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LES PARFUMS

ju'oN le veuille ou non, les parfums forment un important chapitre de l'hygiène de. la beaité chez la femme. Les odeurs suaves contribuent, en .effet, puissamment au charme et au plaisir; l'odorat vient compléter la vue, et ce « sens de l'imagination » est la source vivifiante de bien des ivresses. Le» tout est d'avoir le nez assez sagace, assez subtil (assez bien mouché, comme disaient crûment les Latins), pour faire un heureux choix de parfums délicats, et surtout ,s'harmonisant avec l'âge et le caractère. La parfumerie n'est point, comme on le croit.

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affaire de mode, mais individuelle; elle ne réside aucunement dans des combinaisons plus ou moins scientifiques, mais dans de pures et instinctives impressions. Autrement dit, chaque femme devra choisir le parfum qui convient à son genre de beauté, comme elle choisit la toilette qui est le plus en rapport avec son individualité particulière. « Une couleur à la mode^ un parfum à la mode, me mettent en colère, s'écrie justement A. Karr. Une femme qtii change de parfums selon la mode est une femme parfumée. Une femme qui porte toujours le même parfum se l'assimile et est une femme odoriférante. » Il faut bien dire (entre nous) que la femme qui sait se parfumer est aussi rare que celle qui sait s'habiller.

Ce sont les fleurs, « ces encensoirs flottants » du poète, qui possèdent assurément les arômes les plus frais, et exhalent les effluves les plus suaves. Quoi, par exemple, de plus délicat, de plus enivrant, que cette vague senteur du liseron sauvage que Victor Hugo préférait, dit-on, à tout autre parfum ? Malheureu-

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sèment^ l'odeur des fleurs est peu durable et peu fixe. L'art a dû s'occuper de bonne heure d'y suppléer par les parfums. La parfumerie, on peut le dire, est aussi vieille que le monde : l'étymologie i<perfumumy> indique, d'ailleurs, que les prêtres, ces premiers instituteurs des peuples, ont de tout temps saisi le parti considérable qu'ils pouvaient tirer des parfums, pour agir sur les sens et enchaîner la raison. L'encens est, encore aujourd'hui, l'un des puissants engins de la religiosité...

Les anciens peuples de l'Orient avaient poussé l'art du parfumeur à un degré de développement inouï. Nous nous plaisons à renvoyer ceux de nos lecteurs que la question intéresserait, à un livre renommé qui déborde de Térudition la plus charmante, le Livre des parfums, d'Eugène Rimmel. C'est là qu'on peut suivre le défilé historique le plus complet. Les Grecs et les Romains héritent des mœurs de l'Orient, qu'ils exagèrent encore. Au siècle d'Auguste, chaque partie du corps avait son

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parfum particulier : l'essence de menthe était réservée aux bras; à la poitrine, l'huile de palme; aux genoux, l'essence de lierre, etc.

Le nombre des pommades, la variété des compositions odorantes, l'abondance des sachets, la richesse des cosmétiques étaient colossaux. Les amants de Laïs furent les ingénieux inventeurs de la pulvérisation. Au milieu de la salle du festin, ils lâchaient des colombes imprégnées des plus fines essences, et ces oiseaux secouaient sur les convives leurs ailes parfumées : gracieuse opération que ne rappelle que de loin le pulvérisateur de nos contempoporaines !

On divise ordinairement les odeurs des parfums modernes en : odeurs aromatique (œillet), suave (rose) ctambrosiaqueQimhrQ). Mais nous préférons, à cette classification très incomplète, la remarquable classification de Rimmel, que nous voulons reproduire ici in extenso^ avec ses exemples les mieux choisis.

Odeuv. rosée : rose, géranium, palissandre.

— jasminée : jasmin, muguet, ylang-ylang.

— orangée : oranger, acacia, seringa.

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Odeur tvhérosée : tubéreuse, jonquille, jacinthe.

— violacée : violette, iris, réséda.

— balsamique : vanille, benjoin, fève tonka, hélio-

trope.

— êpicée : cannelle, muscade, cascarille.

— caryophyllée : girofle, œillet.

— campîjrée : camphre, patchouly, romarin.

— santalée : santal, vétiver, cèdre.

— citrine : citron, bergamote, cédrat.

