‹ L'hygiéne de la beautéChapitre 4 sur 50 · LA SUPRÊME VERTU · texte numérisé non relu

LA SUPRÊME VERTU

Oui,/ ai fait un rêve charmant, fêtais dans le Paradis, Je voyais, deux à deux, les on;(e mille vierges se promener le long de cette avenue d'étoiles, que nous appelons la Voie lactée. Celait comme 'la procession d'un pensionnat interminable d'anges. De temps

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en temps y elles s'arrêtaient pour cueillir des fleurs de lumière, les effeuillaient, rayon à rayon, — ainsi les enfants dHci-bas effeuillent des marguerites, — ou s* en faisaient des bouquets de corsage; et leurs causeries à voix basse, mêlées de petits rires, semblaient le gargouillement d'un million d'oiseaux. Mais quand feus marché derrière elles pendant beaucoup d'années, — car le Paradis est un séjour très vaste qu'on ne visite pas en quelques heures, — je me trowvai dans un lieu si magnifique, que j'en eus l'âme éperdue et les yeux éblouis ! Non, les plus belles aurores de nos ciels inférieurs, nos pleins midis aux blancheurs de fournaises, l'incendie des couchants sur la mer, ne sauraient donner uneidée de cette clarté dou^e à la fois et terrible que traversent de silencieuses volées de séraphins, plus lumineuses que le jour. Et cette clarté infinie, immense épanouissement d'éclair, diffus en une douceur d'aube, était

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de la joie, de V amour, de la vie. En chaque lueur brillait une vertu, en chaque "flamme s'allumait une ivresse. Je me sentais comme illuminé de candeur et de charité, de passion et d* extase. Le soleil de cette ineffable ciel doit être un Cœur, un Cœur démesuré, qui se verse et rayonne intarissablement!

Cependant mes regards peu à peu s'accoutumèrent à tant de splendeur; alors je distinguai parmi elle, mêlés à elle, les Élus et les Élues; ce fut un délicieux spectacle. Sur des' gradins d'albâtre diaphane comme de la neige faite de lumière gelée, ils se tenaient assis, les uns vêtus de pourpre, les autres d'hyacinthe, et dans leurs yeux levés vers quelque prodigieuse vision, que je n'apercevais pas hélas ! dans le sourire ifnmuahle de leurs bouches, dans l'adoration de leurs bras tendus, il y avait V inexprimable délice des voluptés parfaites.

je m'approchai d'une Élue, et je me mis à

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genoux, la contemplant. Agenouillés comme moi, des Chérubins agitaient devant elle dà encensoirs d'argent, et chantaient ses louanges. Elle écoutait. Elle était pensive et charmée.

— O bienheureuse, lui dis- je, il me semble qu'à vous voir un peu de votre bonheur m'enveloppe et me pénètre. Si, parfois, vous consente^ à vous distraire de votre éternelle béatitude, parlez-moi, je vous en conjure. A ce pauvre homme qui vient de la terre et doit y retourner, qui est condamné à errer longtemps encore peut-être dans la forêt des tentations et des épreuves, dites par quelle vertu ou par quelle pénitence vous ave^ mérité de prendre place dans le chœur divin des Ames, et d'être louée par ces Chérubins aux encensoirs d'argent?

Elle abaissa ses prunelles qui, pour m' avoir regardé, un instant s'obscurcirent, et, d'une voix si pareille à un chant que je crus qu'un rossignol parlait:

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— J'étais pieuse, me dit-elle. J'avais quitté U monde pour m* enfermer dans un cloître; bien que la règle fût rude, je la trouvais trop aoitce encore ;je me plaisais aux macérations, dux jeûnes, aux cilices; je passais tous mes jours en oraison, presque toutes mes nuits en prière. Je ne savais même pas qu'il y eût sur la terre de jeunes filles qui vont dans les bois avec leurs fiancés et de jeunes mères qui jouent avec leurs petits enfants. C'est à des reliques que je donnais des baisers. Et quand venait de sonner, avant le crépuscule du matin, la chiche qui éveille les épouses du Seigneur, je ne me plaignais pas des dalles de la chapelle, froides sous mes pieds nus.

Je m'appf ichai d'une autre Élue, qui semblait plus l''ureuse encore que celle à qui j'avais parlé. Elle était si rayonnante que le jour paradisiaque, tout splendide quHl fût, s\' clair ait d'elle! Mêlées à des Chérubins, des Principautés et des Dominations chantaient

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ses louanges en agitant des encensoirs d'or.

Elle écoutait. Elle était pensive et radieuse. Je m'agenouillai en tremblant.

