi les névralgies. j.g^,.Qj, employée avec succès dans la cure des névralgies. Ici, les formules hydrothérapiques sont variables, selon la nature de la névralgie. Mais, en général, c'est l'action révulsive que l'on recherche surtout, et par cela même la douche écossaise est surtout employée ; on a même voulu aller plus loin dans les

(1) Bourneville et Bricon, Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'hystérie, l'épilepsie et l'idiotie pour l'année 1886. Paris, 1887. —P. Bricon, Du traitement de Vépilepsie. Paris, 1882.

Dans la chorée.

Dans

l'hydrothérapie et les maladies chroniques. 127

effets révulsifs de l'eau froide et l'on a imaginé l'aquapuncturc.

Cette aquapuncture consistait à lancer av€c une grande force ne un jet d'eau filiforme sur la peau, cette eau traversait les tissus, ' "'"3"!''° déterminant ainsi des effets révulsifs d'une haute intensité. Malgré les succès obtenus par Siredey, qui se trouvent consignés dans la thèse de son élève Servada, l'aquapuncture a été abandonnée, parce qu'il a paru démontré à tous les observateurs que ce mode de révulsion était beaucoup plus douloureux que les autres procédés, sans leur être supérieur {]).

Dans les névralgies d'origine rhumatismale, vous devez faire intervenir des températures élevées, et on peut utiliser ou les étuves sèches ou humides, ou bien encore les douches de vapeur.

L'application de l'hydrothérapie aux maladies de la moelle et ne l'hydrothédu cerveau a donné Heu à des discussions fort intéressantes, maîàdfeTdèYa et si des opinions si diverses et si opposées ont été émises sur la ^oei^e. valeur d'une cure hydrothérapique dans les affections chroniques de la moelle et du cerveau, c'est qu'on n'a pas toujours eu soin de bien préciser les cas et surtout les périodes de la maladie où l'eau froide est applicable.

Pour les maladies de la moelle, cette distinction présente la plus haute importance. La douche froide, de courte durée, dirigée le long de la colonne vertébrale avec une certaine force, déterminant des phénomènes congestifs du côté de la moelle, pourra être appliquée avec succès dans tous les cas où l'anémie de la moelle est la cause des accidents observés. Dans tous ceux, au contraire, où il existera de l'excitation et de la congestion médullaire, cette eau froide ne peut avoir que des inconvénients.

Donc, dans la congestion médullaire, dans les myélites à leur période congestive, dans les scléroses, lors des poussées actives qui précèdent le travail hyperplasique, la douche froide sera plus nuisible qu'utile, et vous ne pourrez utiliser alors que les douches d'eau tiède. C'est là une formule hydrothérapique recommandée par Delmas et par Beni-Barde. Lorsqu'au contraire ces phénomènes congestifs auront disparu, vous pourrez abandonner les effets sédatifs des douches tièdes et recourir aux effets toniques de la douche froide.

Le traitement des affections de la moelle et des scléroses en

(1) Siredey, Traitement des névralgies par l'aquapuncture {Bull, de ihérap., 1873, t. XCIV, p. 467.— Servaga, Thèse inaugurale, Paris, 1872.

NEUVIliMR CONFKIIENCR.

particulier demande donc de la pari du médecin une extrême surveillance et une grande habitude des pratiques liydrotliérapiques. Aussi je ne saurais trop, messieurs, vous recommander d'apporter tous vos soins à la prcscrij)lion de riiydrothérapie chez vos tabéti(|ues, car vous pouvez, par un mauvais emploi de l'eau froide, aggraver considérablement leur situation.

Dans Ce que j'ai dit à propos de la moelle, je puis le dire à propos duoorvo'ilu' cerveau, et les mômes ménagements doivent ôlre employés pour l'emploi de l'eau froide dans la cure de ces affections. Pour ma part, toutes les fois que je constate des lésions du côté du cerveau, lésions matérielles, bien entendu, je me refuse à conseiller l'hydrothérapie, craignant toujours que les troubles circulatoires méningés qui se produisent sous l'influence de l'eau ne viennent aggraver l'état du malade.