— Ijerbacée : lavande, thym, marjolaine.

— menthacée : menthe, sauge, basilic.

— attisée : anis, badiane, carvi.

— amandée : amandes araères, mirbane, aurîer.

— musquée : musc, civette.

— ambrée : ambre gris, mousse de chêne.

— fruitée : poire, coings, ananas.

Tous ces parfums font l'objet d'un commerce important. En France le département des Alpes-Maritimes est presque entièrement consacré à la culture des roses, orangers, jasmins, cassies, violettes, tubéreuses, etc., si usités en parfumerie. On cultive ailleurs, le thym, le géranium, le romarin, la lavande.

La meilleure essence de roses est celle de Provence. La meilleure essence de la lavande est faite en Angleterre. Le patchouly nous vient de l'Inde, et la gaultheria (essence de

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winter-green) des Etats-Unis. La parfumerie, du reste, n'utilise pas seulement les végétaux (fleurs, feuilles, fruits, écorces), etc.. Elle trouve dans certaines substances animales le plus puissant appoint. Cest ainsi que le musc, sécrétion particulière d'un chevrotain, le musc s'emploie d'une façon considérable : il a la propriété de développer Todeur des autres essences, et de leur donner (pour ainsi dire) des ailes. L'ambre gris, concrétion morbide d'un cachalot, donne également aux parfums une finesse éthérée que nul autre procédé, naturel ou artificiel, n'a pu fournir encore à l'art du parfumeur. Enfin, on emploie aussi, irais à très petites doses, la civette, poche odorante d'un mammifère viverrien...

A côté des parfums extraits naturellement, il existe des produits odorants artificiels, des essences que la chimie crée de toutes pièces, ordinairement par synthèse... Exemples : les fausses essences decitron, decannelle, d'ananas, la vanilline, extraite de l'avoine ou de la térébenthine; la fausse essence de violettes, extraite également du pin ; la fausse essence d'as-

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pic ou de lavande, retirée du pétrole, etc., etc. Ces essences ont une odeur moins agréable, moins suave, plus lourde (si Ton peut dire) au nez, que les essences naturelles : elles sont assez inoffensives, du reste, ou, du moins, peu toxiques : leur abus provoque davantage, toutefois, des étourdissements et des maux de tête. Nous reviendrons sur ce sujet en traitant de l'action des parfums sur l'organisme. L^essence artificielle la plus usitée en parfumerie est la nitrohen^^ine^ essence de mirbane, ou fausse essence d'amandes amères, découverte en 1834 par Mitscherlich. C'est un liquide jaunâtre, que l'on obtient en quantités énormes et à très bon marché dans les fabriques d'aniline. On peut la préparer en introduisant, par petites portions, de la benzine dans de l'acide nitrique fumant^ préalablement chauffé.

L'action des parfums sur l'organisme est très variable, selon la nature des parfums et les individualités particulières. Grétry s'évanouissait à l'odeur d'une rose; la duchesse de Lam-

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balle ne pouvait supporter celle des violettes. On cite, au contraire, divers exemples de l'étrange tolérance qu'il est possible d'acquérir pour les parfums. Néron arrosait d'eau de roses tous ses appartements. Louis XIV vivait au milieu des fleurs d'oranger (peut-être à cause de ses fréquents mariages?...) Le maréchal de Richelieu ne sortait pas d'un salon où des soufflets lançaient constamment une atmosphère odorante. La muscade a donné son nom aux Incroyables du Directoire. L'impératrice Joséphine remplissait littéralement de musc son cabinet de toilette. Napoléon s'aspergeait tous les matins de flots d'eau de Cologne, sans craindre la fameuse épigramme de Martial :

... « Non hene olet qui hene semper olet, »

Les parfums délicats ont le pouvoir, parfois magique, d'exciter le bien-être et la gaieté; « ils réjouissent le cœur, » dit l'Ecriture. Ils font (chacun le sait) partie intégrante du paradis de Mahomet. L'odorat étant, par-dessus tout, le sens de l'imagination (Rousseau), il

