EN CHEF DU “JOURNAL DHYGIÈNE POPULAIRE
Messieurs,
Monseigneur Freppel disait un jour, à la Chambre des députés de France : “ D'où viennent les lacunes, nous dirons “ presque les inconséquences, que nous constatons au sujet de “ l'enseignement de l'hygiène à ses divers degrés ? De qui ces ‘“ programmes surchargés, chefs-d’œuvre de charlatanisme péda- “ gogique ? ”
Cette éloquente apostrophe à l'adresse des maisons d'éducation de France, par ce grand homme d'Etat, par cet éminent prélat de l'Eglise catholique, a une portée considérable dans la réelle et sincère émulation des hygiénistes modernes pour réformer l’école, Tous les esprits sérieux admettent que l’école est un milieu social à part ; le séjour à l’école exerce sur la santé une influence incontestable, dont le caractère est spécial: aucun élève ni aucun maître n’échappent à cette influence, Ta jeunesse studieuse y puise son développement intellectuel ; elle doit aussi y trouver les conditions favorables pour la santé,
Nous sommes donc en présence d’une question profondément sociale, puisqu'il y va de la vitalité et de la grandeur de la nation,
Le salut du peuple repose donc véritablement sur l’école. Car le rôle que les maisons d'éducation ont à jouer tous les jours au sein des populations est considéré comme la force vive de la nation.
L'éducation bien comprise de l’enfant doit s'occuper à la fois de l’âme et du corps. L'enfant, pour assurer son existence, a besoin d'air pur, d'activité physique, de nourriture et de sommeil, Ces lois de la nature sont indispensables à l’accroissement de son organisme, Le travail de l'esprit, excellent en Jui-même, ennoblit le travail manuel: il fait connaître les moyens de perfectionner la santé, et d'éviter les excès de tout genre. L’hygiène physiologique proclame le travail de la pensée comme le privilège par excellence du roi de la création : il a besoin de toutes les forces vives de l’économie, IL y a donc un équilibre préétabli entre les fonctions physiques et les fonctions intellectuelles, Nous ne pouvons renverser cette harmonie des fonctions de nos organes, sans nous exposer à des conséquences désastreuses pour la santé,
Comme il est facile de le concevoir, les programmes scolaires réclament toutes les sollicitudes de l'hygiène, pour la santé de ces jeunes intelligences, qui subissent, pour un temps plus ou moins long, des influences dont le retentissement se fera sentir sur toute leur existence. Il faut donc convenir que l'hygiène s’impose impérieusement dans l'éducation, Mais jusqu’à présent, on a dressé les programmes scolaires d’une éirange facon, sans se douter que le cerveau de l'enfant est incapable, non seulement de s’assimiler, mais même de contenir toutes les connaissances qu’on se propose d'y faire entrer ; on semble ignorer que l'enfant est composé d’un esprit et d’un corps ; que ce dernier élément constitutif a des exivences avec lesquelles or est obligé de compter, On ne réfléchit pas qu’un jeune homme de vingt ans, quelque instruit qu’il soit, compte pour bien peu comme valeur sociale, s’il ne jouit d’une bonne santé, Ainsi, avec nos programmes surcharoés, la formation intellectuelle de la jeunesse n’y gagne rien, bien loin de à; et la santé des jeunes générations en souffre inévitablement : ce qui fait la sagesse de cette maxime du poète latin: mens sunw in corporo sano ; un esprit sain dans un corps sain.
Dans ces dernières années, l'hygiéniste a poussé un cri de détresse, sur la triste situation de nos écoles au point de vue hygiénique, Les esprits sérieux se sont empressés de contempler
ce sombre tableau ; ils parlent du mal que produisent tous les jours la sédentarité, le surmenage intellectuel. Il ne suffit pas d’édifier à grands frais des palais scolaires : il faut encore que les programmes ne perdent jamais de vue le développement à la fois physique et intellectuel des jeunes gens. Le médecin hygiéniste a donc le droit d'intervenir dans l’éducation ; ia moitié au moins relève de son domaine, C’est pourquoi nous prenons la liberté d'étudier, dans ce travail, l'hygiène dans l'éducation.
Messieurs.
