Le travail oculaire et cérébral immédiatement après les
repas ;
8. Le resserrement habituel des intestins, le froid aux pieds, et tout ce qui tend à congestionner la tête ;
9. Les désordres relatifs aux mœurs, surtout pendant l'enfance et la jeunesse, car ce n’est pas seulement au moral que Vénus trouble la vue de ses victimes,
Une seule de ces influer.:es, longtemps répétée, peut jeter le
désordre dans l'appareil délicat de la vision, Que sera-ce de leur additicn ou de leur accumulation, cas si fréquents dans la remarquable ignorance du publie à l'endroit des causes de la santé et de la maladie ?
Les yeux ne sont pas seulement sous l'influence indirecte de tous les agents de l'hygiène générale. Ils sont encore influencés d’une manière directe et beaucoup plus active :
Var la nature, la qualité, la quantité, la direction et les oscillations de la lumière.
Par les dimensions, la distance et la couleur des objets ;
Par la rapidité du travail oculaire ;
Par l'heure du jour où s’accomplit ce travail ;
Par la nature et la couleur des verres de lunettes, lorgnons.
L'étude de ces nouvelles influences constitue “ l'hygiène oculaire” proprement dite, encore plus ignorée que la précédente, malgré son importance extrême pour tous les âges, tous les climats, et toutes les professions ;
Rien ne fatigue et ne détériore plus promptement la vue que de regarder les objets de trop près, ou de faire des efforts oculaires pour les distinguer nettement.
Or, tout semble conspirer aujourd’hui pour nous obliver à regarder les objets de trop près, et à violer la règle capitale d’une distance suffisante entre l’œil et l’objet.
Plumes effilées en forme d’aiguilles ; écriture fine, serrée et illisible; encre pâle et presque aussi vianche que le papier, caractères d'imprimerie maigres, petits, non interlignés, usés ou ressortant des deux côtés de la page; éditions diamant avec des lettres microscopiques; musique à portée trop étroite, surtout pour le piano: voilà les premières racines de la myopie, et d’un grand nombre de maladies plus ou moins graves de l’appareil délicat de la vision.
Quand donc aurons-nous l'intelligence de remplacer nos ridicules plumes à aiguille tissant des toiles d’arraignées, par des plumes traçant des lettres visibles ? notre écriture pieds de mouche et enchevêtrée, par la grande et nerveuse bâtarde du Xviième siècle ? nos encres blafardes et chlorotiques, par de l'encre deux fois noire ? nos éditions microscopiques, sottement imitées de l’anglais, par les beaux caractères des imprimeries italiennes, afin de
pouvoir faire travailler nos yeux sans être obligés de frotter notre nez ou nos lunettes sur nos cahiers ou sur nos livres ?”
L’éclairage naturel, par la lumière du jour, et l'éclairage artificie: à l’aide de divers moyens que nous fournit la science, méritent de capter notre attention, à cause de leur importance, au point de vue de l'hygiène oculaire.
Selon quelles règles fait-on pénétrer la lumière diurne dans les classes et les salles d’études ?
Divers systèmes ont été préconisés ; mais celui qui rallie le plus grand nombre de suffrages est l'éclairage unilatéral gauche. Cependant l'éclairage bilatéral présente aussi ses avantages. Dans l’un et l’autre cas, il importe de bien compenser les baies d’éclairage avec l’espace intérieur à éclairer. L’éclairement doit être égal et uniforme par toute la pièce.
La lumière solaire pénétrant directement dans la classe, aux heures où les élèves sont au travail, fatigue la vue, en produisant de léblouissement., Il faut les en garantir par des stores, des persiennes ou des jalousies.
L’éclairage artificiel est une nécessité dans la plupart des établissements d'enseignement, [ei encore, l’hygiéniste se trouve devant une question d’une triple importance: les appareils qui fournissent de la lumière artificielle exercent une action sur l'œil, élèvent la température de l'atmosphère de la pièce, et donnent naissance à des produits de combustion qui vicieut l'air respirable.
L'œil réclame une lumière suffisante, se rapprochant le plus possible de celle du jour, On arrive à ce résultat, dans une certaine mesure, avec une flamme bien brillante.
Mais quand il s’agit d'éclairer une salle d'étude, forcément les lampes sont placées au-dessus de la tête, et leur nombre est déterminé par la quantité de lumière requise,
Que choisir ?— Pétrole, gaz, électricité ?
L’électricité, avec les lampes à incandescence, fournit une lunière douce, ne produit presque pas de chaleur, et ne vicie pas l'air. On comprend tout de suite l’immense avantage de l'éclairage électrique sur tous les autres. Ce progrès est un bienfait pour l'hygiène.