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est facile de concevoir comment des vibrations agréablement parfumées pénètrent et captivent le système nerveux, à la façon d'une musique mélodieuse; comment elles suscitent les sensations voluptueuses, et vont même jusqu'à ' éveiller l'appétit vénérien. Sur certaines natures très susceptibles, capables d'une sorte d'hypnotisme à distance, certains parfums ont parfois une influence considérable : ainsi, nous avons vu des hystériques tomber en syncope à l'odeur du safran, du musc, de la feuille de noyer. D'autres odeurs ont une action excitante réelle : les baumes de tolu, du Pérou, de la Mecque, le storax, le benjoin, la cannelle, l'encens, la cascarille, sont dans ce cas. Ce n'est pas sans raison que les iatraliptes de l'ancienne Grèce recommandaient comme complément de la gymnastique et de la culture somatique, les bains, frictions et onctions avec des parfums capables de réveiller la vitalité organique. Piess^ conseille aux orateurs de parfumer leurs mouchoirs d'eau de Hongrie.

Non seulement celte précaution serait très utile dans certaines réunions publiques : mais

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il est certain que le romarin réveille et fortifie la respiration, lorsque l'on dégage ses vapeurs stimulantes, en essuyanf son visage avec un mouchoir ainsi parfumé.

La vanille, le thym, le santal et la rose ont une action aphrodisiaque, que possèdent aussi les essences de labiées (menthe, lavande, patchouly). L'abus de ces parfums pousse à la débauche. Au contraire, les odeurs à basecyanique (amandes amères, laurier-cerise, fleurs de pêcher) sont calmantes et antispasmodiques. L'odeur animale du musc et de la civette est énervante, parfois écœurante. Les parfums à bases fortes (acide acétique, ammoniaque, sels anglais) ont une action préventive, souvent très efficace, contre les évanouissements, les syncopes, l'é^t nauséeux. L'abus de la plupart des parfums doux énerve, cause des migraines, des étourdissements, de la perte d'appétit. Ces symptômes se produisent surtout lorsque le sujet n'est pas soumis à Taccoutumance : chez un individu qui séjournerait, un peu longtemps, par exemple, dans un boudoir très parfumé. L'odeur du camphre endort et

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stupéfie; elle fait même mieux que cela, dit rÉcole de Salerne :

Campbora per nares castrat odore mares.

En somme, l'abus des parfums présente peu de dangers réels pour la santé : njais il est capable de détruire l'odorat, en émoussant peu à peu Texquise sensibilité du nerf olfactif. Il faut donc éviter les odeurs trop vives.

Que faut-il penser, maintenant, de l'action antimiasmatique, antiseptique des parfums?

Les parfums purifient-ils l'air, neutralisent-ils les gaz délétères? Il faut distinguer. Certaines odeurs ne font que' masquer, couvrir les senteurs offensantes pour le nez : l'encens, par exemple, était employé dans ce but pour les sacrifices religieux.

Mais d'autres odeurs ont une action désinfectante réelle, c'est-à-dire purificatrice de l'atmosphère. Les résines et les aromates (gaibanum, sthôrax, mastic, cèdre, myrrhe, cinnamome, origan, ^tc.) jouaient un très grand rôle dans l'embaumement des Egyptiens. Or, l'on sait à quel point ces anciennes pratiques

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étaient, véritablement, conservatrices et antiseptiques. N'est-il poînt remarquable que, du jour où les Egyptiens abandonnaient ces salutaires coutumes, la peste s'irnplantait au pays du. Nil? Le benjoin, le grand parfum des cassolettes orientales, le benjoin recèle une puissance chimique réelle de désinfection, due à l'acide benzoïque. Le camphre est loin d'être déchu de son immense réputation antiépidémique ; or, remarquons qu'une foule de parfums, notamment ceux qui sont tirés des laurinées, des synanthérées et des labiées, renferment du camphre.

Les fumigations aromatiques de baies de genièvre, de pastilles du sérail et autres clous fumants (tous à base de nitre, benjoin, tolu, etc.), émettent des fumées qui rendent la respiration plus facile et purifient l'air des appartements. Les baumes servent aussi, en inhalations, comme expectorants, dans les laryngites, extinctions de voix, asthme, etc. Les fausses essences de crtron et d'oranger participent aux propriétés inappréciables de l'essence de térébenthine, que nous considé-

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rons comme le meilleur désinfectant intérieur. De même, l'essence d'eucalyptus, qui tue les bactéries de l'air.