La maison d’école, destinée à recevoir la jeunesse studieuse, cette molécule des générations, doit répondre aux exigences sanitaires de la science moderne. Elle doit en assurer le bien-être physique, moral et social, Il y a là une question vitale, puisqu'elle peut prendre les proportions d’un péril national. La maison d'école rayonne dans toutes les directions, et exerce, suivant les solutions qu’elle reçoit, une influence bienfaisante ou malsaine, sur la santé individuelle et publique. Il importe donc de la rendie salubre, commode et confortable, Aussi, nous nous efforcerons de retracer ici les principales conditions requises, pour rendre cette maison convenable au développement physique et intellectuel de l'enfant et du jeune homme,
L'installation d’une maison d'école est tonjours une chose sérieuse, mais dont l'exécution est aussi facile que la conception en est logique. Il sullit de vouloir, et de se bien renseigner en matière d'hygiène, pour satisfaire aux exigences sanitaires.
Une maison d'école ne peut pas être installée sur le premier terrain venu, parce que les conditions essentielles, qui en assurent la salubrité, sont : un terrain sec et élevé, une orientation convenable, une exposition en plein air et en pleine lumière ; ces prescriptions de l’hygiène doivent avoir leurs franches coudées, L’humidité de l'habitation est l'ennemi de l’homme, surtout de l’enfant ; elle est un danger pour ceux qui y séjournent.
L'air pur est un aliment indispensable à l'entretien de la vie chez chacun de nous. L'air pur entretient la respiration, et fournit au sang son principe vivifiant, En pénétrant dans l'organisme, l'oxygène, qui est la quintessence de l'air, et le suc alimentaire, qui est la quintessence de la nourriture, se rencontrent dans la
circulation ; et de leur concours, résulte le phénomène de la nutrition, c’est-à-dire la réparation et le renouvellement de nos tissus. Il est donc aussi nécessaire de bien choisir l'air que l’on respire que l'aliment que l’on mange,
La lumière solaire est aussi nécessaire À l’homme, pour son développement et pour sa santé, La lumière, mais surtout la lumière solaire, agit sur l’ensemble de la constitution, en stimulant la circulation et le système nerveux, La lumière artificielle ne peut suppléer à la lumière solaire, L'enfant qui en est privé s’étiole et pâlit; son sang s’appauvrit, À cause des modifications que subissent ses principaux éléments, Alors on voit se développer, chez lui, le lymphatisme, la serofule, la consomption, avec toutes leurs terribles conséquences,
La vie de l’homme est done étroitement dépendante de l'air pur et de la lumière solaire, Mais l'enfant, cette fleur humaine, a encore plus besoin de ces deux éléments de la nature, parce qu’il se trouve en pleine croissance, Sa vigueur, son incarnat, l’harmonieuse perfection de ses formes, ne se trouvent que dans les atmosphères pures, vivement imprégnées de la lumière solaire,
Dans les villes, pour rester maître d’obéir aux prescriptions de l'hygiène, il importe de chercher un emplacement en dehors des centres populeux, loin des établissements industriels, afin d’assurer, autour de la maison d'école, de l'air pur et de la lumière solaire.
L'orientation de l’habitation est variable selon les climats : en Canada, on préfère les expositions à l’ouest et au sud-est, Dans tous les cas, nous le répétons, il faut que Pair et la lumière circulent librement.
L'emplacement choisi est préparé, s’il y a lieu, par des travaux
? v d'assainissement, tels que drainage, remblais de graviers. Il con- > 5 D vient de porter la plus grande attention sur la manière dont le drain est fait, afin d'éviter les émanations désagréables et délétères dans l’intérieur de l’école. Les drains en bois sont défectueux, à cause de leur perméabilité, et de la facilité avec laquelle les rats les détériorent, Dans l’intérieur de l'habitation, il vaut
mieux que le drain soit en tuyaux de fer goudronné, et non enfoui dans le sol, Au sortir de la fondation, on pose les tuyaux dans une tranchée, à trois pieds plus bas que les fondements, Uue
remarque bonne à faire ici : plus la tranchée est profonde, plus le dessèchement du sol est complet et rapide, Le drain domestique doit être séparé de l'égout de la rue par un bon siphon intercepteur, Les water-closets, vidoirs, lavabos, bains, éviers, doivent être placés ou rangés de facon que le branchement allant de l’appareil au tuyau de chute ou de vidange soit très court, Ce branchement doit aussi être muni d’un siphon, Le tuyau de chute ou de vidange sera continué jusqu’au-dessus du toit,
La construction d’une école est un problème complexe, dont la solution accomplit un but spécial : le moyen d’assurer à tous ceux qui la fréquenteront les avantages d'une atmosphère pure, et de favoriser le développement physique et intellectuel de cet enfant qui, devenu homme, est appelé à se rendre utile à la famille et au pays.