— O sainte adorable, lui dis-je, il émane de vous tant de lumière et de feu que mon âme tressaille et s'effare et se serre comme une feuille sèche en un grand vent de flamme. Si vous daigne:^ quelquefois vous détourner de votre joie infinie, parle:(-moiy de grâce ah! de grâce, parlez-moi. Je suis un des mornes habitants de la terre, où les douleurs sont si nombreuses et si rares les joies. A ce pauvre homme qui a beaucoup pleuré et qui rCa guère souri y qui traînera de longs jours encore dans V ombre et la détresse du bas monde ^ dites quels mérites vous ont valu de revêtir un tel éclat, de reconnaître de telles joies, et d'être louée par des Dominations et Principautés qui agitent des encensoirs d'or? * •

Elle inclina sa tête, d'oîi ruisselèrent des rayons; et d'une voix pareille au soupir d'une

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harpe céleste qu'une aile en passant frôla :

— fêtais charitable, me dit-elle. ]e n'imitais pas celles qui, dans le rire des fêtes, ouhlit'nt les misérables et les désespérés; et je ne me bornais pas à^r inactive prière, aux vaines macérations. Je visitais les pauvres ; je n'avais rien qui ne fût à eux. On me connaissait dans les mansardes où Von pleure; on cessait d'y pleurer quand f arrivais. Assise, la nuit, dans de tristes logis, je chantais des chansons aux berceaux orphelins ; je consolais les Vi'îives; je donnais aux vieillards restés seuls r illusion des enfants disparus. Le lendemain de ma mort on ne trouva point dans l'armoire de draps pour m' ensevelir, parce que f avais déchiré toute la toile pour faire des chemises aux petits mendiants du chemin.

Alors, je me dis que Von a bien raison de

recommander aux âmes la prière et la charité^ puisque de telles félicités et de telles gloires en sont le prix ! En même temps je fie pus

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rrC empêcher d* éprouver une grande tristesse avec une grande pitié ; ^ cause de tant de jeunes femmes sur la terre, qui, ayant d* autrès soins, ne -prient que rarement, achètent parfois des joyaux ou des fleurs avec V argent qu*on pourrait employer en aumônes, « Quoiî pensaiS'je, ne s' asseoiront-elles pas un jour, vêtues d'hyacinthe ou de poupre, sur ces gradins d'albâtre diaphane?» Mais j'aperçus, un peu plus loin, une Élue si resplendissante et qui paraissait perdue en une si délicieuse extase que les deux autres ne lui étaient pas comparables ; elle différait de ses voisines autant que celles-ci différaient des filles de la terre ; je ne la voyais qu'à travers un éblouissèment qui m'incendiait les yeux. Les langages humains n'ont pas de mots qui puissent dire son miraculeux éclat. Elle était comme une touffe de fleurs et de neiges de flamme. Et te n'étaient pas seulement quelques Chérubins, avec des Principautés et des Dominations^

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qui chantaient ses louanges ; mais tous les esprits des neuf chœurs et des trois hiérarchies s'agenouillaient devant elle en agitant des encensoirs de diamant .

Je me prosternai, fermant les yeux, — O la plus merveilleuse et la plus heureuse des Elues ! balbutiai-je ; certainement, pour mériter une aussi surhumaine splendeur, une aussi divine béatitude, vous deve^ avoir pratiqué les plus sublimes vertus, l^ous ave:^ prié, vous aussi, mais avec une ferveur inconnus à toutes les filles des hommes ; vous ave^ fait l'aumône, vous aussi, mais avec un tel acharnement de charité, avec un si complet oubli de vous-même que vous vous laissiez mourir de faim, peut-être, à côté du pain réservé aux vagabonds de la route. O très pieuse ! ô très miséricordieuse! prie^ pour moi, grande sainte !

Elle me regarda. Ses yeux étaient si splendidement lumineux que mon obscurité

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même tCy put mettre un reflet d'ombre.

— Non, dit-elle, je ne priais point, et si je me levais tôt ou si je me couchais tard, ce n'était pas pour aller porter des aumônes aux mansardes.

j'étais plein d'étonnement, je demandai :

— Quel est donc le mérite, incomparable bienheureuse ! qui vous a permis d'obtenir une aussi haute gloire ? Qu'ave:(;-vous fait, qu'étie^'vous, — vous en qui sont, plus qu en toute autre, les paradisiaques ivresses , vous que loue et qu'adore, avant toute autre, la céleste milice, — pour que le Seigneur vous ait jugée digne d^une telle récompense ? Quelle fut, parle^, voire vertu ?

— J'étais belle, me dit-elle.

Tel fut mon rêve^ cher Docteur, et, sHl n'a point menti, les femmes, pouf

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faire leur salut, n'auront qu'à lire votre livre qui peuplera d'incomparables élues l'éternité des cieux l

Bien à vouSy

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