Dans la folie. Je VOUS signalerai, sans y insister, l'emploi de l'hydrothél'apie dans les vésanies cérébrales. Depuis longtemps, on a conseillé l'hydrothérapie dans la cure des différentes formes de folie. Là encore, comme pour les maladies de la moelle et du cerveau, les résultats ont été contradictoires, parce que l'on n'a pas toujours eu soin de bien préciser les indications et les formules hydrothérapiques applicables à chaque cas en particulier. Tout dépendra de l'état de congestion ou d'anémie des centres nerveux. Chez tel mélancolique à forme dépressive, l'eau froide peut vous donner de bons résultats, tandis que dans la paralysie générale à forme congestive, cette même douche froide ne fera qu'aggraver la situation.il vous faudra donc encore mettre beaucoup de ménagement dans l'emploi de l'hydrothérapie dans le traitement des troubles intellectuels,

I3g„g L'hydrothérapie, vous ai-je dit, est un des plus puissants moles maladies djficateurs de la nutrition. Aussi, toutes les fois que celle-ci est

consomptives • j i

d' ti ési ues ^'^^^"^^ °" troublée, a-t-on conseillé l'emploi de l'eau froide et la lesiques. conduit à VOUS parler des effets de l'hydrothérapie dans

les maladies consomptives et diathésiques. Dans Gomme type de ces maladies consomptives, nous prendrons la la phtisie. p],^gie pulmonaire. En France, nous nous montrons, en général, peu partisans de l'emploi de l'hydrothérapie dans la cure de la phtisie pulmonaire confirmée, et, malgré les afflrmations de Flcury et les observations qu'il avait publiées à cet égard, la plupart de nos confrères n'emploient pas l'eau froide dans la cure de la tuberculose. Beaucoup d'entre eux, môme, seraient

l'hydrothérapie et les maladies chroniques. 129

prêts à soutenir la parole de Vallcix (1), qui prétendait que c'était commettre une énormité que de soigner par l'eau froide les malades atteints de phtisie.

Il n'en est pas de même en Allemagne, où l'on voit l'hydrothérapie appliquée au traitement de la phtisie pulmonaire, à ses périodes les plus avancées. Cependant, Priessnitz, qui ne pouvait distinguer les différentes affections de la poitrine, repoussait impitoyahlement de Groefenberg les malades atteints de toux ou de dyspnée.

La statistique la plus intéressante sur les re'sultats obtenus par l'eau froide dans la cure delà tuberculose nous a été fournie par Sokolowski (2), qui nous a montré qu'à l'établissement de Gorbresdorf (en Silésie), sur 106 cas de tuberculose se subdivisant ainsi : 60 au début, 17 avec phtisie confirmée et 29 avec consomption évidente, après six mois de traitement par l'eau froide, 39 malades auraient guéri, 34 auraient été notablement améliorés, 19 simplement améliorés, 7 n'auraient pas eu de résultat, 3 auraient vu leur état s'aggraver et 4 seraient morts.

Ces chiffres seraient des plus favorables, et, si on s'y rapportait entièrement, on serait tout disposé à employer l'eau froide aux périodes avancées de la maladie. Mais je crois que c'est aller un peu trop loin ; et, dans le traitement de la phtisie, c'est surtout comme moyen prophylactique que l'hydrothérapie proprement dite pourra vous rendre quelques services, et Jaccoud a eu raison d'insister sur ce fait (3). Modificateur puissant de la nutrition, l'eau froide ici viendra avec les autres moyens fournis par l'hygiène, permettre de constituer chez les individus prédisposés à la tuberculose par leur hérédité, un terrain impropre à la culture du bacille tuberculeux.

Lorsque la phtisie est confirmée, il faut mettre beaucoup plus de ménagement dans l'emploi de l'eau froide, sans cependant la repousser absolument, car, comme l'a signalé Peter, c'est là un moyen qui lutte avec avantage contre les sueurs si abondantes des tuberculeux. Ici, vous commencerez par vous

, (1) Valleix, Coup d œil sur l'hydrothérapie {Bull, de tkér., 15 août 1848, p. 103).

(2) Sokolowski, Traitement de la tuberculose par l'hydrothérapie {Bull, de Ihér., 1877, p. 343).