L'enfant, plus que l’adulte, est impressionnable aux causes de maladie, L'école, plus que toute autre habitation, doit recevoir, par conséquent, les considérations de l’hygiène ; parce que, à l’école, où sont agglomérés, entassés un si grand nombre d’enfants, se trouve un foyer de production de miasmes et de maladies. Il convient donc d'employer, dans cette édification, des matériaux solides, secs, réfractaires à l’humidité, et mauvais conducteurs de la chaleur ; de disposer les locaux de façon à permettre la plus grande diffusion possible d'air pur et de lumière solaire, On obéit ainsi à ce double principe, en rangeant les classes, quand il y en a plusieurs, d’un même côté, et s'ouvrant sur un corridor assez large, qui longe l’autre face du bâtiment. Ainsi disposés, les classes et le corridor reçoivent la lumière et l’air par des fenêtres percées dans la paroi extérieure, et en nombre suffisant,
Le bâtiment scolaire doit avoir une cave d’une certaine hauteur, largement aérée, et rassemblant toutes les conditions désirables de salubrité. Cette prescription n’est pas superflue, comme on serait peut-être tenté de le croire, parce que l'humidité constitue toujours un milieu favorable à la propagation des miasmes morbifiques.
Les escaliers qui conduisent aux étages doivent être accessibles à la lumière venant du dehors; ils seront larges, droits, et non pas en forme de vis ou d’escargot.
Les classes, les salles d'étude, les salles de récréation, les dortoirs, ete, doivent avoir les dimensions voulues par une saine
hygiène. Il faut que chaque élève puisse compter sur l’espace auquel il a droit, Pour ces raisons, il convient de s'entendre sur un calcul réglementaire,
Si l’on donne à chaque élève un volume d'air de 5 mètres cubes (186 pieds cubes, mesure anglaise), 50 élèves, réunis dans une classe, jouironut ensemble de 250 mètres cubes d'air (327 verges cubes, où 8 829 pieds cubes) ; en une heure, ils verseront, dans cette atmosphère, 320 litres x 50 ou 16000 litres (16 mètres cubes, ou 21 verges cubes) d'air expiré, contenant 4 pour cent d'acide carbonique, alors que l'air respirable n'en doit renfermer que 1 pour 1 000, Au bout d’une heure, cette atmosphère sera donc 40 fois plus souillée qu’il ne convient, Pour que la classe, au bout d’une heure, ue dépassât pas le degré de viciation carbonique admis comme limite extrême, il faudrait diluer ces 16 000 litres ou 16 mètres cubes, dans 40 fois le volume d'air neuf; 16 x 04 — 640 mètres cubes (1 120 verges cubes), alors que la classe n'en compte que 250 (327 verges cubes). De là l'obligation de fournir beaucoup d'air nouveau avec le volume que nous avons accepté,
Mais par quel procédé ? —
Tout d’abord on veillera, avec le plus grand, à ce que, pendant les mauvais temps, les pardessus, les parapluies mouillés, etc. qui souillent l'air bien davantage que la respiration, soient déposés dans un vestiaire situé dans le couloir, et non pas dans la classe ; et puis, on s'occupera du renouvellement de l'air par la ventilation.
A propos des pensionnats, il est bon de faire remarquer que, pour les dortoirs, où les élèves passent la nuit, le volume d’air accordé à chacun d'eux doit être d’au moins 20 mètres cubes (26 verges cubes). Les lits seront espacés,
L'infirmerie exige une installation spéciale : il faut accorder, par lit, 30 à 40 mètres cubes d'air (39 à 52 verges cubes). Il est nécessaire aussi d’avoir des salles d'isolement pour les maladies contagieuses.