Le gaz et le pétrole donnent aussi une belle flamme, bien éclairante, Ces systèmes d'éclairage sont bien favorables à la vue ; mais
ais
oo
Etat.
l'élévation de température qu’ils déterminent, l'oxygène de l'air qu’ils brûlent, et les gaz délétères qu’ils exhalent, sont autant, d’inconvénients, qui agissent d’une manière défavorable sur la santé,
L’électricité est donc l'éclairage de l'avenir.
Nous allons dire maintenant un mot du mobilier scolaire, qui joue un grand rôle dans les déformations corporelles et dans la myopie, quand il est mal construit. —Vouloir parler longuement sur cette partie de notre travail, exigerait trop de temps.
L'âge scolaire correspond précisément À l’âge de la croissance de l'organisme humain. Les bancs et les tables d'école exercent une influence considérable sur le développement de l'élève, Un banc trop bas, avec une table trop haute pour la taille, oblige l'enfant à lever le coude droit pour écrire ; l'épaule suit le même mouvement d'ascension ; le corps penche du côté gauche, la colonne vertébrale présente alors une courbure avec concavité à gauche, La répétition fréquente de cette position du corps peut amener une déviation permanente du dos.
Une table trop basse ou trop éloignée force l'élève à se courber pour lire ou écrire. Cette attitude a pour résultat de voûter le dos, et de favoriser l’apparition de la myopie, en habituant l'élève à regarder de trop près son livre ou son cahier.
Les bancs doivent être munis d’un dossier, ne dépassant guère, en hauteur, la pointe des omoplates,
La hauteur de la table au-dessus du sol est convenable, lorsque l'élève, assis droit sur son banc, et ayant les pieds appuyés sur le parquet ou sur un marchepied, peut poser comimodément l’avantbras sur la table ; en d’autres termes, la hauteur de la table doit être égale à la hauteur du siège, plus la distance qui sépare le coude du dit siège, le bras étant tenu près du corps. Le dessous des tables sera toujours disposé de façon à ne gêner en rien les jambes. La distance horizontale du banc à la table doit être nulle.
L'élève, avec un tel mobilier scolaire, se trouve convenablement assis, et se tient naturellement droit pour écrire ; et, lorsqu'il veut lire, il peut, s’il le désire, s'appuyer contre le dossier placé derrière lui, Il y a un proverbe qui dit: On ne naît pas bossu, on le devient,
Nous venons de parler sommairement de la maison d'école, et des conditions sanitaires qui la rendent salubre et confortable, Mais là ne se borne pas le rôle de l’hygiéniste.
L'élève est logé dans une maison d'école convenable ; mais son but principal est de s’instruire et de s’éduquer, [Il est à la période de croissance, tant au physique qu’au moral. Nous avons déjà démontré l'équilibre préétabli qui exists entre les fonctions du cerveau et celles des autres organes de l’écmonie: le développement de l’une ne doit pas être sacrifié à l'épanouissement de l’autre, sans quoi l'équilibre physiologique est rompu, au détriment de l'homme entier, TL’adage antique : Mens sana in corporo suno, s'impose toujours avec la même évidence et la même obligation.
L'hygiène s'adapte à la vie humaine, comme le thermomètre à la température, et le baromètre à la pression atmosphériqu?. L’hygiène est une science d'application, qui étudie l’homme, lui apprend à user de tout ce qui l’entoure, et à se placer dans les conditions les plus favorables au point de vue de la santé morale et physique.
L’hygiène s'occupe donc à la fois de l'âme et du corps. —Hygiène de l’âme, hygiène du corps. Il faut qu'il en soit ainsi, si l’on veut assurer le développzment harmonieux d: cet être complexe qui est l’homme, et lui permettre de traverser heureusement les années critiques de l'enfance et de laû escence, pour parvenir à l’âge adulte.
Nos systèmes d'éducation en vigueur sont-ils bien propres à former des hommes savants, et en même temps robustes? Ne sont-ils pas plutôt des causes d’étiolement, de nervosisme pour les générations à venir ?