(3) Jaccoud, Curabilité et Traitement de la phtisie pulmonaire, Paris, 1881, p. 118 et 119.

iiïCiL\E TnÉRAr. 2' édit, g

130 NEUVIÈMU CONFKnENCE.

servir de l'eau tiède ou de l'alcool, et, après chaque lotion, vous ferez pratiquer une friction énergique, véritable bouchonnarje, qui stimule et fortifie la peau, et ce n'est que lorsque le malade sera habitué à ces pratitjues que vous pourrez alors user de lotions très rapides avec une éponge trempée dans l'eau froide. Mais aux périodes ultimes de la maladie, je crois que l'hydrothérapie ne peut avoir que des inconvénients.

A côté de la phtisie, je placerai trois maladies où la nutrition est profondément altérée : le diabète, la polysarcie et la goutte. Ici encore, l'hydrothérapie peut vous rendre de grands services.

Dans Chez les diabétiques gras, l'hydrothérapie, jointe à un régime alimentaire approprié et à la kinésithérapie, constitue un ensemble de traitement qui permet de tonifier le malade et de modifier d'une façon favorable ses actes nutritifs. Vous pourrez employer ici les douches froides et ne faire inLervenir la chaleur sous forme de douches tièdes ou de douches écossaises que si la peau est sèche et fonctionne incomplètement. Dans l'obésité. Ce que j'ai dit, pour le diabète, je le répéterai pour l'obésité.

Ici encore, les douches froides, les frictions énergiques et le massage sont parfaitement indiqués. Il est même une formule hydrothérapique qui est applicable au traitement de l'obésité et qui amène, comme l'ont montré plusieurs observateurs, et en particulier de Saint-Germain, une rapide diminution dans le poids, c'est le bain de Hammam où l'on combine à la fois les effets de la chaleur et de l'eau froide avec ceux du massage et des frictions.

Dansia goutte. Quant à la goutte, nous devons distinguer la goutte aiguë et le goutteux dans l'intervalle de ses accès.

Pour l'accès de goutte, il est un procédé hydriatique qui soulage souvent le patient : ce sont les compresses mouillées dont on entoure l'articulation malade et que l'on renouvelle très fréquemment.

Dans l'intervalle des accès, le goutteux est encore tributaire de l'hydrothérapie, et, cela sous ses trois formes : douches toniques, douches sédatives et douches révulsives. Chez les goutteux atoniques, c'est la douche froide qu'il faut employer ; chez les goutteux congestifs, ce sont les douches tièdes dont il faut vous servir; enfin, chez les podagres dont la peau fonctionne mal, vous pourrez user des douches écossaises. Mais, dans tous ces

L'UYDROÏIIÉRAriE ET LES MALADIES CnRONIQUES. 131

cas, il faudra, avant de prescrire ces différentes formes, surveiller avec le plus grand soin l'état des reins et des vaisseaux, rartdrio-sclérose étant extrêmement fréquente chez les podagres.

Le rhumatisme dans ses différentes manifestations est encore Dans

, , , , . , . . 1 lorhumalisme.

tributaire du traitement hydrotherapique; non pas, bien entendu, aux périodes aiguës de la maladie, ni chez les malades atteints d'affections cardiaques, mais chez les rhumatisants à marche chronique et chez les individus arthritiques.

L'activité imprimée à la circulation capillaire delà peau endurcit, pour ainsi dire, cette dernière, et atténue son extrême sensibilité aux changements de température ; elle active aussi la nutrition toujours troublée chez les rhumatisants. Bien entendu, il vous faudra apporter de grands ménagements dans l'administration de l'eau froide, car il ne faudrait pas par une application intempestive ou mal dirigée de cette eau réveiller des douleurs articulaires. Encore ici, vous éviterez souvent cet inconvénient en vous servant de l'eau tiède.

Il est encore une forme balnéaire très applicable à ces rhumatismes : ce sont les bains de vapeur et surtout les bains russes ou turcs. Il est même un mode tout particulier d'administration de la vapeur d'eau, la douche de vapeur, qui est exclusivement réservée au traitement des douleurs rhumatismales à leur période aiguë.