Les essences de thym et de serpolet contiennent un antiseptique puissant, l'acide thymique; l'essence de winter-green ou de gaultheria jouit des actives propriétés de l'acide salicylique. La nitro-benzine emprunte les siennes aux benzols. Et nous pourrions, la chimie en mains, multiplier ces exemples, si nous voulions faire ici de l'érudition.

L'action dépuratrice des parfums sur l'atmosphère s'exerce, en général, par la puissante affinité que les essences possèdent pour l'oxygène : toutes, en effet, s'oxydent et se résinifient à l'air. Quelques-unes absorbent aussi l'ammoniaque et les produits gazeux de la fermentation putride...

D'autres; enfin, ont une action plus directement antiseptique peut-être. En voici un exemple. Les paysans affirment que la présence d'un bouc dans une étable empêche l'épizootie d'y régner. Au premier abord, cela paraît absurde. Mais, en y réfléchissant, on

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se demande, avec notre regretté n>aître Henry Bouley (Archives de médecine vétérinaire^, si, après tout, V acide hircique, répandu par le bouc dans Tâir de l'écurie, ne rend pas cet air impropre à la vie des microbes morbigènes ?

L'action des odeurs serait donc parfois plussubtile encore que l'action de ces subtils ennemis de l'homme, les infiniment petits !

Ungerer affirme, d'autre part, que le séjour dans une atmosphère parfumée préserve des affections pulmonaires et arrête même le développement de la phtisie : le professeur aile-" mand cite, à l'appui de sa thèse, la ville de Grasse, cet « europœanisch garten », où la phtisif est rare; il attribue cette quasi-immunité aux vapeurs odorantes échappées des distilleries. I

Enfin, tout récemment, MM. Meunier et Cadéac ont expérimenté la valeur antiseptique d'un certain nombre d'essences aromatiques sur le bacille typhique et le microbe de la morve.

Pour le bacille typhique, ils ont constaté que, la solution de sublimé à lO p. looo tuant ce

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microbe en dix minutes et l'éther iodoformé en trente-six heures, les essences peuvent être classées dans Tordre suivant :

1° Essences tuant le bacille en moins de vingtquatre heures : cannelle de Ceylan, girofle, eugénol, thym, serpolet, verveine des Indes, patchouly, zédoaire, absinthe, isantal, cédrat; la durée de l'action varie de douze minutes à vingt-deux heures ;

2° De vingt-quatre à quarante-huit heures :

cumin, carvi, genièvre, matico, galbanum, mélisse, valériane, citron, angélique, céleri, phellandrie, sabine, copahu, poivre, térébenthine, opoponax, roses, camomille, année;

Beaucoup d'autres essences n'agissent qu'entre deux à dix jours.

En ce qui concerne le microbe de la morve, le sublimé agissant en quinze minutes, voici les résultats principaux obtenus avec les essences :

1° Essence agissant entre quinze minutes et vingt-quatre heures : cannelle de Ceylan, girofle, thym, serpolet, verveine des Indes, patchouly, géranium, origan;

2° De vingt-quatre à quarante-huit heures :

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citron, cubèbe, asa-fœtida, copahu, santal, cédrat, phellandrie, tubéreuse, zédoaire.

N'utilisera-t-on pas, un jour, contre les maladies infectieuses, d'aussi précieuses propriétés? Chamberland a démontré qu'en douze heures, l'essence de cannelle détruit le microbe typhoïde; et le D"" Bec a rapporté, à propos des propriétés antiputrescibles de l'essence de lavande, une petite anecdote qui nous servira de conclusion, parce qu'elle est aussi typique que véritable : Tout récemment, un fossoyeur occupé à creuser le sol d'un cimetière, mit à découvert le cercueil d'un homme qui avait succombé à une pneumonie et qui était enseveli depuis deux ans. Le cadavre était bien conservé et très reconnaissable; les vêtements eux-mêmes étaient peu détériorés.

M. Bec a su que le fils de cet individu, afin d'éviter aux porteurs du cercueil toute impression fâcheuse pour leur odorat, avait arrosé d'essence de lavande le cadavre et Ips vêtements.

FORMULAIRE COSMÉtiQUE

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