Il est intéressant de promener un regard scrutateur sur le régime de gavage intellectuel que subissent nos enfants. Le programme d'enseignement est encombré de matières, que les exigences de Ja vie multiplient chaque jour, Le maître se croit obligé de tout apprendre à l'élève, de lui faire tout entrevoir, au risque de fatiguer sa mémoire en l’encombrant, et de laisser atrophier l’intelligence, qui n’a pas le temps de préparer, par la réflexion, ni de digérer, pour se la rendre assimilable, la nourriture surabondante qu’on lui impose chaque jour. Dans l'ardeur de l’enseignement,
on oublie Ja période de croissance de l’homme, au moral comme au physique, On semble méconnaître qu'il n’y a que l’homme fortement constitué dans son intelligence et dans son corps, qui puisse se rendre véritablement utile à la famille et au pays. Aïnsi, un jeune homme de vingt ans, quelque instruit qu’il soit, compte pour bien peu comme valeur sociale, s’il ne jouit d’une bonne santé,
in présence de cette triste situation, il est bon de chercher le remède, Celui qui ingérerait dans son estomac, par exemple, une quantité exagérée d'aliments, verrait bientôt ce régime forcé soulever la réprobation de cet organe, Il en est ainsi d’une ingestion forcée dans les intelligences : ce rigime n’est pas le moyen de préparer des individus bien constitués, Il faut fournir à l'esprit, comme on le fait pour le corps, une nourriture saine et abondante, mais non excessive, afin de permettre à l’entendement d'élaborer par la réflexion, C’est aux maîtres en pédagogie qu'appartient la mission de façonner les programmes scolaires, au point de vue de la santé des enfants.
La vie n’est, en un certain sens, autre chose que le mouvement, Les différents organes qui constituent les rouages de la machine humaine, sont le siège de mouvements divers, Ces mouvements sont de deux sortes : les uns, indépendants de la volonté, comme la circulation, la respiration, etc., les autres mouvements sont volontaires. Quand nous appliquons notre intelligence ou l'énergie de nos bras, nous faisons un exercice utile dans l'intérêt de nos organes. Rien n’est plus vrai que le proverbe allemiui l: L'inaction, c’est la rouille.
L’hygiène nous apprend l’art de l’exercice, pour arriver à perfectionner l'éducation de l'enfant, atin de rendre celui-ci fort, agile, adroit et bien portant, L'exercice physique est le contrepoids du travail cérébral et de la sédentarité, Dans l'éducation, l'exercice physique est de toute importance: l'élève y est naturellement enclin; s’y livrant habituellement, il se sentira plus robuste; son énergie et sa spontanéité, au lieu de s’atrophier, se tonifieront de plus en plus ; il se sentira à laise, et il prendra confiance en luimême,
L’agitation est naturelle À l'enfant: comme l'oiseau qui, dans une cage, sautille et se démène sans but arrêté, uniquement pour
satisfaire son instinct,—l’enfant, au méme titre, a soif d’agitation, parce que, organiquement, il en ressent le besoin, A l'école, la discipline exige l’immobilité du corps. On violente ainsi la nature de ces petits êtres remuants, Notre régime scolaire le veut ainsi ; mais on ne saurait vraiment trop satisfaire À cette nature infantile, par des interruptions fréquentes du travail, et aussi par des jeux, en choisissant ceux qui conviennent le plus à l'enfant, et auxquels il se donne le plus volontiers. Cependant, il est nécessaire de ne pas le fatiguer: chez l'enfant, la fatigue musculaire arrête 12 développement au lieu de le favoriser, En résumé, donnons au jeune âge autant de repos et de jeux au grand air que de travail, et beaucoup de sommeil,
Les déductions pédagogiques qui se dégagent de ces principes ainsi posés sont facilement comprises de tous. A la pédagogie, il appartient de tailler, d'émonder, de retrancher, dans les programmes scolaire, les branches inutiles, La véritable éducation, aujourd’hui, se propose de fournir une instruction générale solide, servant de base au jeune homme, et lui permettant, plus tard, de se spécialiser dans la carrière qu’il embrassera,
Nous n'avons pas parlé, au cours de cette conférence, du côté moral dans l'éducation, et pour cause : l'influence de notre clergé, que reçoit l'établissement scolaire, nous est une sûre garantie de ce côté; il n’y a rien à désirer sous ce rapport. D'ailleurs, ce serait sortir de notre cadre.
Messieurs, vous avouerez avec moi que le médecin hygiéniste a le droit d'intervenir dans l'éducation : la moitié au moins relève de son domaine. L’inspection hygiénique et médicale s'impose donc dans l’école : en effet, l'éducation physique de nos enfants ne saurait être dirigée vers ce but, avec une certitude éclairée et une connaissance suflisante, sans l'intervention du médecin hygiéniste, parce que lui seul possède les sciences requises pour bien diriger l'application pratique des principes de l'hygiène.
A nos maîtres en pédagogie, l'obligation de reconnaître et de proclamer l'utilité de l'enseignement des éléments de l'hygiène privée. Car, ne l’oublions pas : l'hygiène et la morale, indissolublement unies, constituent les bases véritables de toute bonne éducation,
OUVRAGES AFFROUVES