La ciasse doit être ventilée incessamment, En été, la chose est facile et simple : il ne s’agit, ni plus ni moins, que de maintenir la fenêtre largement ouverte.
Mais voici l'hiver: complication. 11 va falloir à la fois chauffer
l'école et l’aérer. Il n’y a pas à dire: dans nos climats, le froid
nous oblige à fermer nos portes et nos fenêtres, et À chauffer l'intérieur de nos maisons cu demeures.
Mais l’aération et le chauffage sont deux opérations distinctes et indépendantes, La réalisation de ces données n’est pas toujours facile. Il faut éviter les courants d’air et les brusques refroidissements. Les exigences sont impérieuses, L'idéal est de supprimer le mouvement giratoire, de fournir l'air nouveau, en laissant monter lentement l'air vicié, sans aucun remous, et en l’ext ayant aussitôt qu’il est parvenu au plafond: c’est par le plafond qu'il faut extraire l'air vicié, et c'est par le bas qu'il faut introduire l'air nouveau, après l'avoir légèrement chauffé, Cette simultanéité du chauffage et de l'aération est un besoin impérieux, qui, dans la circonstance, ne saurait être satisfait avec certitude et régularité qu'au moyen d’un appareil de chauffage installé dans le sous-s0l, Ce mude de chauffage, le plus recommandable, objet d’une surveillance constante, ventile, en même temps qu’il les chauffe, toutes les pièces de l'école sans exception. Le chauffage à l’aide de tuyaux contenant de la vapeur ou de l’eau chaude rend les meilleurs services, et constitue l'installation de choix.
Une autre remarque importante à signaler, au sujet du poêle en fonte. Il encourt les critiques, parce qu’il constitue par luimême un danger. En rougissant, la fonte donne issue aux gaz délétères qui s’échappent du combustible, à de l’oxyde de carbone notamment; puis, ces poêles sont, pour la plupart, munis d’une clé, dont le but, lorsqu'on la ferme, est de ralentir la combustion. Nouveau danger. Cette clé est meurtrière : elle favorise la diffusion des gaz carboniques, provoquant des nausées, des maux de tête, des étourdissements, qui ne sont pas exempts de gravité. —Méfions-nous toujours des poêles.
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Les savants qui se sont occupés des maladies de l'œil s'accordent à répéter : nous n’abusons pas de nos yeux, nous les martyrisons,
Oui, la myopie devient plus considérable, À mesure que les lumières de l'esprit arrivent, Les ténèbres physiques se glissent traitreusement à côté des clartés intellectuelles.
Ecoutons une voix autoritaire, M. Raoux :
“Si rien n'arrête ce fleuve de téuèbres qui coule sur les classes cultivées, à côté du fleuve de la science, on ne trouvera bientôt plus des yeux que parmi ceux qui labourent les champs, et qui laissent leur intelligence en friche.
En attendant que les autorités scoiaires ne voient plus leur microcosme à travers les lunettes de l’optimisme et de la routine, et rendent l’hygite obligatoire à tous les degrés de l'édifice pédagogique, ayons quelque pitié des jeunes victimes qu'atteint le régime actuel, et montrons-leur du moins les précipices où l'ignorance de nos maîtres nous à laissés choir, quand elle ne nous y a pas précipités.
Si la musique est une succession de sons qui s'appellent seulement entre eux, l'hygiène oculaire est une succession de règles s’appelant non seulement entre elles, mais appelant encore tous les préceptes de l'hygiène générale,
Car la santé des yeux tient à la santé générale comme la branche tient au tronc, et ce qui favoris: ou compromet la seconde, favorise et compromet aussi la première,
On préservera donc ses yeux d’un grand nombre de maladies aiguës et chroniques en évitant :
1. L'air vicié par des émanations animales, par des fumées de divers combustibles ;
2. Les températures trop basses ou trop élevées, ainsi que les brusques transitions de l’une à l’autre, et les courants d'air:
3. Les vêtements trop serrés ou trop étroits, particulièrement au cou et à la taille ;
&. La position trop inclinée de la tête et du corps pendant le travail oculaire ;