L'hydrothérapie, dans l'albuminurie, joue un rôle considé- Dans rable, rôle parfaitement expliqué par la relation si étroite qui '''^^'^uminurie. existe entre les reins et la peau. Les récents travaux de Semmola nous ont même montré que cette relation entre la peau et les reins n'était pas seulement ])hysiologique et qu'au point de vue pathologique, on trouvait chez les brightiques une altération de la peau caractérisée par une atrophie de la couche de Malpighi et des glandes sudoripares. Aussi, dès 1861, le médecin de Naples insistait-il sur la nécessité du bon fonctionnement de la peau chez les brightiques. Mais toutes les formules hydrotliérapiques ne sont pas applicables à ces cas ; les douches froides à haute pression sur la région des reins ne peuvent avoir que des effets nuisibles, et c'est ici le triomphe des douches tièdes et même, chez les malados résistants, des douches écossaises. Vous pourrez aussi user du maillot sec et surtout de frictions énergiques sur toute l'enveloppe cutanée.

Dans lo8 conpcstioni locales.

Dans

ICB

contestions

(lu foie cl de la rate.

Dans les

cunfî estions utérines.

Dans les

cunsestions

auales et rectales.

Dans la

spermatorrhée

132 NEUVIÈME CONFÉHENCE.

J'en aurai fini, messieurs, avec celle longue énuméralion des applicalions de l'eau froide dans les maladies chroniques, lorsque je vous aurai signalé les efl'els révulsifs de l'eau froide, pour comhallrc la congeslion des organes splanchniques à l'clat chronique.

Au premier rang de ces congestions, il faut placer celle du foie et celle de la rate. C'est Fleury qui s'est montré le plus ardent propagateur de cette méthode hydrothérapique, pour comhallrc les hypérémies de ces deux organes, et les succès qu'il a ohlcnus montrent toute l'importance de cette méthode. Aussi chez les individus qui reviennent des pays chauds, avec des foies volumineux, ouhien chez ces palustres qui ont une rate de grandes dimensions, vous obtiendrez par des douches froides, de courte durée, dirigées sur ces organes, une action ré.solutive évidente.

Les affections utérines ont été aussi soumises au traitement hydrothérapique et on a fait ici intervenir les douches locales dites vaginales. Il faut se montrer, messieurs, très réservés dans l'usage de l'eau froide à ce sujet. Pour diriger un pareil traitement, il faut des mains expérimentées, car les formules hydro- Ihérapiques sont variables selon les périodes de la maladie et même suivant les circonstances journalières qui peuvent survenir. Mais tout le monde se plaît à reconnaître les inconvénients des douches vaginales trop fortes et trop prolongées. Ces douches, lorsqu'elles viennent ainsi frapper l'utérus trop brutalement, congestionnent l'organe et ses annexes et provoquent souvent des hémorrhagies et des douleurs abdominales vives.

De même que les congestions utérines, les congestions anales et rectales peuvent être traitées par l'hydrothérapie. Chez les hémorrhoïdaires constipés ou chez les malades atteints de prolapsus du rectum, la douche froide est parfaitement indiquée. Dans les cas de spasme anal, qui accompagne si fréquemment les fissures de l'anus, on voit souvent disparaître les symptômes en employant une douche percutante péri-anale.

La spermatorrhée est encore une des maladies où l'hydrothérapie est appelée à vous rendre de grands services. Ici vous pouvez employer des douches percutantes sur la région des reins et sur le périnée.

Enfin, dans celte affection assez fréquente chez les jeunes filles et les jeunes gens, l'incontinence d'urine, l'eau froide, appliquée

L'HYDROTnÉRAriE ET LES MALADIES CnnONIQUES. 133

soità l'étal de douches, soit do lotions, est un traitement qui doit être toujours mis en usage.

Dans cette longue et fastidieuse cnuméralion, j'ai omis hicn des cas où l'hydrothérapie a été employée, ne vous signalant que les principaux. Mais si vous vouliez avoir sur ce point des données plus complètes, je vous renverrais au beau traité de Beni-Barde (1), travail magistral et des plus complets, et à l'excellent manuel de Delmas (2).

Mais l'hydrothérapie ne s'applique pas seulement aux cas De pathologiques ; elle doit entrer pour une grande part dans les rapie^lu* poûit prescriptions d'hygiène. Favorisant la nutrition, régularisant les hygiénique, fonctions du système nerveux, réglant la circulation de différents organes splanchniques, l'hydrothérapie s'applique merveilleusement au développement de l'homme. Aussi devez-vous exiger que dans nos grands établissements scolaires, on installe des services de douches.

Pour moi, qui depuis bien des années ai été appelé à diriger le service médical de plusieurs établissements scolaires de jeunes filles, j'ai toujours tiré un excellent parti de ces douches, comme mesure générale. Il en est de même pour les grandes agglomérations d'hommes, pour l'armée par exemple, oîi les douches, comme moyen de propreté et surtout comme agent tonique, doivent être largement administrées.

Enfin, à un âge plus avancé, les pratiques de la douche journalière sont encore utiles. Aussi devons-nous applaudir et encourager tous ceux qui dans les lieux où l'on exerce ses forces, comme les salles de gymnastique, les salles d'armes, etc., ont ajouté des appareils hydrothérapiques.

Telles sont, messieurs, les considérations générales que je voulais vous présenter sur l'hydrothérapie comme agent curateur dans le traitement des maladies chroniques et comme moyen hygiénique. Dans la prochaine leçon, nous étudierons l'action antithermique de l'eau froide et son application à la cure des maladies aiguës et fébriles.

(1) Béni-Barde, Traité d'hydrothérapie, Paris, 1874; Manuel d'hydr. méd., 28 édit., Paris, 1883.

(2) Delmus, Manuel d'hydr., Paris, 1885.

DE l'hydrothérapie DANS LE TRAITEMENT DES MALADIES AIGUËS ET FÉBRILES.

Messieurs,

Je me propose, dans cette conférence, de vous exposer les , Action applications de l'hydrothérapie au traitement des maladies ai- des

., HT 11 11 ^ 1- ^ 1 !• • applications

guës et fébriles. Nulle question n a donne lieu a des discussions du froid, plus vives et plus animées que cette application du froid à la médication anlilhermique. Vantée par les uns comme le seul moyen d'apaiser et même de juguler certaines maladies fébriles, combattue par ceux qui la considèrent comme inutile et dangereuse, l'application de l'eau froide à la cure des maladies aiguës a eu, comme je vous l'exposerai plus loin à propos de la fièvre typhoïde, ses périodes de grandeur et de décadence. Mais pour que vous jugiez la valeur dos raisons invoquées pour et contre l'emploi de l'eau froide comme antithermique, je dois tout d'abord vous exposer les effets physiologiques du froid longtemps prolongé.

Lorsque l'on maintient pendant un certain temps un animal De à sang chaud dans de l'eau froide, on abaisse sa température, '^ÎTftofd.^* et cela d'une façon d'autant plus accusée que le milieu est plus froid et le séjour dans le bain plus prolongé ; à cet égard, tous les expérimentateurs sont d'accord. On a même étudié le mécanisme par lequel l'économie peut lutter contre les causes qui tendent à abaisser sa température, et l'on a montré dans ce cas l'importance que jouent la peau et les tissus sous-jacents.

Dans des expériences bien conduites, Mohammed-Effendi Hafix (1) a montré que sous l'influence des excitations exté-

(1) Mohammed-Eliendi Hafix, Ueber die motorischen Nevven der Arte'

DIXIÈME CONFÉnENCK.

ncures, les capillaires de la peau et ceux des muscles ne se comportaient pas de la môme manière ; tandis que les capillaires de la peau se contractent et empêchent le sang d'arriver à la périph(iric, ceux des muscles, au conlrairp, gardent leur calibre habituel et môme se dilatent, de manière que, comme le fait observer Scheuer (1), la peau et les tissus sous-jacents opposent à la déperdition de la chaleur par l'action du froid les trois bar- ^ rières suivantes :

D'abord, la contraction du réseau vasculaire périphérique, ce qui amène la réduction dans la quantité de sang qui circule au contact avec l'agent frigorifique; puis la transformation de la peau et de son tissu conjonctif ainsi privés de sang en un corps mauvais conducteur de la chaleur ; enfin, la couche des muscles congestionnés et gorgés de sang qui forment un véritable coussinet isolateur et s'opposent à la pénétration du froid extérieur.

Mais il faut, pour que cet ensemble harmonique de moyens protecteurs entre en jeu, que la peau garde sa sensibilité. En effet, ici tous ces actes se produisent sous une action réflexe : le froid agit sur la peau, cette sensation de froid est transmise à l'axe médullaire et aux nombreux centres vaso-moteurs qui y sont renfermés, puis de là ils sont réfléchis aux nerfs vasomoteurs des muscles et de la peau.

Que cette chaîne vienne à être rompue, le fonctionnement disparaît, l'organisme ne peut plus lutter contre le froid extérieur, et l'animal succombe avec un abaissement progressif de la température. C'est ce qui arrive lorsque le froid est trop intense ou trop longtemps prolongé, et la mort partielle de la partie sur laquelle ce froid a été appliqué ou la mort totale est la conséquence de cette congélation prolongée.

Dei'aciion ^^'^ 1^'^^ nom importe surtout de connaître, au point de du froid sur les spécial où jc me suis placé, ce n'est pas de savoir si sous

combustions. ' , ^ ' .

l'influence du froid il y a un abaissement de température, mais d'apprécier si la production de la chaleur est diminuée dans ce cas. Je ne puis ici entrer dans tous les détails de cette grande question de thermogenèse ; je me suis expliqué maintes fois sur ce

rien Welche ennerhalb der quergestreiflenmuslielnverlaufen {Bericht der Kgl. Sachs. Gesellsch. der Wissenschafen in Leipzig, 1870).

(1) Sclieuer, Essai sur l'action physiologique et thérapeutique de l'hydrothérapie, Paris, 1885, p. 125.

DE L'nYDnOTIlÉRAriE DANS LES MALADIES AIGUËS. 137

sujet, soit dans mes Leçons de clinique thérapeutique, soit dans mes Nouvelles Médications (1).

Je me suis efforcé de montrer que le danger de l'hypcrthermie ne résultait pas tant de l'élévation de la température en ellemême que de l'activité exagérée des phénomènes de combustion de l'organisme qui produisait cette hyperthermie, et ce que l'on doit combattre, ce n'est pas tant l'élévation de la température en elle-même que, comme je vous le disais tout à l'heure, l'exagération de la production de la chaleur. Voyons donc à ce point de vue les résultats de l'application du froid sur l'organisme fébricitant.

La réponse à cette question a été faite il y a quelques années Recherches parFrédéricq (de Liège) d'une façon fort nette. Frédèricq (2) mentales, s'est servi de l'appareil si connu de Regnault et de Reisset pour l'étude des gaz de la respiration. Il a modifié l'appareil de manière à le rendre applicable à l'homme, et il a montré alors que le froid, et je cite ici ses propres paroles « agissant sur la surface cutanée de l'homme, augmente manifestement le chiffre de l'absorption de l'oxygène et celui de la production de l'acide carbonique, et par suite la production de la chaleur. Loin donc de ralentir les combustions interstitielles, le froid excite puissamment cette source de la chaleur animale.» Celte réponse péremptoire a été entièrement confirmée par les récentes expériences de mon collègue et ami Quinquaud.

Quinquaud (;^), par des expériences précises, a étudié l'action du froid et de la chaleur sur les phénomènes chimiques de la nutrition. Il a d'abord montré que sous l'influence des bains froids l'absorption de l'oxygène augmentait. Les chiffres suivants montrent cette augmentation ;

Dates Température Température rectale Oxyjj'ène absorbé en 10 m. DilTérenee

des expériences.

du bain.

avant le bain.

après le bain.

avant le bain.

après le bain.

on plus ap'.'ps le bain.

8 mars

5 mars

4 mai

5 mai

(1) Dujardin-Beaumetz, Clinique thérapeutique, t. III, p. 607, 4« édit. — Dujardin-Beaumetz, Nouvelles Médications, 3« édit., p. 113, Sur les médicamenls antittiermiques.

(2) Frédèricq, Sur ta régulation de la température chez tes animaux à sang chaud {Arch. belges de biologie, avril 1882).

(3) Quinquaud, Journal d'anatomie et de physiologie, t. III, juillet et août 1887, p. 327.

138 DIXIÈME CONFÉREN'CE.

En même temps que l'absorption de l'oxygène augmente, l'exhalation d'acide carbonique augmente aussi, comme on peut en juger d'après le tableau suivant :

Dates Température Tcmpdrnlurc reclalo Co' exlialé en 10 m. Différence de» du avant après avaiiT "après en plu»

aprcs le

oxpérionoea. bain. le Ijain. le bain. le bain. le bain. bain.

CIIIËNB.

3 mars 6» 30» SÎ^S îi,50 7«,76 5«,60

15 janvier 3<>,5 39»,1 29",1 H,52 2«,04 0»,52

17 février 2«,6 39<>,1 32°,6 2r,12 7«,C2 5»,50

Page 1